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3 janvier 2011- Kolkata

Je me réveille au son des voix indiennes.  J’ai un peu le cœur à la flotte.  Je cherche ce que j’ai  bien put faire pour ressentir cet inconfort.  Je passe en revue ma journée et ma soirée.  J’ai rongé le bout de mon auriculaire car l’ongle accrochait mon nouveau foulard en soie.  Pourtant je me suis lavée les mains pour le thé de 18h00.  Il faut dire que depuis que je suis à Calcutta, mes ongles de main sont gris en fin de journée et qu’il faut bien frotter au savon et eau chaude, sinon les ongles gardent cette couleur et ces microbes.

De toutes les grandes villes, Calcutta est mon coup de cœur.  Elle est pleine de vie, de culture et de beautés.  Pondichéry est magnifique et je comprends Marcel d’y vivre.  J’y retrouvais un romantisme ancien qui touche les sens à tous les coins de rue.  Tandis que Calcutta est pragmatique.  Elle prend et donne.  Les gens nous poussent pour passer, autant hommes que femmes.  Par contre, les vendeurs sont directs et non négociables.  Ils décident des prix, pas nous, comme dans le reste de l’Inde.

Avec notre guide Rekha, avant-hier, Calcutta découvre ses différents visages :

  • La bonté et la compassion au sein de la maison de mère Theresa où j’ai ressenti une paix et un amour immense à l’intérieur et autour de moi.  Un homme s’est recueilli et en se levant, il s’est détourné pour nous souhaiter une bonne et heureuse année;  une dame pleurait à chaudes larmes dans les bras de Rekha, alors que je descendais les marches qui mènent à la chambre de Mère Theresa.  Une de ses filles s’est suicidée et la deuxième prend des médicaments pour dormir toute la journée.  Elle est désespérée.  Rekha la console et l’encourage à s’occuper d’elle-même.  J’ai laissé un sac de shampoing, de savons et d’autres articles collectionnés pour offrir en ce premier de l’an.
  • Le temple de Belur Math montre son importance en tant que siège social de la mission Ramakrishna.  Ce temple regroupe 137 centres au cœur de l’Inde.  Fondé en 1899, il ressemble à une église, une mosquée et un temple dépendamment de quel angle nous le regardons.
  • Le temple Kali, la noire.  Cette déesse est vénérée dans le Ashram d’Amma.  On ne peut entrer, mais c’est notre dernière tournée dans un bazar indien.  Une jeune femme, avec un bébé dans les bras, me demande de l’argent.  Je lui réponds de demander à son mari.  Il est responsable d’elle et de son bébé.  Demande-lui aussi de ne plus te battre et de vous nourrir.  Je ne lui donne rien.  Elle apprendra peut-être à pêcher avec le temps;
  • Le marché aux fleurs, sous le pont.  Toute une communauté y vit des fleurs.  Échoppes après échoppes montrent le savoir faire de chacun.  Un défait les pétales et remplit un sac en plastique.  Ce sont ces pétales que nous voyons à l’entrée des hôtels baignant dans un bac d’eau.  Un autre enfile des fleurs à la suite l’une de l’autre.  Ce sont ces fleurs que nous retrouvons dans nos colliers en guise d’accueil à notre arrivée.  Un autre forme des couronnes pour différentes occasions.  Ainsi de suite.  C’est une chaîne vivante.  Les odeurs des fleurs, de l’urine, de la sueur et de la  nourriture se mêlent dans une cacophonie où mes sens s’adaptent au fur et à mesure de ma marche.  Pour terminer, une jeune femme au visage tuméfié lave son bébé.  Qu’a-t-elle fait pour mériter ça?
  • Beautés naturelles au Jardin botanique qui traverse le temps depuis 1787 et demeure le 2e plus grand au monde; 27 lacs se lovent au sein de ce lieu grandiose.  Un immense banian continue sa vie âgée de 250 ans.  On dit qu’il est le plus grand banian de la planète.  Ses 1200 ramifications, à partir de son cœur, courent autour de lui et forme un parc en lui-même.  Nous étions samedi, et la circulation est tellement dense que le jeune chauffeur nous suggère de descendre et de marcher jusqu’au jardin.  Lorsque nous en ressortirons deux heures plus tard, il sera encore au même endroit dans la voie de circulation.  Rien n’a bougé depuis deux heures.  Des autobus pleins à craquer de gens qui nous regardent passer.  Ce qui veut dire que lorsque nous sommes arrivés dans cette ligne d’attente, plusieurs autobus y étaient déjà.  Ces gens auront-ils passés l’après-midi à regarder passer des gens?  C’est aussi ça l’Inde.  Ici et maintenant.  Sans doute ne veulent-ils pas perdre leur place.  Dans une ville de 12 millions d’habitants, ça pourrait avoir du sens.

En passant devant la gare, notre guide mentionne qu’elle comporte 27 plates-formes desservant  l’Inde dans les grands centres urbains et les villes secondaires.

Cathédrale Saint-Paul consacré le 8 octobre 1847

Construite dans le style Gothique, elle fut l’archevêché anglican de Calcutta.  Elle renferme des trésors tels que les panneaux qui décrivent la vie de Saint-Paul.  Ses vitraux filtrent la lumière dans une harmonie de couleur qui me laisse imaginer les heures de créativité que les artisans ont déployé pour nous offrir cette beauté.  Les statues de bronze qui se tiennent à cheval sur une planche horizontale dans un équilibre précaire me font croire au miracle.

Dernière tournée dans un marché indien

Guylaine et moi désirons acheter quelques pashminas de qualité pour offrir en cadeau.  Je veux de la soie pour Jeanne-Mance.  Vicky et Valérie pourront choisir dans une panoplie d’achat effectuée à travers l’Inde.  Je suis heureuse de vivre cette expérience unique qu’est l’Inde.

Ces gens avec leur sourire où des dents blanches ou brunies par le bétel démontrent une présence physique exceptionnelle.  Ces yeux brillants et profonds leur donnent un air de guru même aux petits enfants qui parfois, ont les yeux barbouillés de noir dont j’ignore la signification.  C’est certain qu’il y a une raison.

Cette dignité dans la pauvreté en portant des vêtements usés mais propres.  Rarement ai-je senti de mauvaises odeurs se dégageant des gens.  Malgré la promiscuité, la chaleur de leur corps dégage une odeur de propreté.

Je me sens déjà mieux comparé au réveil.  Après avoir mangé une rôti et bu un Nestcafé, je suis prête à rentrer chez-moi.

Namaste!

