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Amritapuri
Amritapuri

18 décembre 2010, samedi  – Ashram

À l’arrivée au Ashram, mon état d’âme était plutôt celui de surprise.  En premier, l’idéal mélangé d’attente donne un bon aperçu de cet état.

Au fil des jours, séva et pizza, mer et mère, table pour dîner et merde d’oiseaux, astrologue et nettoyage, temple de Kali et calissssssse!  Que suis-je venue faire icite???? Bon!

Hier, assise au bord de la mer en attendant la présence d’Amma, je me suis sentie vraiment dans l’ici et maintenant.  L’odeur de la mer, le vent dans les palmiers, les fidèles assis en attente depuis au moins deux heures et cette dévotion pour préparer sa présence.  Quelle inspiration que la foi de ces personnes assises en silence.  Je faisais partie de ce tout.  La présence d’Amma n’a rien à voir avec ce que j’ai vécu.  La foi des gens seulement.  Amma est le résultat ou comme le dit si bien Guylaine, l’Ashram est la colonne vertébrale du culte et Amma en est le véhicule.  Mais la foi et la dévotion des gens en est l’essence.

Cette dévotion à Amma, pour moi, demeure une activité païenne.  Mais leur dévotion me touche et m’émeut.  Qu’importe au fond toutes les raisons pour lesquelles ces gens se réunissent au même endroit dans le monde; ce qui importe est cette foi et cette dévotion d’être meilleur et de servir au bien de sa communauté.  Faire la différence.

Ce matin, samedi, j’avais le cœur chagrin causé par les miroirs des gens qui m’entourent.  En comprenant qu’ils ont le droit de dire et penser ce qu’ils veulent, je m’accorde le même droit en retour.  Pour ce faire, je n’ai qu’à CHANGER soit ma pensée, soit mon action ou soit mon comportement.  Quelle libération!

J’ai lu les messages de mes deux amours, Vicky et Valérie.  Quel bonheur!  Je vais écrire aussi à ma sœur et amie Marie et à ma chère Marie-Pier.  Elle qui est venue deux fois dans un Ashram en Inde et dans des conditions que je comprends aujourd’hui.  Je comprends aussi pourquoi elle a changé après ce deuxième voyage.  J’ai bien hâte d’en parler avec elle.  Chapeau ma sœur!

Je regarde la mer en vous écrivant et mon linge blanc sèche au vent dans une odeur de fraîchement lavé.  Mon âme et mon cœur ont retrouvé la paix et je continue ce voyage en souriant, en chantant et en dansant.  Durant le voyage j’ai dansé avec des femmes indiennes qui célébraient le mariage de l’une des leurs.  J’ai chanté Alléluia avec des jeunes de 12 à 15 ans devant une synagogue fermée.  Je souris au soleil, à la mer et au courage que j’ai de me reconnaître et de m’accepter dans mes différences.

Je suis bien heureuse (bienheureuse) de vivre cette expérience de l’Ashram.  Je ne pouvais fuir ni ME fuir.  Les chants et les prières qui nous entourent dans un endroit comme celui-ci donne l’opportunité à celles qui le veulent bien, de se ressourcer et de se connecter sur plus grand que soi.  Qu’importe le nom que prend cette Grandeur, l’important de croire que j’en fais partie.  Un point c’est tout et qu’en retour, elle fait partie de moi aussi.  Je m’accorde ce pouvoir d’être telle que je suis, ici et maintenant!  Bon voyage ma Raymonde!  Célébrons ensembles mes amis(e)!

Amritapuri
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17 décembre 2010 – Ashram Amma - Amrita Puri

Il est 7h00. Raymonde dort encore. Elle devait faire du yoga ce matin à cette heure-ci mais a tout annulé hier : elle ne veut pas se contraindre à rien! Cette attitude est celle qui prévaut ici à l’ashram : LIBERTÉ TOTALE! Peu importe la motivation qui nous amène venir vivre ici, personne ne vous contraint à rien. On vous suggère des activités, on vous demande de l’aide et du bénévolat mais tout se fait en douceur, sans que l’on ait même à répondre.

Pour bien comprendre la vie dans un ashram, je vais vous faire le portrait typique d’une de mes journées.

