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Varanasi
Varanasi

VARANASI - 17 novembre 2010

Encore une fois, nous nous levons très tôt à 4h15 pour aller voir le lever de soleil sur le Gange. Nous retournons donc au ghât Assi pour à nouveau prendre une embarcation à rame...  qui n'est pas au rendez-vous !

Prières du matin

Pendant que Daniel part à la recherche de nos rameurs, nous observons l'activité sur le ghât qui déborde de monde même si tôt le matin. Il fait encore très noir mais déjà plein de gens font leurs ablutions dans le fleuve. Sur la plateforme, des groupes de femmes sont assises en cercle par terre. Elles chantent et  récitent des prières en tenant de petites lampes dans leurs mains. Raymonde se joint à elles et elles l'accueillent avec de grands sourires.

Lever de soleil sur le Gange

Notre bateau trouvé, nous montons à bord et entamons la lente descente du fleuve tout en dégustant des biscuits et quelques bananes achetées par Daniel. L’ambiance du groupe est formidable et la bonne humeur s’installe malgré la nuit écourtée que nous avons eue.  La boule rouge du soleil monte graduellement dans le ciel à travers la brume matinale. Raymonde et moi avons acheté deux barquettes et les remettons au fleuve. La lumière du soleil nous dévoile tour à tour les multiples ghâts qui bordent le Gange où des milliers de personnes sont descendus y faire leurs ablutions et leurs prières. Revoir de jour les lieux que nous avons vu de nuit leur donnent une nouvelle dimension.

Nous sommes accostés par un vendeur de souvenirs. Et comme rien ne s'achète en Inde sans une bonne négociation, je suis certain, qu'à la fin, les cartes postales et les petites sculptures d'éléphants que nous avons achetés ont été payés à bon prix... et nous sommes contents qu'il ait pu faire affaire avec nous!

L'eau purificatrice du Gange

Les ablutions dans le Gange ont lieu toute l'année mais elles prennent une tournure spectaculaire durant le festival Ganga Mahotsava...  qui débute aujourd'hui et qui se terminera dans quatre jours!  Magnifique et inattendu! Les gaths sont garnis de milliers de pèlerins hindous qui vont s'immerger dans les eaux sacrées du fleuve ce qui nous donnera de très bonnes occasions de photos.

Notre barque contourne un cadavre de vachette et ensuite celui d'un chien à la dérive. Une scène que l’on ne peut voir qu’en Inde. Pour nous, habitués  à des standards d'hygiène «occidentaux», voir ces gens se baigner dans le Gange et boire son eau polluée, cela nous répugne. Mais ici, c'est la norme et, si on peut se le permettre financièrement, venir mourir dans la ville sainte de Varanasi, l'ancienne Bénarès, est un moyen de mettre fin au cycle des réincarnations.

Raymonde, Guylaine et Marcel laissent tremper leurs pieds dans le Gange. Moi, j'y met le bout des doigts! Je pourrai me vanter d'y avoir mis quelque chose de personnel! Plusieurs ghâts sont utilisés pour laver le linge sur des pierres plates disposées près de l'eau. On met ensuite les tissus et les vêtements à sécher sur les marches. Incroyable comme le Gange lave plus blanc! Sans farce!

Ici on raconte qu'un indien à qui il manquait une jambe est allé se baigner dans le Gange en demandant au fleuve de «rendre ma jambe semblable à l'autre». Il en est ressorti cul-de-jatte. Plus tard, il est revenu en chaise roulante et est descendu dans l'eau du Gange avec sa chaise en espérant un miracle. Il en est ressorti avec deux pneus neuf! Ici, il faut s'attendre à tout!

Retour au ghât des crémations

Nous repassons devant le ghât des crémations, le Manikarnika,  qui nous a tant ému et bousculé dans nos émotions hier soir. Le revoir en plein jour lui enlève beaucoup du mystère: c'était grandiose... c'était horrifiant! Nous étions parmi eux et participions à leurs rituels. Par respect, nous nous sommes abstenu de prendre des photos. Mais ce matin, nous sommes sur l'eau, à distance, et j'ai l'impression que notre «respect» s'est ramolli car les caméras crépitent.  Tout nous est permis!

Je revois  l'observatoire et sa balustrade derrière laquelle  nous avons assisté aux crémations, la balance à bois juste en dessous, les porteurs de bois et l'incroyable malpropreté de ces lieux pourtant consacrés aux derniers moments de l'existence humaine. Une vache est en train de se nourrir de ces détritus et personne ne la chasse.