Mamallapuram
Mamallapuram

29 décembre 2010 – Mardi à Mamallapuram

Suite au Woodstock du Cap Comorin, roulant à tous les jours plusieurs kilomètres, me voilà à penser que les Têtes à Claques auraient du « jus » à venir s’inspirer de la vie indienne.  Voici mes quelques-unes de mes réflexions.

D’abord notre chauffeur a un défaut de dents comme le commandant du vol 1932.  Me voilà à rire seule de mes pensées.

Sur les routes rurales, des femmes portent des tas de foin énorme.  De derrière, on ne voit que le tas de foin qui occupe sa tête et ses épaules, donnant l’impression que le tas de foin marche seul.

Nous voyons des vélos sur lesquels des grappes de chaises en plastique sont empilées dépassant la tête du cycliste de plusieurs pieds.  De derrière, on ne voit que les pieds du cycliste en mouvement.  On a l’impression que vélo avance sans conducteur.

Vidgi dit que les vaches sur les routes sont les policières de la circulation.  Il faut ralentir veut, veut pas!

Les tuktuks du coin, ont une partie du devant peint en noir, ce qui me donne l’impression que c’est un Ganesh, avec sa grande trompe d’éléphant.  Je crois que c’est le temps que je retourne au Québec.  Mon imagination devient très fertile!

Nous rions en disant que s’il fallait conduire au Québec comme ici, nous serions arrêtés pour conduite dangereuse et mentale.

La dernière et non la moindre, ce soir, je désire manger des frites et un sandwich rôtie aux légumes.  Mais il faut commander à partir de notre chambre et nous sommes déjà au restaurant.  Je demande au serveur si je peux commander maintenant.  Non, non, seulement de la chambre.  Alors je fais dring, dring, dring, here room 116, please I want a french fries.

Il rit mais il m’assure que je ne peux le manger au resto.  Il me faudra revenir à ma chambre où la livraison sera faite.  Guylaine est avec moi.  Nous rions de ces incongruités n’ayant aucun sens pour nous.  Je répète la même comédie pour commander la même chose à Guylaine.  Il rit à nouveau et nous dit que le tout nous sera livré.  Nous sortons en riant de plus belle.  Vive la différence.

Il me faut me coucher, car demain matin, nous partons à 06h00 pour le ashram où nous effectuerons une montée de 45 minutes pour nous rendre aux grottes de l’ascète Ramana Maharishi.

Bonne nuit!

Tiruvannamalai
Tiruvannamalai

27 décembre 2010 – Lundi

Je viens d’entendre l’éclatement du dessus du réservoir de la toilette!  Je crois que ce bris exprime bien l’humeur massacrante de mon chum depuis les trois derniers jours, i.e. depuis que nous osons apporter des changements dans notre itinéraire.  Après tout, nous avons un chauffeur qui répète sans cesse : « My family, your family »!

Ce matin à 6h30, à Pondicherry, je marche jusqu’au Golfe de Bengale.  J’admire le lever du soleil et j’apprécie que la grande Rue Gandhi soit fermée à la circulation automobile de toute sorte.  Je prends quelques photos surprises de Marcel, qui après avoir renoué avec la méditation style Amma, se lève tout les matins vers 06h30 pour commencer sa journée par une méditation.

Il y a une multitude de chiens!  Je respire à fond!  Je crains les chiens.  Cette peur est même apparue dans mon astrologie indienne.  Je réalise rapidement que ces chiens gardent leur territoire précieusement et rageusement.  Une bataille est évitée par un chien qui repart la tête basse après avoir été sermonné par un territorial.

Je reprends ma marche au bord du Golfe en méditant sur mon territoire, comment je le partage, comment je le protège et comment il a diminué depuis que je suis en Inde.  Bon!

Je rencontre Gandhi sur mon chemin.  Il se dit majestueusement sur un bâton, le dos tourné au Golfe et le visage regardant un muézin et les bâtisses gouvernementales.  Hier, Clôde mentionnait que des enfants se glissaient sur les 4 rampes qui semblent soutenir cette statue gigantesque.  Ces rampes marquent sans doute les points cardinaux, tout comme les entrées de temple!

Hier soir, ayant eu une mise au point d’une heure entre Pascal. Vidgi, Guylaine et moi, et où, Guylaine a prouvé sa très grande compétence à reverbaliser afin de rendre la communication moins agressive et moins décevante, nous pouvons passer au plan de match avec claireté et amusement.

Nous sommes arrêtés à quelques pieds de singes ruraux où nous avons dégusté ce que Guylaine a apporté : des chocolatines.  Quel délice à manger dans la nature.  Elle a pensé de demander à arrêter à Vidgi afin de ne pas salir son véhicule qu’il affectionne beaucoup et tout les matins, il lave intérieur et extérieur.  Un vrai pro notre Vidgi.

Nous dînons au resort Sparsa à Tiruvannamai.  Il nous faut attendre une heure et quart avant d’être servi et nous n’avons qu’une heure et demie pour manger.  Nous engouffrons notre dîner alors que Pascal est allé se coucher.

Nous arrêtons au Ashram de Ramana Mahaishi où Marie-Pier est venue passer un mois.  Et demain, nous monterons sans Pascal, à la grotte où cet être illuminé y passa plusieurs années dans une caverne.  Première fois : 6 ans sans en sortir.  Ensuite un autre 12 ans.  Il me faudra aller voir sur Internet pour le détail de cette vie d’ascète.  Il est très vénérée ici.

Notre chambre est magnifique et j’en profite pour écrire alors que Pascal est aller sur Internet gratuit.  Il ne veut toujours pas manger ce soir.  Je vais aller lui porter des frites et un sandwich aux légumes.

Bonne nuit!

Pondicherry
Pondicherry

26 décembre – Auroville

Nous rencontrons Marcel Poulin accompagnée de Clôde à ce ashram bien particulier.    Sur le pamphlet de ce site, il est dit : « Auroville veut être une cité universelle où hommes et femmes de tous pays puissent vivre en paix et en harmonie progressive au-dessus de toute croyance, de toute politique et toute nationalité.  Le but d’Auroville est de réaliser l’unité humaine ».

Cette forme de profession de foi laisse Pascal complètement indifférent.  C’est dans le programme : on y va!  La balance de notre petit groupe, nous trippons à découvrir cet environnement qui fut crée de toute pièce, à partir d’une zone complètement désertique.  Aujourd’hui des jardins, des résidences, des maisons et établissements municipaux propres au ashram, couvrent une partie de cette superficie.