LE LEVER

Comme nous nous couchons tôt, vers 21h30 d’habitude, à 6h30, je suis réveillé. Rien de différent de la maison, je suis un lève-tôt. Chaque soir, cependant, je prends bien pris soin de mettre mes bouchons d’oreille pour ne pas me faire réveiller à 4h50 par la cloche invitant les fidèles au temple pour les récitations des 1000 noms de la Mère Divine suivi par des chants et des prières jusqu’à 7h00. Hors, le temple est situé juste sous notre chambre et ces jérémiades  parviennent jusqu’à nous. C’est pourquoi nous dormons avec les fenêtres fermées et le ventilateur ouvert afin de passer une nuit confortable.

LA TEMPÉRATURE

Côté température, même si les journées sont chaudes et que le soleil plombe, ce n’est pas si chaud que cela dans les bâtiments dont le rez-de-chaussée est généralement à aire ouverte pour permettre la circulation de l’air et tempérer le bâtiment. Dans notre édifice haut de 18 étages, nous avons toujours  une brise qui traverse le couloir central dont les extrémités sont à air libre. En entrebâillant la porte de la chambre et en ouvrant les fenêtres, nous pouvons ainsi bénéficier d’un courant d’air gratuit très rafraichissant. Présentement, nous sommes en hiver en Inde. Je ne sais pas si j’écrirais la même chose en été!

LE LAVAGE DU LINGE

7h15. Raymonde vient de se lever et a ouvert les fenêtres. On entend les corbeaux croasser. Ce matin, elle fait le lavage de «blanc». Elle met tous les morceaux dont deux de mes chemises dans un sceau qu’elle laisse tremper quelques minutes avec du «bleach» qu’elle a acheté au dépanneur de l’ashram.

Je vous avais dit qu’on avait trois éviers dans la chambre. C’est faux! Ce que j’avais pris pour un évier dans la salle de bain est en fait une planche à laver très bien pensée faite à même une tablette de béton dont on a laissé la surface rugueuse. Raymonde s’en sert présentement pour mes cols de chemise qu’elle nettoie à même cette planche. Très efficace! Ils reprennent leur blancheur d’antan!

J’ai installé une corde à linge en lieu et place du pôle à rideau inexistant ce qui nous permet de faire sécher le linge devant la fenêtre. Extrêmement pratique! Pendant la journée, cette corde à linge sert aussi à suspendre un drap de lit afin d’en faire un rideau pour minimiser les ardeurs des rayons du soleil et nous permettre de faire notre sieste en après-midi.

LA TOILETTE

On a aussi une toilette «hybride» avec des ailes comme une toilette turque. Je ne sais pas si c’est pour accommoder les gens qui sont habitués à ce genre de toilettes mais je me vois mal me hisser les deux pieds là-dessus pour faire mes besoins! Mais utilisée de façon conventionnelle, c’est très très confortable, les deux ailes offrant beaucoup de support!

LA DOUCHE

Rien à signaler pour la douche sauf qu’elle n’a que l’eau tiède et qu’elle arrose tout ce qui se trouve dans la salle de bain, toilette comprise!  C’est le seul petit défaut de conception de notre chambre qu’un ascète ne verrait même pas!

LES LITS

Ils sont solides et faits de bois et d’une planche de contreplaqué sur lequel repose un mince matelas qui ne donne pas beaucoup de confort. Même avec un deuxième matelas récupéré chez Marcel et Guylaine, je ne peux pas dire que c’est idéal pour les hanches, l’inconfort me réveillant deux ou trois fois par nuit. Mais ça s’endure. C’est comme au camping : faut faire avec et on en meure pas!

LES REPAS

HORAIRE : Déjeuner: 9h00  -  Dîner: 13h00  -  Souper : 20h00

Les heures de repas communautaires – i.e. les grands chaudrons! -  sont les mêmes autant du côté indien qu’occidental. Si on mange du côté indien, c’est gratuit tandis que tout est payant du côté occidental mais on peut s’en tirer pour moins de 40 roupies (1$) si on prend de petites portions sinon c’est le double. Hier soir, sans y être obligé, j’ai essayé la nourriture du coté occidental et c’était infecte : des patates pilées avec de gros morceaux de pelures noires et des grumeaux non pilés et un genre de quelque chose au choux et à la tomate. Pas bon du tout! J’ai mangé une fois du coté indien, le premier jour, et je ne répéterai plus l’expérience. Trop dégeu!

