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Jour 33 – LA FAUNE DE L’ASHRAM!

Amritapuri
Amritapuri

15 décembre 2010 – Ashram Amma - Amrita Puri

Je vais vous livrer maintenant une suite d’observations très personnelles et absolument non généralisables et improuvables de ce que j’ai observé à l’ashram depuis mon arrivée, soit après une journée et demi d’études scientifiques de la faune qui végète, vit, médite, mange et prie ici. Pour l’amour, on repassera : abstinence totale requise de tous!

Toujours les mêmes!

La faune, ce sont ces gens, toujours les mêmes, que l’on rencontre tout le temps et partout où on va. On est 2 000 ici, des indiens et des occidentaux. Ben, depuis que je suis arrivé, je croise toujours les 10-15 mêmes personnes partout où je suis, partout où je vais et, peu importe  ce que je fais pour les éviter, ils sont là, devant moi, ils me regardent. Peut-être se posent-ils aussi la même question! En tout cas, dès que je parle d’une de ces personnes à mes amis, eux aussi les connaissent. Comment est-ce possible? Mystère et boule de gomme!

La blancheur de la faune

À mon arrivée, ce qui m’a frappée le plus, à part la hauteur des bâtiments, c’est le blanc! La blancheur éclatante!  Pas celle des édifices qui sont rose bonbon, mais la blancheur des occidentaux qui sont en majorité ici et la blancheur immaculée des vêtements dont ils s’affublent. Sauf quelques exceptions colorées comme moi, tout le monde a adopté la tunique indienne blanche. Paraît que ce vêtement est frais. Peut-être.

LES CATÉGORIES DE LA FAUNE

La faune locale est divisée en deux catégories: 80% est habillée en tuniques blanches et 20 de païens en chemises et pantalons. Je fais parti de cette dernière catégorie. La faune en tuniques blanches est constituée de 70% de femmes de tous les âges et de toutes les grosseurs, de 25% d’hommes convertis à la chose et de 5% de sexe et d’orientation indéterminés. Voilà pour la partie ethnologique de mon exposé.

Voyons maintenant quelques spécimens typiques de cette faune à tunique blanches, les autres ne présentant, à mes yeux de païen, aucun intérêt scientifique.

«In Silence»

Je l’ai croisée dans les 5 premières minutes de mon arrivée attirant mon regard par le petit carré coloré épinglé sur sa tunique blanche, sur la poitrine, et sur lequel était écrit en belles lettres bleues : «In Silence». C’est une pub de vêtement que je me suis dis. Je l’ai revue une heure plus tard pendant que j’attendais mon tour à l’internet. Elle attendait aussi, assise devant moi à écrire des choses dans son grand cahier de notes du genre : «Le gentil monsieur en face de moi, je sens dans son beau regard bleuté beaucoup de compassion et d’encouragement à continuer  mon vœu de silence!».

Elle ressemble à Olive Oil, la copine de Popeye. Même visage rond, même chignon, mêmes yeux. Là, j’ai compris qu’elle faisait une cure de silence car ce que j‘avais pris pour une pub de vêtement était en fait un carré de papier! Vous dire tout ce qui m’est passé par la tête à ce moment-là! Je me suis rappelé combien Claire et les autres copines ont ri en se moquant de Raymonde en lui disant qu’elle aurait à faire silence dans l’ashram, une impossibilité physique et mentale pour elle! Que se passerait-il si j’allais lui pincer une fesse juste pour lui faire rompre son vœu de silence? Serais-je excommunié et expulsé manu-militari de l’ashram ou obligé à aller récurer les toilettes en seva* forcé? Ah que je suis méchant!

*Seva : travail bénévole à l’ashram permettant de ne payer que 30 roupies par jour pour le logement et la nourriture. Ceux qui n’en font pas payent 50 roupies je crois. À vérifier lors de notre départ. Correction du 20 décembre : le seva est totalement volontaire et n’a aucun impact sur le prix payé à la fin du séjour qui est de 150 roupies (3.50$) par personne par jour. Donc, pour mes 6 jours à l’ashram, j’ai payé 900 roupies (23$) au total pour le logement. Ceux qui choisissent de manger du coté indien n’ont rien d’autre à payer. Je comprends que plusieurs couples de retraités viennent passer les mois d’hiver ici! Mais oubliez-moi pour ça!