Nadaska

Suite à des changements rocambolesques, nous rencontrons Nadaska et d’une femme fin trentaine ou début quarantaine.  Le chant de la femme mêlé à celui de l’homme, accompagné de la musique de Nadaska viennent me chercher au plus profond de mon être.  Les yeux fermés, je sens la musique partir du chakra de base, sautant de chakra en en chakra pour s’arrêter à celui du cœur.  Et là, soudainement, une capsule saute et libère une énergie semblable à des bulles de champagnes.  Les larmes roulent sur mes joues, de bonheur, d’extase et de béatitude.  Je sens mon corps et mon esprit en totale harmonie.  Je suis ICI en fusion avec la musique et les notes vibrent dans chaque cellule de mon corps.  Lorsque que des sons sortent de la gorge de la jeune femme, ils viennent fusionner au niveau de mon cœur.  L’enfant, l’adolescente, la femme et celle que je suis aujourd’hui fusionnent avec le passé et le futur.  Je SUIS.  Quelle sensation.  Lorsque Nadaska cesse de jouer, je reviens tranquillement.

Je me dis que je ne pourrai pas supporter une autre « toune » comme ça.  C’est assez!  Comme par enchantement, il enchaîne dans quelque chose de beaucoup plus doux, plus berçant et plus flottant.  Ce rythme permet à cette nouvelle énergie de s’installer tranquillement et de glisser dans tous les chakras, un à un, tout en gardant un rythme lent.  Quel soulagement.

La musique sacrée est entrecoupée d’explication musicale fort intéressante. Et la musique reprend en passant de la guitare classique à l’électrique.  C’est une expérience, comme dit si bien Marcel Poulin, que je me souviendrai toute ma vie, qui se compare à la beauté du Taj Mahal.

La rencontre de Marcel P. ce matin est passée de l’état de coïncidence à rendez-vous karmique!  Merci Marcel P.  J’ai l’impression que Marcel savait déjà, depuis Québec, que ces rendez-vous nous attendent, qu’importe nos décisions.  Je ne voulais pas y assister.  On le rencontre.  On y va et je vis ce crescendo énergétique intense. Bon!

La journée se termine en magasinage pour Guylaine et moi.  Après un bon repas bio dont les fruits et les légumes sont cultivés au Ashram, nous magasinons.  Je m’achète un haut en soie bleu royale qui me donne l’impression de porter une plume douce et soyeuse.  Sensation très agréable et aérienne.

J’achète quelques chemises coton et soie qui semblent aussi endossées la sensation de la plume légère.  Je termine par deux foulards que je regrette presqu’aussitôt.  Ils perdent leurs granules de couleur… Bon!

Claire, ma bonne et récente amie, je me suis trouvé les deux bracelets que je désirais.  Hélas, au souper, j’ai perdu le plus beau!  Les attaches me laissaient perplexe!  Avec raison.  Rien à faire pour le retrouver.  Regarder partout autour et sous la table et chaises.  Introuvable.  Il a tout simplement disparu.  Il a du glisser de mon poignet et Dieu seul sait qui l’a ramassé.  Je n’ai même bougé de la table.  Alors, quelqu’un est venir le cueillir là où il est tombé… tout près de moi sans que je le sache.  Je vis une déception et ce matin j’en fais un deuil.  Merci pour les quelques heures de plaisir allouées.

Il fallait un petit foulard de soie sur le roof top du resto européen.  Richard : Clôde et moi avons dégusté un banana split en pensant, en parlant et en riant avec toi.  Quel plaisir de se souvenir de vous  - tous!

Bonne nuit!