La barque vogue près de la rive et nous pouvons voir une famille préparer son défunt en l'aspergeant de l'eau du Gange et en l'enveloppant de multiples linceuls dont la couleur nous renseigne sur l'identité du défunt :

  • Or, un vieil homme
  • Blanc, un homme
  • Orange, une vieille femme
  • Rouge, une femme
Les pauvres sont incinérés gratuitement ici.
Les pauvres sont incinérés gratuitement ici.

Chaque ghât de crémation est réservé à une caste en particulier.  Ceux qui sont trop pauvres pour se payer une crémation au bois sont maintenant incinérés gratuitement dans un incinérateur public ce qui évite aux familles de livrer les cadavres aux eaux du Gange.

Dès que les cendres sont refroidies, elles sont mises dans un grand sac et jetées dans le Gange. Aussitôt, des orpailleurs vont les retirer des eaux et les passer au tamis pour récupérer les bijoux et les dents en or. Tout cela, sans que personne n'y voit rien de mal ! Mon dieu que c'est loin de notre réalité!

Visite de temples hindous.

Vers 9h00, nous quittons la barque et allons boire un chai chez un ami de Daniel dans une petite ruelle. Nous montons ensuite dans des tuk-tuks qui nous ramènent à l'hôtel. Après le déjeuner, nous remontons dans des rickshaws tout neufs rutilant de chrome! Un par personne! Mon pédaleur est père de deux enfants. Il m'explique qu'il n'est que le locataire du rickshaw qui appartient à une compagnie.  Nous allons faire la visite de deux temples. Le premier dédié à Shiva, est sur le site de l’Université Banaras Hindu.  Il est récent et porte le nom de Vishwanath Mandir (Carte). Daniel nous renseigne sur l’Hindouisme et son panthéon de dieux.  Nous nous risquons à prendre quelques photos à l'intérieur au risque de se faire avertir.  Au centre du temple, un prêtre distribue des bénédictions moyennant des aumônes ou des dons.  Tout autour, des niches et des statues de Shiva décorées de colliers de fleurs. C'est propre. C'est beau!

Le second temple, beaucoup plus ancien, est dédié aux singes et porte le nom de Durga (Carte). Les photos intérieures sont strictement interdites. On est constamment surveillés! Impossible! Il est ceinturé d'une haute palissade ocre et borde un immense étang à l'eau croupissante. Dès notre entrée, nous sommes assailli par un «prêtre» qui insiste pour nous mettre un point rouge sur le front... pour ensuite fortement nous inciter à déposer notre précieuse obole de touriste dans la boite à aumônes. Bien avertis de l'arnaque par Daniel, nous refusons de nous soumettre à son stratagème.  Nous allons sonner la cloche devant la statue de la déité et sortons du temple avec une drôle d'impression!

Nous passons à travers un quartier musulman et nous pouvons voir de nombreuses chèvres encore vivantes mais aussi des carcasses, des entrailles et des peaux jonchant le côté des rues. C'est une fête musulmane où on sacrifie les chèvres.

Après midi libre... pour le magasinage !

La journée de visite se termine à 14h00. L’après-midi est libre. Je retourne donc à l’hôtel en richshaw motorisé en compagnie de Claude et Marcel tandis que Raymonde et ses compagnes vont magasiner les foulards. Ce temps libre va me permettre de me mettre à jour avec mon blogue dans un petit café internet où l'accès sans fils est disponible à 30 roupies l'heure. Vraiment pratique!

Spectacle de musique et de danse

Ce soir, après souper, nous assistons dans le hall de l'hôtel à un spectacle de musique et de  danse  traditionnelle du nord de l'Inde, le kathak.   Trois musiciens font d'abord un récital de musique. Le premier joue du tabla, un instrument à percussion, l'autre du sarangi, une sorte de violon, et le dernier  un instrument modelé sur l'accordéon. C'est assez endormant merci! Surtout pour ces messieurs qui luttent vaillamment contre le sommeil! Ils ont résisté pendant un moment mais ils se sont tous avoués vaincus! Quelle idée aussi de présenter cela après une journée aussi fatigante!