Autant du coté indien qu’occidental, un CAFÉ ouvert dès 7H30 le matin offre un menu rudimentaire à la carte. Ces deux restos ne ferment que pour des occasions spéciales, toujours aléatoires et sans avis car dépendant des activités publiques d’Amma. Le resto occidental offre du café, du thé, des boissons gazeuses, frites, grill cheese, végé-burgers, pizza, omelettes, rôties etc. On peut «bien» manger pour 130 roupies (3$) genre végé-burger, frites grand format et Pepsi. Donc, ici, personne ne peut vraiment se plaindre de la nourriture car il y en a pour tous les goûts!

LES ACTIVITÉS

Je ne peux pas vous en parler vraiment car je ne participe à aucune. Mais Marcel et Guylaine on suivi une formation en méditation. Hier, Raymonde a rencontré un astrologue indien qui l’a profondément surprise par la précision de ses dires. On offre aussi du yoga et d’autres patentes du même genre, les tableaux d’affichage en sont pleins.

LE SEVA

Une particularité des ashram est le seva, un travail bénévole demandé aux habitants du ashram afin de s’assurer que tout fonctionne bien. Avec seulement 300 permanents, il est impossible de tout faire car beaucoup de travaux de nettoyage, de cuisine, etc. dépendent beaucoup du nombre d’habitants dans l’ashram. Ainsi, en période creuse, soit lorsqu’Amma est absente, toutes les activités sont au minimum tout comme le nombre d’habitants. Mais lorsqu’elle arrive, ce sont des autobus entiers de «suivants» qui arrivent avec elle. Elle a sa cour et ses adeptes qui la suivent partout en Inde et souvent autour du monde. Très spécial!

Avant-hier, Raymonde a fait un seva aux cuisines pour préparer les pates à pizza… dont j’en ai mangé une pour souper! Hier, elle et Guylaine ont entrepris le seva de balayage et de lavage des escaliers de notre immeuble de 18 étages. Elles ont interrompu leur travail au 8ième étage et vont le continuer aujourd’hui. Moi, mon seva, depuis que je suis ici c’est de préparer mes photos pour les mettre sur le blogue dès que possible!

Bon, j’ai pas mal tout couvert! À part cela, c’est un endroit bien tranquille.

LES RÈGLEMENTS

Pour que tout fonctionne bien, il faut un minimum d’ordre et les règlements sont bien affichés sur tous les murs pour nous les rappeler. Les plus importants sont de porter des tenues décentes et non transparentes donc pas de shorts ou bermuda ni d’épaules à découvert pour les femmes. On conseille l’abstinence sexuelle par respect pour les autres habitants et on interdit l’alcool (maudit que j’ai hâte de prendre une bonne bière froide!) et la cigarette de même que les marques d’affection comme se tenir par la main et se donner des ti-becs! On est maintenant habitués à ce dernier point car c’est la norme en Inde depuis notre arrivée. Finalement, interdit de prendre des photos… ce qui fut le premier règlement que j’ai brisé!

LA TECHNIQUE À L’AHRAM

Autant la technique et la technologie est omniprésente lors des «shows» d’Amma, autant elle est absente partout ailleurs dans l’ashram. Je crois que ce qu’il y a de plus technique, ce sont  les deux ascenseurs de notre immeuble! Ici, tout se fait manuellement et j’ai cru comprendre que c’est nécessaire vu le «roulement de main d’œuvre» et la nécessité de tout garder très simple. Ainsi, sauf pour le kiosque d’inscription international et au minuscule centre d’internet qui font ait appel à des ordinateurs, tout le reste se fait manuellement sur des bouts de papier comme au resto ou avec des machines enregistreuses qui n’enregistrent rien car étant perpétuellement ouvertes!  On se croirait revenu 100 ans en arrière.

LES ÉDIFICES

Je vous avais écrit dans un précédent billet qu’il y avait sept ou huit édifices sur le site. Je me suis trompé! Hier, je suis monté au 18ième étage de notre immeuble et j’ai pu faire le recensement: au moins dix immeubles de 6 à 18 étages servent de logements sans compter les nombreux petits édifices de un ou deux étages utilisés pour les services comme les restos, les buanderies, etc. Plusieurs appartements appartiennent à des gens qui viennent ici passer plusieurs mois par année comme ce couple d’iraniens de Chicago avec qui j’ai jasé à mon arrivée qui passent les mois d’hiver ici. Je les trouve bien braves! Certains de ces appartements ont la climatisation ainsi que des antennes-satellites pour la télé mais ils sont rares.