Tanjore
Tanjore

24 décembre 2010 à Tangore
Autant le Nord a demandé de l’adaptation à tous les jours, autant qu’au Sud, la vie coule doucement et chaudement. Dans le Nord, nous vivions des expériences à tous les jours; ici, nous vivons des surprises souvent très agréables, à tous les jours. Les indiens s’ajustent à ce qui est là, sans se questionner. On chante Alléluia, ils chantent Alléluia. Ils ont aussi le sens de la copie. Nous disons un mot en français; ils le répètent sans accent. Que veut dire « Pas pire »? Cette réplique de Marcel nous a bien fait rire en la traduisant par « nice ». Il faut donc être très précis.
Magasin de coton
Guylaine et moi voulions acheter quelques robes en coton. Nous demandons à Vidgi de nous amener dans un magasin de coton. Nous voilà dans un magasin de coton. Oui, ils ont des tuniques de couleur; non, en blanc. Oui, les étagères sont pleines de coton de toute sorte, même des saris en soie pure. Non, nous désirons des tuniques blanches en coton. Ils essaient par tous les moyens de nous vendre quelque chose. Small business qu’ils disent. C’est vrai, mais nous ne voulons rien d’autre que du coton. Nous sortons bien déçue de ne pouvoir encourager cette boutique qui était prête à nous livrer notre tunique à 20h00. Mais connaissant un peu plus le système indien, nous savons que 20h00 peut vouloir dire demain matin et à quelle heure?
Fêtons Noël
Ce matin à Madurai, le guide de l’agence à Chennai nous appelle. Je prends l’appel sur le cellulaire de Vidgi. Il veut savoir si nous voulons prendre le souper de Noël au resort, car aux alentours, beaucoup de commerces et de restos seront fermés pour Noël. Bien sur, pas de problème. Il me parle de roupies mais je ne comprends pas trop. Pas de problème. Nous avons des roupies.
À l’enregistrement à l’hôtel, nous avons la surprise d’un surplus de 7 850 roupies supplémentaires pour notre groupe. Nous sommes habitués à manger pour 500 roupies pour deux (13$), et souvent moins. Alors 7 850 roupies nous fait sursauter. Nous pensons alors à notre bonne compagne de voyage, Claire qui nous aidait à relativer souvent. En dollars canadien, ce n’est même pas 200$ pour les quatre. Au Québec, le festin que nous offre le personnel de l’hôtel est l’équivalent d’un repas au Château Frontenac qui pour l’occasion nous aurait coûté au moins ce prix par personne. Alors, vraiment pas de problème.
Ideal Resort à Tangore
Un autre petit paradis. À Kovalam, l’humidité demeure l’inconvénient principal. Il était impossible de faire sécher quoi que ce soit avant 10h00 le matin. Il fallait attendre à la fin de la journée afin de le reprendre sec humide. Ici, c’est un peu plus frais. Il est 06h00 et l’usage du plafonnier n’était pas nécessaire. Il m’a fallu fermer la porte de la salle de bain d’où les bruits entraient en profusion dans la chambre. Les indiens fêtent Noël! Ça ne fait que quelques minutes que les chants et la musique ont cessé. Comme il faut être dans la salle de bain pour les entendre, Pascal s’est rendormi. Nous avons tous les deux un rhume depuis quelques jours. L’air climatisé et les courants d’air étant omniprésents, notre système conteste un peu.
Visite du temple de Shiva à Tanjore
Ce temple mérite le détour car il est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1959. Les autres temples bonbons sont recouverts de peintures végétales et minérales leur donnant cet aspect bonbon. Celui-ci se présente à l’état naturel du granit, sans peinture aucune, dont les blocs ont été sortis par des éléphants et des hommes de 1004 à 1010. Les indiens viennent rendre hommage ou demander à Shiva, ce temple lui étant dédié.
Avant 1004, les champs appartenaient aux Bouddhistes. Il n’y avait qu’une statue d’un énorme Bouddha. Le bouddhiste ne vénère aucune déité sauf Bouddha qui se retrouve être la 9e incarnation de Vishnou dans la croyance hindouiste. Alors le Raja Râja de la dynastie Chola demande la permissions aux moines bouddhiste et achète ce lopin de terre pour y construire cet immense complexe « autelier » à Shiva.
Nous visitons aussi l’ancienne bibliothèque des dynasties passées où le commun des mortels n’avait aucun accès. Il y a une écriture sur feuille végétale visible qu’à la loupe. Minuscule, elle fut d’abord gravée sur la feuille. Ensuite, on vidait du charbon afin de remplir les vides ainsi créés. Ils terminaient par un miel ou une cire d’abeille, ça sera à vérifier. C’est la raison pour laquelle ils ont pu conserver ces écrits millénaires. D’ailleurs, nous sommes ici, à fêter le millénium 2010 avec les indiens sur leur territoire ancestrale.
Souper indien gastronomique et Père Noël
Nous revenons un peu beaucoup fatigués de nos visites. L’eau nous revigore et seul Pascal reste habillé à l’occidental. Je porte l’ensemble trois pièces vert et rose, Guylaine en blanc avec son foulard en soie favori et Marcel moitié-moitié, pantalon occidental et chemise indienne avec un foulard en soie également. Nous sommes bien fiers de poser devant l’arbre de Noël en prenant en drink (moi exclu).
Nous passons à la table où un podium termine cette salle à air ouverte. Des musiciens(ne) jouent des airs enjoués et classiques indiens. Nous avons différents thèmes durant la soirée qui se relaient à toutes les heures. De 19h30 à 20h30, nous dégustons un verre de vin rouge Madera offert par le patron. Cette musique n’a rien à voir avec celle entendue dans le Nord. Ce sont des professionnels qui ont étudié la musique classique. Ceux que nous avons entendu dans le Nord semblaient plus avoir appris sur le tas, laissant traîner des notes ici et là, et changer d’octave sans avertir nos oreilles.
À 20h30, nous pouvons nous servir. Le buffet de rêve pour un Noël en Inde. Je le répète, je me croyais au Château Frontenac ou Bonne Entente. Les musiciens laissent la place à des danseuses dont la plus jeune n’a que 4 ans. Elle fait fureur cette jeune artiste. Nous dégustons, nous échangeons, nous rions et nous commandons une bouteille de vin rouge Madera vu que nous l’aimons bien. Les chin chin se succèdent ainsi que les rires. Guylaine et moi remarquons comment plusieurs personnes autour de nous sont présentes de corps seulement. Le cellulaire à la main, ils sont très occupés ailleurs. D’autres, mangent sans même regarder et admirer le décor féérique autour de nous. Les lumières scintillent de partout. Pouvez-vous imaginer que Guylaine et moi apprécions cet entourage sans que nous aillons eu à y participer. Ça nous est offert à Noël.
Je vous avoue sincèrement que lorsque j’ai préparé tous ces Noël entourée de ceux et celles que j’aime, c’était avec amour et plaisir. J’anticipais leur arrivée et leur réaction à toute cette bouffe qui embaumait la maison du grenier au sous-sol. Quel bon temps aussi! Ça me donne le goût de le préparer ce réveillon 2011. Je vais vérifier avec Pascal. On pourrait être une bonne gang car lorsque je reçois pour 10, j’en fais pour 20; aussi bien inviter les 20 personnes. Bonne idée!
21h30 : danse folkloriques et turlute indien. Notre Bolduc serait surprise de constater qu’en Inde on peut turluter aussi avec dextérité et un rythme surprenant.
22h30 : feux d’artifices! Oui, mesdames, un beau spectacle à travers les arbres. Je reste assise la tête penchée juste pour regarder à travers les feuilles. Je veux regarder différemment et la présence de cet immense arbre m’en donne l’opportunité.
Et la soirée se termine par un « Happy Hours » qui pour nous se terminera vers 22h30 alors que pour les indiens, il se terminera vers 05h00. Ils ont le sens de la fête ces indiens!

Kanya Kumari
Kanya Kumari

22 décembre 2010 – Vers le Cap Comorin

J’ai à peine dormi et il me semble que ça ne va pas!  J’ai mal au cœur et une course à la toilette, à 02h30 m’indique que madame Téflon a brisé sa réputation.  Ça ne va pas!  Pascal me donne une pilule genre Imodium que Claire lui a donné.  Je me recouche et je verrai bien.

Au réveil, je mange une rôtie et je bois un thé chaud.  Rien à faire, ça ne va pas.  Au moins je  ne cours plus à la toilette.  Seul les maux de cœur persistent.

Pascal et mes amie(s) m’offrent de monter à l’avant.  Je l’apprécie grandement.  Mais ça ne va pas mieux.  J’essaie de me changer les idées en posant des questions au chauffeur Vijhi.  Son accent est énorme et je devine plus que je ne comprends, même si c’est l’anglais qui est utilisé.  Je me tais.  Guylaine demande si je vais mieux, vu que je parle.  Dans mon cas, parler n’est pas un signe de santé; c’est un signe que  je m’intéresse à ce qui m’entoure.

Pendant un arrêt à un Palais, sur la route vers Cap Comorin, je me couche sur la banquette arrière.  Malgré les 36oC, je suis juste bien.  Vijhi  vient vérifier mon bien-être.  Il part la clim.  Je pense à l’environnement et à la pollution.  Je lui demande de tout fermer.  J’ouvre les fenêtres pour continuer mon sommeil.

Les amis reviennent et nous repartons.  Mais là, ça ne va pas du tout.  Je demande à Pascal s’il a vu de l’eau en bouteille, des limes ou autres.  Il dit oui!  Il échange avec nos amis de ce qu’il a admiré au Palais.

A quelque km de notre arrivée à Cap Comorin, je suis malade.  J’avais prévu le coup.  Un sac de papier dans un grand sac en plastique à mes pieds recueille mon souper d’hier soir.  Les crevettes et nouilles aux langoustes s’y retrouvent assez vite.  Guylaine m’assiste rapidement et j’inquiète Pascal.  Le chauffeur me passe des papiers mouchoirs et après quelques minutes, je me sens mieux.