Curieusement, ils se sont tous réveillés pour regarder le spectacle de danse donné par un professeur et son élève, une très belle femme drapée dans une robe digne des Mille et une nuits! Mais étaient-ce les formes harmonieuses de la danseuse  ou les pirouettes et claquements de pieds pétaradants du maître qui les ont tenus éveillés? Mystérieux tout de même!

État de santé des voyageurs!

Physiquement nous allons bien même si ce matin nous nous sommes tous levés avec le mal de gorge. C'est officiel : j'ai le rhume! Merde!  Personnellement, les nombreux escaliers que nous avons gravis et les longues marches que nous avons effectuées n’ont pas beaucoup affecté ma hanche. En tout cas, je ne «traine pas de la patte!». Mais ce sont les muscles du dos qui me font mal surtout lors des balades en rickshaw où les soubresauts de la route provoquent des spasmes douloureux. Espérons que ça va disparaître graduellement.

Bon! Je vous laisse regarder les photos qui sauront mieux que moi vous mettre dans l'ambiance de cette journée remarquable.

Itinéraire du voyage : Carte détaillée

Pascal Bouchard
Pascal Bouchard

Publié par Pascal

 

 

 

 

Varanasi
Varanasi

Mardi - 16 novembre 2010

Lever à 4h00 pour Raymonde qui tape ses notes sur le mini-ordinateur. Hier soir, j'avais mal partout dont au bas du dos et à la hanche. Ce matin, tout est OK! À 6h00, nous allons déjeuner dans la petite salle rudimentaire qui sert de restaurant: tomates, concombres, omelettes, pain rôti, céréales et pseudo jus d'orange. Tout est à volonté même le Nescafé infecte qui nous sera servi comme café tous les matins en Inde et dont je me priverai pendant les deux prochains mois.

 

Départ de Delhi

Nous quittons l'hôtel à 7h00 en direction de l'aéroport Indira Gandhi, section des vols domestiques. En attente du départ pour Varanasi, nous trouvons un Coffee Day où nous pouvons nous restaurer «à l'occidentale». Le café est super bon! Daniel nous renseigne sur ce que nous allons faire aujourd'hui dont une descente du Gange en barque.

J'avais planifié utiliser l'heure et demi de vol en Boeing 737-800 de ce matin à la rédaction de mon blogue mais la conversation avec Claire, ma compagne de siège, est  tellement intéressante que j'ai changé d'idée et profité de ces moments pour échanger sur les destinations de voyage. Notre arrivée à Varanasi vers 13h00  se fait toute en douceur et nous avons la chance d'entrer à notre tour dans le superbe aérogare tout neuf qui vient d'être inauguré la veille par les autorités. Les employés ont le sourire aux lèvres et se plaisent à nous dire leur fierté de travailler dans un endroit aussi moderne.

Premiers contacts avec Varanasi

Hôtel au Ghât Assi
Hôtel Temple on the Ganges

Le trajet vers la ville nous a donné un premier contact insignifiant avec la campagne indienne. Rien à voir que des champs et des murets de briques le long du chemin.  Nous sommes installés à l'hôtel Temple on Ganges près du ghât Assi. Lorsque nous apercevons la pancarte indiquant le nom de l'hôtel, j’ai envie de partir en courant dans la direction opposée, de reprendre l’avion et de rentrer chez-moi!  Il est une couple d'étoiles de moins que le Pablas de Delhi. Oups! Je crois qu'il ne me reste plus d'étoiles disponible pour le futur! Cependant, il est situé à 2 minutes de marche de la rive du Gange ce qui sera très pratique pour nos visites futures.

Chambre 15 au rez-de-chaussée pour nous, 31 à l'étage pour Guylaine. Deux lits simples accueilleront nos corps fourbus ce soir et la salle de bain est minimale: une douche à même le plancher, une toilette style 1920 et un lavabo avec eau froide seulement. En plus, le haut de notre salle de bain communique avec celle de la chambre voisine... et on entend tout les bruits provenant de l'autre pièce!

Pas de téléphone. Pour l'internet, je pourrai me brancher à un sans-fils dans un petit dépanneur à proximité car le service à l'hôtel est trop réduit pour mes besoins.

Peu après notre installation, nous allons à une couple de rues plus loin nous restaurer dans un resto dont la grande salle ressemble à une cafétéria. Daniel nous remet à chacun une liste des locutions et phrases les plus usuelles en hindi, la langue la plus parlée dans le nord. Danyavad Daniel! Nous allons au moins savoir dire merci! Nous nous imprégnons graduellement de l'atmosphère toute spéciale de l'Inde et surtout de Varanasi. Autant à l'aller qu'au retour, nous sommes assaillis par un vendeur de flutes qui a tout fait pour nous vendre un de ses instruments. Tout un spectacle en lui-même ce bonhomme!