Bon, assez pour aujourd’hui. Faut que j’aille au village, de l’autre côté du pont, pour aller faire de l’internet.

Demain, je vous parlerai d’Amma!

Amritapuri
Amritapuri

14 décembre 2010 – Ashram Amma - Amrita Puri

Comme notre chambre surplombe le temple et que je savais que les dévotions débutent vers 4h00 avec le son de la cloche et la récitation des 1000 noms de la Mère Divine suivie de chants jusqu`à 6h00, j’avais pris soin de dormir avec des bouchons. J’ai donc passé une très bonne nuit même si je me suis réveillé à chaque heure pour tester la lumière de ma nouvelle montre! Affirmatif! Elle éclaire vraiment bien!

Le corbeau voleur

Donc, après cette bonne nuit de sommeil, nous sommes allés déjeuner d’omelettes et de rôties au resto de la section occidentale. À la fin du repas, comme il lui restait une rôtie, Raymonde l’a séparée en morceaux pour en donner à un chien qui rode ici. «Fais pas ça!» que je lui dit. «C’est interdit par les règlements!». Mais Raymonde étant ce qu’elle est, un deuxième morceau prend le bord du chien. Soudain, swoush! Un courant d’air passe entre nous deux et la dernière moitié de rôtie disparait de sa gamelle! Que s’est-il passé? Nous réalisons qu’un des corbeaux qui hantent la place a plané et a saisi le morceau de pain dans ses griffes! Whoa!

Méditation d’Amma

Aujourd’hui c’est mardi et tout est fermé car Amma va diriger pendant tout l’avant-midi une grande méditation dans l’auditorium, voisin de la section occidentale où je me suis installé pour écrire ces mots. C’et le seul endroit tranquille, frais et à l’ombre où on peut le faire sans être dérangé car dans la chambre c’est chaud et on a pas de table.

J’écris ces mots pendant qu’Amma dirige la méditation à laquelle participent Raymonde, Marcel et Guylaine et toute la communauté. Je suis le seul semble-t-il à ne pas y assister mais j’entends tout, car un gars fait la traduction anglaise de tout ce qu’elle dit. Je crois que les gens vont être déçus car sur les 2 heures que cela a duré, elle a parlé et pleuré tout le temps! Pour la méditation, il faudra repasser!

Le repas béni

Mais ce que je ne savais pas c’est que seulement ceux qui sont avec elle dans la grande salle pourront manger et chacun des participants verra son assiette bénie par la «Mère Divine»! Bande de chanceux! Je devrai donc me contenter d’un grill cheese et d’un Pepsi béni par les corbeaux ! Déchéance totale!

Mais j’ai été rapidement rejoint par mes amis : Marcel avait trop faim et avait mangé presque toute son assiette avant de pouvoir la faire bénir et Guylaine et Raymonde ont décidé de quitter la file pour le suivre. C’est donc moi qui ai béni leurs assiettes avec quelques gouttes de Pepsi!

Quelques minutes plus tard, Raymonde a pu se faire faire une accolade d’Amma! Elle vous en parlera dans son billet.

Nous avons ensuite pris congé les uns des autres, le magasinage «de l’autre côté du pont» étant le point fort de l’après-midi, le mardi étant «chômé» à l’ashram comme dit plus tôt. Le reste de la journée a été typique de celui d’hier : sieste, show de chants d’Amma à l’auditorium de 19 à 20hoo, souper et coucher.

Un premier bilan

Pendant le souper, Raymonde nous a demandé ce que chacun de nous a retiré de l’expérience de l’ashram jusqu’ici. Pour elle, c’est la tolérance sous toutes ses formes qu’elle vient apprendre ici. Pour Marcel, qui aime bien manger en qualité et en quantité, c’est la nourriture qui le dérange le plus surtout de voir que les gurus, Amma en particulier, font tous de l’embonpoint! C’est dur de vouloir devenir ascète et de voir nos modèles si bien en chair! Pour Guylaine, elle aime bien les chants mais est déçue de voir tellement peu d’activités disponibles comme les massages, les cours de yoga et de méditation : aucun n’est prévu cette semaine! Finalement j’ai donné mon opinion et Marcel l’a très bien résumé : «Tu es le seul de nous autres à ne pas être déçu!». Ben, faut avouer que mes attentes étaient nulles! Tout ne pouvait qu’être positif à partir de là!