À l’hôtel avec vue sur les mers, je me couche alors que les trois autres partent visiter avec notre chauffeur et Clode.  Je dors jusqu’à 17h00.

Pas de souper pour moi ce soir.  Tant qu’à être malade, aussi bien l’être ici à cet hôtel qui offre bien des services.

Anniversaire à Clode

Hier soir, nous avons fêté l’anniversaire de Clode avec elle.  Les échanges fusaient de toutes parts afin de savoir ce qu’elle a vécu depuis notre dernière rencontre.  Pascal énumère ses récriminations avec le guide Prashant, mon genre à devenir selon lui.  C’est celui qui à Mumbai nous a drôlement organisé.  Nous appuyons Pascal et Guylaine et moi prenons quelques photos pour appuyer l’intensité des propos.

J’attends que mes petits aaamis reviennent.

Surprise

Le service au chambre m’apporte une énorme bouteille d’eau dans laquelle je presse deux limes vertes.  Un Seven Up que je laisserai ouvert afin d’enlever le gaz.  Mon chum est revenu à l’hôtel pour la livraison et il est reparti.  Je suis descendu à l’entrée, mais il était déjà être reparti.  Ça me fait un bien immense de boire cette eau citronnée.  J’apprécie cette attention.

Biologie totale

Naturellement, je ne laisse pas cet état de santé tranquille.  Je pense aux aspects psychosomatiques.  Je le prends comme un nettoyage de la mer et de la mère, dans tous les sens.  Ce qui m’a blessé, je l’envoie à la poubelle.  Toutes ces pensées, je les élimine : je n’en ai plus besoin.  Toutes ces femmes mères qui ont traversé ma vie, je les remercie.  Je reconnais ma fragilité face aux pensées des autres.  Comme disait l’astrologue indien : « vous n’avez pas à croire ce que les autres pensent de vous ».   Je nettoie donc tous les jugements passés et les méchancetés gratuites qui ont entachées ma vie.

À la rencontre des trois mers : océan Indien, golfe de Bengale et la mer d’Oman; je fais la paix avec les mères.  Je sais que ça doit paraître bien confus, mais je vous assure que je vis quelque chose de profond face aux mères et aux femmes qui ont traversé ma vie, et par ricochet, avec les hommes aussi.  Je fais la paix « Shanti »!  Quel endroit merveilleux pour effectuer ce rituel de nettoyage involontaire mais conscient.

Je continue à utiliser la douceur, tout comme avec la clé de la chambre.  Gentil, dit le jeune homme qui est monté ouvrir ma porte.

Shanti! Au cœur de ma vie!

Kovalam
Kovalam

21 décembre 2010 - Kovalam et le sud

Nous sommes à Kovalam.  Jusque dans les années 60, Kovalam n’était qu’un petit village de pêcheurs assoupi, aux ruelles étroites et aux maisons à toits de chaume.  Elle devint une station prisée par les hippies.  Désormais il attire aussi les célébrités qui y viennent dans leurs avions privées.

Aujourd’hui, les plages du village deviennent des cours pour de grandes chaînes d’hôtels de tous genres.  Nous sommes dans un 3 étoiles et demi... Soma devient un petit paradis pour nous quatre.  Kovalam conserve son charme et est, dit-on, l’une des plus belles stations balnéaires de l’Inde.

Deux caps rocheux bordent la baie naturelle et y encastrent des plages magnifiques, dont celle où nous avons la chance de nous y baigner.

J’avais oublié mon sac à dos bleu où mes notes de voyages s’y trouvaient.  Me revoilà à nouveau en possession de ce sac qui recèle mes trésors à usages quotidiens.

Nous expérimentons une deuxième averse en Inde.  Celle-ci danse devant nous dans une marre d’eau alors que notre chauffeur est disponible au 2e étage, que la femme de ménage termine le service à notre chambre, que le serveur nous apporte notre repas du midi sous la véranda de notre appartement et que l’agent de sécurité surveille que notre tranquillité ne soit pas dérangée.  Un paradis!

Ici, mes miroirs se retrouvent dans la nature plutôt que dans les gens : l’odeur de la terre mouillée mêlée à celui de la  mer me donne une sensation d’exotisme très sensuel.  J’admire les feuilles des plantes qui accueillent toute cette eau inattendue.  Les corneilles croassent et semblent se transmettre leur expérience de douche matinale.

Nous revenons, tous les quatre, d’un deuxième soin ayurvédiques.  Nous sommes déguisés en plante verte avec cette robe imbibée d’huile et notre tête enturbannée qui termine notre nouveau modèle santé.

Hier, j’ai opté pour un « marma ».  Une tonne d’huile sur la tête et tout le corps.  Rami a débuté le message, mon corps en position assise sur un tabouret (en recherche d’équilibre), elle débute en déposant un tas de cendre sur ma tête huilée à outrance.

Avec de l’huile chaude, Raymonde frite, elle imbibe tout mon corps.  Elle taponne ma tête légèrement comparé au massage à Udaipur où ma « cabesa »  ne faisait qu’un beau rond.  Ensuite les épaules et les bras.

Elle me fait allongée sur une table où un massage intégral m’attend.  Quel bonheur!  Mais aujourd’hui j’ai choisi le style « rejuvénaissance »!  Ce fut du sport.  Rami à nouveau, se balance au bout d’une corde, afin de garder un certain équilibre, en massant mon corps dans son entier, avec ses pieds.   L’expérience vaut le prix de la chandelle.  Malgré une pression assez énergétique, la sensation demeure agréable.  Elle masse ainsi le dos et le devant.  Elle me demande si je pratique le yoga.  Pas depuis 1 mois, et ça parait… Mais quel délice malgré tout.  Malgré la présence de l’huile en quantité débridée dans mes cheveux et sur tout mon corps, j’adore!  Je crois que ma peau restera hydratée pour la prochaine année.  Claire, ma belle, tu m’as  bien dit ce qui m’attendait; mais rien de comparable ne pouvait exister dans mon esprit.  Quelle erreur de douter des qualificatifs employés lors de ton explication : une tonne d’huile chaude!!! Bon!

La pluie martèle maintenant les bananiers et les cocotiers.  Le son tambourine sur les noix de coco en autant de note de musique que de gouttelettes de pluie.  Quel délice!  Je suis bien loin des questionnements existentiels lors de mon séjour à l’Ashram.  Il n’en demeure pas moins que ce que j’ai compris à cet endroit, continue de se frayer un chemin dans ma vie quotidienne.  Cesser de servir les autres comme ça!  Penser à moi.  Personne ne me demande rien.  Chacun demeure responsable de ses besoins…. Bon, bon, bon! Me voilà repartie…

Mais quand même!  En recevant mes messages, un coq chantait à tout moment.  Comme dans la bible, je me référais au Christ renié trois fois par Judas!  Je choisis une autre version pour mon coq.  Il chante pour me saluer.  Il chante pour solliciter ma présence ici et maintenant! Il chante pour le plaisir d’être en vie et non en poulet Bar BQ. Bon!