Les ghâts et les crues du Gange

Vers 17h00, nous marchons vers la rive du Gange en direction du ghât Assi où nous allons monter dans une barque à rames pour notre périple nocturne sur le fleuve.  Les ghâts sont des escaliers et des plateformes , environ 60 ici, qui bordent en continu la rive du Gange bordant Varanasi et qui sont utilisés pour les bains rituels et les crémations peu importe la hauteur des eaux. Chaque ghât porte le nom de la rue sur lequel elle débouche.

Chaque année pendant la saison des pluies, le Gange entre en crue charriant une quantité phénoménale d'alluvions. Le niveau d'eau monte énormément et les sédiments  se déposent en une épaisse couche de boue qui recouvre presque complètement les marches des ghâts  rendant périlleux l'accès aux eaux Gange.

Alors, pendant quelques mois, des travailleurs payés par la ville utiliseront de puissantes pompes et des boyaux d'incendie pour dégager les marches de cette boue et redonner aux pèlerins un accès plus facile aux eaux du Gange. Mais comme le ghât Assi où nous nous trouvons est en périphérie, au sud de la ville, il n'est encore que partiellement dégagé ce qui nous oblige à marcher sur cette boue glissante et parsemée de trous profonds pour atteindre finalement notre barque.

Nos offrandes au Gange

Avant de monter dans la barque, nous achetons nos barquettes à de jeunes vendeurs turbulents et agressifs. Ce sont en fait des feuilles végétales séchées et moulées en forme de soucoupes et remplies de pétales de fleurs  avec une bougie au centre. La bougie sera allumée et la barquette mise à flotter sur le Gange constituant ainsi notre offrande «écologique»  au fleuve sacré.

Nos deux rameurs sont en pleine forme et, comme nous descendons le fleuve, ils empiètent fortement sur l'horaire prévu par Daniel pour atteindre le ghât de la cérémonie Arati. Il leur demande donc de remonter un peu le fleuve et de faire du surplace pour que nous puissions faire notre «puja», notre offrande à la divinité du fleuve.

Mais voilà, aucun de nous n'a pensé à apporter des allumettes, même pas nos jeunes rameurs!  Mais c'est sans compter sur leur débrouillardise car ils contactent au téléphone cellulaire un acolyte qui vient nous livrer les allumettes dans une minuscule embarcation. Merveilleux !  Quelques minutes plus tard nos 9 petites bougies flottent sur le Gange et je crois que nous sommes tous conscients d’avoir vécu un petit moment de bonheur.

La cérémonie Arati

Ghâts Arati et Crémations
Ghâts Arati et Crémations

Nous assistons à la première partie de la cérémonie Arati à partir du fleuve en compagnie d'autres bateaux remplis de pèlerins, de fidèles et de touristes. Elle se déroule à chaque soir à la tombée du jour, vers 19h00, au ghât Prayad.

Des chants et un tintamarre de clochettes et de tambours accompagnent 7  officiants exécutant à l'unisson une chorégraphie alliant le feu et l'eau. C'est une cérémonie très importante pour les Hindous car elle est censée brûler le karma et les énergies néfastes des participants. Les officiants utilisent différents objets comme une conque, une clochette, des fleurs, de l'encens, des  flammes, de l'eau, un mouchoir, une queue de yack et un éventail en plumes de paon pour symboliser les éléments naturels : la terre, l'eau, le feu et l'air, sous leurs formes les plus pures.

Nous débarquons ensuite sur le ghât pour nous mêler à la foule et participer directement à la fin de cette cérémonie spectaculaire et bruyante. (Note du 4 janvier 2011 : Quelques semaines après notre passage à ce ghât, un attentat à la bombe a eu lieu dans les marches du ghât où s'assoient les spectateurs faisant quelques victimes.)

Nous nous rassemblons à nouveau et parcourons ensuite les petites ruelles bordées d'échoppes et de petits magasins. Il faut faire attention où mettre les pieds car, à Varanasi, les vaches sacrées sont omniprésentes et elles ne se gênent pas pour pimenter les pavés de leur bouses gluantes.

Le ghât des crémations

Notre marche nous mène au ghât des crémations où la secte des Intouchables a l'exclusivité des crémations des Hindous. Ils sont les seuls à habiter ce quartier et d’immenses tas de bois s’empilent d'un côté et de l'autre des ruelles. Ces billes de bois serviront à monter les bûchers funéraires pour la crémation des corps. Sur la rive, 4-5 bateaux chargés de ces billes de bois attendent d’être déchargées.

Daniel, notre guide, nous conduit à un observatoire où nous pouvons voir plusieurs crémations en activités sur la rive descendant en pente vers les eaux du Gange. Ici, pas de marches, seulement de la boue durcie! On s’affaire à monter d’autres bûchers funéraire alors qu'une autre famille vient d’arriver avec la dépouille d’un être cher couchée sur un brancard et recouverte de plusieurs linceuls colorés.  Ils descendent vers le fleuve et déposent le brancard près de l'eau. On asperge le corps de ce liquide sacrée avant de reprendre le brancard et d'aller le déposer sur sur un amas de bois. Les Intouchables viennent ensuite mettre d'autres billes de bois sur la dépouille et la recouvrir complètement. On met de la pailles dans les interstices. Comme seuls les mâles de la famille sont admis à la cérémonie de la crémation, l’un d’eux est désigné pour faire le tour du bûcher avec un tas de brindilles en feu dans les mains et d’y mettre le feu. En moins de 10 minutes, tout est en feu.

Je m'éloigne du groupe pour aller voir de plus près l'organisation du travail. Des porteurs de bois viennent à tour de rôle s'approvisionner à une balance où un vendeur de bois pèse chaque charge et la note dans un carnet: le bois est vendu au poids et débité à la famille du défunt mais le prix varie selon l'essence et la qualité du bois, le bois de sental étant le plus dispendieux.

On aide les porteurs à balancer 5-6 longues billes de bois sur les épaules et les voilà partis pour la périlleuse descente vers le bucher funéraire en construction. Je fais  gaffe au passage de ces kamikazes en  leur laissant tout l'espace disponible devant eux ce qui ne les empêchent pas de trébucher ici et là sur des déchets, des pierres, des éclats de bois ou de se mêler les pieds dans des bouts de tissus ou de guirlandes provenant des bûchers. Ici, c'est chacun pour soi! Personne ne semble se soucier de les ramasser ou du moins de les retirer des sentiers. Mon dieu que c'est dur gagner sa vie ici!

C’est un spectacle à la fois grandiose et extraordinaire pour nous les occidentaux et tellement normal pour les Hindous. Je suis vraiment impressionné : il fait noir et je respire la fumée des crémations qui nous enveloppe complètement comme une brume alors que le feu des buchers éclaire les Intouchables occupés, tels des ombres, à brasser les braises et à attiser les buchers pour que toutes les parties du corps soient brûlées.  Le lendemain, lorsque les cendres auront refroidies, elles seront déposés dans un grand sac de jute pour être par la suite vidées dans les eaux du Gange. Tout ceci me fait penser qu'à seule chose : l’Enfer de Dante. C’est vraiment l’Enfer! Ces gens font le métier à la fois le plus bas de toutes les castes mais aussi le plus indispensable.

Retour burlesque à l'hôtel

Le retour à l’hôtel se fait dans une barque motorisée car nous devons remonter le Gange. Nous sommes pensifs encore imbibés de toutes ces émotions nouvelles que nous venons d'éprouver. Nous venons de vivre quelque chose de vraiment spécial mais tellement personnel que nous ne parvenons pas vraiment à l’exprimer encore ouvertement.

Soudain, le moteur du bateau s’emballe  et… Bang! Il rend l’âme! Un piston est pratiquement sorti de son cylindre! Les deux bateliers n'ont d'autre choix que de prendre leurs rames et de nous ramener lentement à la berge afin de revenir à l'hôtel par un autre moyen de transport.

Daniel parvient à dénicher une couple de tuk-tuks  nous obligeant à nous y entasser comme des sardines. Nous sommes morts de rire! Cinq à bord de notre véhicule tape-cul!  Une autre expérience mémorable et désopilante qui vient mettre un peu de terre-à-terre dans les émotions que nous venons de vivre.

Quelle journée!

Itinéraire du voyage : Carte détaillée

Pascal Bouchard
Pascal Bouchard

Publié par Pascal