C’est aussi tout ça l’Inde.  On se croirait dans un paradis perdu, non, nous sommes dans un paradis perdu à l’autre bout du monde, de mon monde, et la corneille croasse mon entendement.   Les vagues déferlent et roulent dans un mouvement de mantras naturels qui réconfortent mon esprit et mon corps.  Quel bonheur!

Une autre expérience aujourd’hui.  Je désirais manger du poulet tikka.  Oui, oui, les amis du voyage, vous lisez bien.  Mais voilà que l’averse qui dure déjà depuis une heure, empêche l’utilisation du four tandoori où cuisent les poulets tandoori et les pains naans rôtis.  C’est aussi ça l’Inde.

Clôde a surgi sur la plage alors que Guylaine et moi échangions sur ce que nous vivons en Inde.  Elle vient préparer la venue de son prochain groupe de 14 personnes en Inde du Sud.  Aujourd’hui, nous souperons avec elle, dans un petit resto sympathique du bord de mer, que Guylaine et Marcel ont déniché hier après-midi.

La pluie a cessé pendant que Pascal dort un peu et que Marcel gambade vers un temple ou je ne sais quoi.  Les repas servent aussi à échanger ce que nous avons vécu durant la journée.  Hier, j’ai pris du soleil et une démarcation rosée prouve qu’il était chaud.  Je me suis baignée dans la mer sous la surveillance de mon amie Guylaine.  Les vagues sont trop puissantes pour moi.  Je me retire.  Pascal, à ma demande, se baigne aussi.  Sa présence me sécurise beaucoup.

Il est déjà 15h00 et je descends à la page m’allonger devant la mer sans soleil mais au son des vagues et de leur chant si inspirant pour le sommeil.

A demain!

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Amritapuri
Amritapuri

18 décembre 2010, samedi  – Ashram

À l’arrivée au Ashram, mon état d’âme était plutôt celui de surprise.  En premier, l’idéal mélangé d’attente donne un bon aperçu de cet état.

Au fil des jours, séva et pizza, mer et mère, table pour dîner et merde d’oiseaux, astrologue et nettoyage, temple de Kali et calissssssse!  Que suis-je venue faire icite???? Bon!

Hier, assise au bord de la mer en attendant la présence d’Amma, je me suis sentie vraiment dans l’ici et maintenant.  L’odeur de la mer, le vent dans les palmiers, les fidèles assis en attente depuis au moins deux heures et cette dévotion pour préparer sa présence.  Quelle inspiration que la foi de ces personnes assises en silence.  Je faisais partie de ce tout.  La présence d’Amma n’a rien à voir avec ce que j’ai vécu.  La foi des gens seulement.  Amma est le résultat ou comme le dit si bien Guylaine, l’Ashram est la colonne vertébrale du culte et Amma en est le véhicule.  Mais la foi et la dévotion des gens en est l’essence.

Cette dévotion à Amma, pour moi, demeure une activité païenne.  Mais leur dévotion me touche et m’émeut.  Qu’importe au fond toutes les raisons pour lesquelles ces gens se réunissent au même endroit dans le monde; ce qui importe est cette foi et cette dévotion d’être meilleur et de servir au bien de sa communauté.  Faire la différence.

Ce matin, samedi, j’avais le cœur chagrin causé par les miroirs des gens qui m’entourent.  En comprenant qu’ils ont le droit de dire et penser ce qu’ils veulent, je m’accorde le même droit en retour.  Pour ce faire, je n’ai qu’à CHANGER soit ma pensée, soit mon action ou soit mon comportement.  Quelle libération!

J’ai lu les messages de mes deux amours, Vicky et Valérie.  Quel bonheur!  Je vais écrire aussi à ma sœur et amie Marie et à ma chère Marie-Pier.  Elle qui est venue deux fois dans un Ashram en Inde et dans des conditions que je comprends aujourd’hui.  Je comprends aussi pourquoi elle a changé après ce deuxième voyage.  J’ai bien hâte d’en parler avec elle.  Chapeau ma sœur!

Je regarde la mer en vous écrivant et mon linge blanc sèche au vent dans une odeur de fraîchement lavé.  Mon âme et mon cœur ont retrouvé la paix et je continue ce voyage en souriant, en chantant et en dansant.  Durant le voyage j’ai dansé avec des femmes indiennes qui célébraient le mariage de l’une des leurs.  J’ai chanté Alléluia avec des jeunes de 12 à 15 ans devant une synagogue fermée.  Je souris au soleil, à la mer et au courage que j’ai de me reconnaître et de m’accepter dans mes différences.

Je suis bien heureuse (bienheureuse) de vivre cette expérience de l’Ashram.  Je ne pouvais fuir ni ME fuir.  Les chants et les prières qui nous entourent dans un endroit comme celui-ci donne l’opportunité à celles qui le veulent bien, de se ressourcer et de se connecter sur plus grand que soi.  Qu’importe le nom que prend cette Grandeur, l’important de croire que j’en fais partie.  Un point c’est tout et qu’en retour, elle fait partie de moi aussi.  Je m’accorde ce pouvoir d’être telle que je suis, ici et maintenant!  Bon voyage ma Raymonde!  Célébrons ensembles mes amis(e)!

Amritapuri
Amritapuri

14 décembre 2010 – Ashram d’Amma à Kollam, India

Sachant qu’en Inde, une expérience quotidienne m’attend, je peux vous dire que ça commence tôt ce matin: 08h00. Je désire nourrir le chien qui me regarde de ses yeux piteux pitou. Je lui donne un morceau de toast rôtie au beurre. Un deuxième morceau suit! Oups! Un corbeau m’a vu faire et plonge vers moi! Oups il s’envole avec le morceau qui reste dans mon assiette dans un mouvement d’ailes incroyable. Mon assiette métallique n’a même pas bougée! Mon cœur bat la chamade car c’est tellement imprévu! Deuxième expérience : la fenêtre de notre chambre n’a pas de rideaux et nos vêtements fraîchement lavés nous servent de rideaux. L’ingéniosité ne me manque pas pour trouver une solution. C’est mon lit qui donne sur la fenêtre et le soleil y plombe de 13h00 à 16h00. J’ai même ajouté mon drap afin de garder la fraîcheur encore un peu plus. Je désirais vivre une vie retirée, silencieuse, très zen, mais voilà que nous sommes au moins 2 000 personnes. La vie quotidienne est partout pareille : cris des enfants, rires des personnes à voix fortes, klaxons dans la rue et en bruit de fond, la mer. Bord de mer Après le petit déjeuner, je me rends à la mer. Une demi-heure vite passée. Le soleil, le vent et la mer : que ça me fait du bien. Je repense aux jours passés depuis le début de mon voyage. Il me semble que je suis partie depuis des mois, malgré le fait que je ne trouve pas les journées longues. Temple de Kali Je commence à affectionner le temple de Kali même si c’est au 2e plancher que nous retrouvons plusieurs services de l’ashram. Vu que les bruits montent, en bas, je me sens en paix. J’aime cette quiétude et cette dévotion. L’espace est immense et une brise semble toujours y flotter. Une cloche sonne 3 coups : il est 9h45. Amma sera au grand temple où tout le monde peut s’y amasser. Je déménage donc d’endroit. J’ai adoré les chants hier soir. Pendant une heure et demie les gens entonnent avec Amma, des chants plein d’amour et de dévotion. La musique y est excellente. L’orchestre est sur place : tamtam, flute que sais-je encore? Je ne connais pas les instruments indiens mais ici, ils ne faussent pas. Quel délice! Ce matin, Amma pleure car des enfants se trouvent à l’extérieur de l’ashram et ils n’ont pas la permission d’y entrer. Elle nous parle en disant que c’est discriminatoire que les enfants du village en soient exclus. Lorsque nous ferons la méditation, on leur permettra d’entrer. J’ai choisi un endroit d’une rangée seulement le long d’un mur formé par des paravents. Ainsi, je me sens un peu plus libre dans cette immense salle. Elle se remplie peu à peu. Des gens ajoutent des chaises afin de s’approcher plus près d’Amma. Le couloir formé par les chaises s’amenuise avec les chaises ajoutées au bout des rangées. Elle parle un bon trois quart d’heure, ensuite, la méditation d’une demi-heure et à la fin, tout le monde est servi par Amma. Des bénévoles préparent les assiettes et les lui remettent. Guylaine m’a vu debout. Elle vient me rejoindre. Elle voit Marcel dans la file pour se faire servir. Lorsque nous passons près de lui, il achève son assiette. Il ignore qu’il faut attendre que tout le monde soit servi avant de manger. La guru mange la première bouchée et ensuite ses disciples. Je m’avance afin d’être près d’elle pour le darshan (le câlin). Je m’assis donc avec Guylaine près des dames qui font le service et remettent les assiettes à Amma. C’est très performant. Pour servir environ 1500 personnes, ça prendra environ 1h00. Je ne veux pas manger. Deux vieilles indiennes insistent pour que je me serve. Une jeune fille m’explique qu’il faut prendre quelque chose car c’est comme une bénédiction de recevoir mon assiette des mains d’Amma. Bon! Je demande une petite portion. Elle m’a entendu malgré le fait que j’utilise l’anglais. Je retourne à ma place en passant sur les tapis personnels des gens qui se trouvent près d’Amma. Bon! Je voulais manger à l’occidentale. Me voici, la main droite dans mon assiette, riz et sauce mélangés grâce à la dextérité de mes doigts, et oups! Dans la bouche! J’épluche la banane miniature qui glisse à quelques reprises dans mon assiette. Pas évident de travailler avec la main mouillée de sauce. Je donne le « pop corn » à Guylaine. Je mange quelques bouchées et j’ai terminé. Je demande où jeter la balance. La jeune fille derrière moi me répète : jeter. Vous voulez jeter la nourriture. Oui, bien sur, de lui répondre. Elle me pique des yeux assassins. Je ne comprends pas trop. Une autre femme m’explique que je pourrais peut-être le manger au prochain repas. Au prochain repas? Ai-je bien entendu? Cette bouette au prochain repas? En plus, je ne m’étais qu’essuyer les mains avec mon mouchoir propre, lui! Bon! Je repars donc avec mon plat. Je me lève et informe Guylaine que je viens d’atteindre un quota de différences. J’ai les nerfs un peu, beaucoup en boules. On s’en va. Moi avec mon assiette pleine. Je vais rejoindre Pascal à l’extérieur qui a eu la patience de m’attendre une heure de temps, ne sachant pas trop ce que je foutais. Guylaine m’avait suggéré sortir et revenir pour le darshan. Je préférais ne pas manquer ma chance. Me voilà à l’extérieur de l’enceinte de cette salle, pas plus avancé qu’au début de ma décision. J’aimerais recevoir un darshan. Je mange toute mon assiette avec une cuillère. Je me sens plus à l’aise ainsi. J’entends l’animateur qui demande aux personnes qui n’ont pas reçus de câlin, de venir, spécialement les nouveaux arrivés ou les partants! Je saute d’un bond et je m’y rends. Câlin d’Amma C’est toute qu’une expérience (encore une aujourd’hui – je bats des records). Il faut faire la file. Les hommes à gauche, les femmes à droite. Comme dans la salle. Une dame a reçu son câlin et reste hébétée et admiratrice devant moi. Une responsable la prend par les épaules et l’enlève carrément de la lignée. On me demande de déposer mes lunettes dans un panier. De m’essuyer le visage avec un mouchoir que tout le monde s’est essuyé. Je choisis de m’essuyer le visage avec un bout de ma tunique (merci à ma sœur Marie-Pier de m’avoir conseillé de porter l’ensemble tunique pantalon). Une jeune femme s’agenouille avec son bébé. On dépose le bébé sur les genoux d’Amma qui prend la femme d’un bras. La jeune femme pleure. Oups! Une femme responsable enlève le bébé des genoux d’Amma, relève la jeune femme, me pèse sur les épaules pour que je m’agenouille, place ma main droite sur le plancher où se trouve la chaise d’Amma. On me demande en quelle langue je désire qu’elle me parle. Français. Elle me prend par les épaules en regardant un homme qui lui parle et oups! Debout madame, c’est terminée. Une femme me prend la main pour m’y remettre un petit sac brun dans lequel je trouverai un bonbon à l’orange. Ce fut très impersonnel. Je n’ai absolument rien ressenti. Tout qu’un show! Je regarde autour de moi : des gens pleurent, des gens déjà en morceaux bénissent Amma de son soutien! Je suis perdue! Je vais retrouver mes trois comparses. Nous parlons de nos vécus au niveau de l’ashram. Je peux vous dire que c’est loin de mon idéal et de mes attentes. Je réalise que la tolérance est encore au rendez-vous aujourd’hui. Mon voyage en Inde se résume à ça : la tolérance! Rien, rien, rien n’est routinier. Ce que je pense : rien n’est comme ça. J’assume que la méditation ça va être de la méditation : non, Amma parle, pleure et prie. Ensuite, la méditation. Ensuite, la bouffe à toute la gang. Ensuite le darshan… Ça en fais-tu de la différence à mon goût? T O L É R A N C E Raymonde!!!!! Seva J’avais dit, avant de partir, que j’accepterais n’importe quelle tâche qu’on me demanderait d’accomplir. J’entends des chants en écrivant. Ils sont doux et suivis de mantras. Très agréables aux oreilles avec quelques cris des enfants. C’est de la musique à mes oreilles. Bon, je continue! C’est dans notre petit appartement que je vais faire le seva. Je voulais une moppe pour laver notre plancher. Il faut attendre l’ouverture en après-midi. Le mardi, tout est fermé à des heures différentes et parfois même, fermé tout court. Tolérance Raymonde! Je décide donc d’utiliser mes petites culottes « long john » pour laver le plancher. Je passe le balai (24 pouces de long, donc je suis penchée en 4), ensuite je lave le plancher à genoux. Mes petites culottes changent de couleur. Elles passent de blanc à brun pâle et à brun foncé. J’utilise la première eau qui a servi au lavage de notre linge. Je m’en viens récupération pas mal! Je rince avec une eau propre. Mon pacha pendant ce temps, dort bien tranquille sur son grabat à deux étages (ben oui, il s’est déniché un 2e matelas chez Marcel et Guylaine). Je lave le tapis de la salle de bain (il passe de brun à brun pâle). Je suis en lavette. Je n’ose pas utiliser la douche toute propre que je viens juste de terminer. Qu’importe, je me lave! Après tout, c’est moi qui essuierai le tout par la suite. C’est en regardant mon petit apart tout propre que je vous dis… Namaste!

Delhi
Delhi

Lundi, 6 décembre 2010

Nawalgarh – Delhi (267 km ) 5h30


Longue route.  Au lieu de garder le cap par autoroute, Sanjeev choisit de prendre un raccourci sur l’équivalent de nos pistes cyclables les plus mal entrenues; ça serait encore mieux que ce que nos derrières eurent à subir en inconfort.  Nous sommes en Inde.

Mardi, 7 décembre 2010 – Delhi

Le musée d’Indira Gandhi

Cette ancienne résidence fut transformée en musée.  Photos et effets personnels relatent cet important chapitre de l’Inde indépendante.

Elle est devenue en 1966, la première femme Premier Ministre de l’Inde.  Elle a grandi dans un foyer politique, car fille d’un premier ministre elle fut confrontée aux complexités de la vie politique dès son plus jeune âge.  Son père, Jawahalal Nehru, a travaillé avec Mohandas Gandhi pour obtenir l’indépendance par rapport à l’empire britannique en 1947.

Ses quatre dernières années en fonction ont été contestées par les personnes luttant pour la liberté qui demandaient l’indépendance de la patrie historique des Sikhs, le Penjab.  On pense que son assassinat a été motivé par sa décision de faire assiéger un important lieu de culte sikh par l’armée indienne afin de tuer un dirigeant dans les rangs des défenseurs de la liberté.

Ses parents furent emprisonnés par les Britanniques car lui et Gandhi luttaient pacifiquement pour obtenir l’indépendance de l’Inde.  Sa mère a contracté la tuberculose en prison.  Sa mère n’a jamais pris de gouvernante britannique.  Ce qui lui a évité le processus d’occidentalisation et lui a permis d’entretenir sa langue hindi et de grandir en pensant comme une indienne.

Quelle grande dame! Au courant de toutes ces journées dans le Nord de l’Inde bien remplies de couleurs, de propositions et de sollicitations de ventes, de poussière et de sourires, nous pouvons siroter un chaï à l’ombre ou au soleil, selon notre besoin du moment! Un moment d’éternité!

Temple Baihï et son musée en forme de Lotus

Le Lotus Temple ou Temple Bahaï est environné de jardins et de bassins.  Les adeptes de toutes les religions viennent y prier et méditer en silence.  C’est un étrange monument achevé en 1986 qui sert de temple à la communauté Bahaï est composé de 9 côtés et son dôme est formé par 27 ou 29 pétales en marbre blanc, disposés par groupe de trois et s’inspire du Lotus, fleur qui symbolise la quête mystique.

Je ne connaissais que très peu cette communauté.  Les Baha’ï représente un groupe islamique tolérant, fondé en Iran, en 1844, dont le premier prêcheur fut exécuté par les chiites.  Sa doctrine, le Bahanaïsme, prône la paix et la tolérance entre les communautés religieuses et incarne un syncrétisme religieux qui vénère tous les prophètes des grandes religions.

Après la chute du Shah d’Iran, et la prise du pouvoir par les ayatollahs, les Bahaï, victimes de persécutions de la part des mollahs, ont émigré dans le monde entier.

Nous avons assisté à deux chants et un bout de prêchage… Pascal a dormi tout le long!  Bonne sieste mon homme!

Qutab Minar

Ce minaret ou tour de la victoire est d’une hauteur de 73 mètres.  Il est le symbole du nouveau pouvoir afghan et un des monuments les plus célèbres de Delhi.

Nous prenons notre pick-nick juste à l’extérieur des murs.  Il est défendu de manger à l’intérieur de l’enceinte.  Daniel nous a déniché de bons pains genre pâte phyllo aux légumes et au poulet.  Il en restera quelques-uns.  Des bouchées au paneer et épinard.  Des pains genre pizza mais de forme allongée à l’ail ou aux légumes.  Le tout accompagné de noix d’acajou et d’amandes.  Un choix de desserts indiens; un délice pour les yeux et les papilles.  Bravo guide!

Namaste!

Nous avons quitté le Rajasthan pour entrer dans la région de Delhi.

Tous ces gens – Poème de Marcel Poulin stationné à Pondicherry, Inde

Il y a tous ces gens

Ceux et celles que l’on croise

Pour un seul moment

L’instant d’un regard,

L’instant d’un sourire

Il y a beaucoup d’amour

Dans cette espèce humaine

Que nous sommes.

Il y a beaucoup de bonté

Dans cette espèce humaine

Que nous sommes.

Il suffirait de si peu

Pour que tout se transforme.

« Le vrai domicile de l’homme n’est pas une maison mais la route, et la vie elle-même est un voyage à faire à pied »  Bruce Chartwin

Namaste! Pour ce premier bout de voyage qui m’enseigne l’abandon à tous les jours, sous toutes les formes inimaginables.