«Sœur Blanche»

Pas grande, petite bedaine, se déplaçant lentement, elle me fait penser à une bonne grand-maman de chez-nous avec ses cheveux blancs bien coiffés, ses petites lunettes et son perpétuel sourire. Un genre de matante aussi. Mais elle me fait plus penser à une religieuse, du genre qu’on voit depuis qu’elles ont quitté le voile et qu’elles se déplacent en publique en duo ou en trio. C’est pourquoi je l’appelle «Sœur Blanche». Elle est heureuse dans sa tête et ne ferait pas de mal à une mouche. Je la vois partout mais surtout à l’Internet car c’est la poste restante de l’ashram, les lettres reçues étant placées dans des cases par ordre alphabétique. Pour se délasser, Sœur Blanche passe beaucoup de temps à lire les adresses des lettres mais oublie de les remettre à la bonne place. Mais on lui pardonne tout à cette dame au gentil sourire.

«Patouche»

Impossible de ne pas connaître Patouche! Il est tellement grand et mince qu’il doit passer deux fois devant le soleil pour faire de l’ombre. De son long visage on ne distingue que ses grands yeux bleus car tout le reste est dissimulé sous une gigantesque barbe hirsute d’une couleur indéterminée plus fournie encore que celle de Victor Lévy-Beaulieu. Et surmontant le tout, une calotte de baseball aussi bleue que ses yeux. Patouche demeure dans notre immeuble et  Raymonde et moi lui avons décerné son surnom le premier soir de notre arrivée alors qu’entassés dans l’ascenseur comme des sardines, Patouche faisait le vide autour de lui en repoussant tout le monde : «Don’t touch me anyone! If you touch me I will bleed!». Raymonde s’est emportée – elle est de moins en moins tolérante il faut dire – et lui a dit d’enlever ses «fucking hands» de sur elle! C’est là que «Pas touche!» à reçu son surnom! Quant à savoir s’il aurait «saigné» si on l’avait touché, je ne suis pas certain car je crois que le monsieur souffre de claustrophobie car je l’ai vu par la suite fendre la foule sans se préoccuper que les gens le touche ou non.

«Paolo»

Paolo est portugais – je l’ai entendu parler cette langue – et je l’ai surnommé ainsi en l’honneur de Paolo Coelo, auteur portugais célèbre pour ses livres sur la recherche personnelle. Paolo porte la tunique blanche et le mouchoir blanc noué sur la tête. Il porte la barbe. Pas très grand, il passe inaperçu dans la foule mais moi, je l’ai toujours dans la face! Hier matin, alors que je tapais un billet pendant la méditation d’Amma, lui était à déjeuner devant moi. Il avait apporté un sac de victuailles dont il tirait des graines et des noix, je crois. Il s’abreuvait à une petit bouteille contenait un liquide étrange. Il était déjà là à mon arrivée et il lui a fallu une heure supplémentaire pour terminer sa sustentation matinale car, après chaque graine ou noix avalée, il fermait les yeux pour une courte méditation, et reprenait le manège. En fait, il aurait probablement pris plus de temps encore si cette dame de sa connaissance, sa femme ou sa mère, n’était venue s’asseoir en face de lui pour lui parler. Mon dieu ce qu’elle a pris dans le bonnet comme insultes et réprimandes! La pauvre dame en pleurait! Paolo a vraiment encore beaucoup de graines à manger avant d’atteindre l’Illumination!

«Les tata macoutes»

Elles viennent en toutes tailles mais sont surtout grandes, grassettes et blondes, bref du genre germanique, Du type «Ursa, la louve des SS». Elles sont les bras et les jambes d’Amma s’étant vu confier la sécurité des femmes de l’ashram. Mon premier contact avec une tata-macoute a été lors de mon premier «show de chansons» d’Amma qui se passe à chaque soir de 19 à 20h00. Je suis arrivé en retard à la représentation et je me suis assis à l’arrière de la salle pour ne déranger personne. Une grosse et grande dame blonde près de moi de fait signe de changer de place. Je pense qu’elle veut que j’aille prendre place avec les fidèles devant car il y a des places libres. Je lui fais signe que je suis bien ici, de me laisser tranquille. Elle fait ni une ni deux, se lève et me force à libérer la place et me pousse vers la partie gauche de la salle. «Go with the men!» qu’elle me dit! Je réalise alors que la salle est divisée en deux: les chaises beiges à droite pour les dames, les chaises noires pour les hommes à gauche! Sacrement! Si tu penses avoir raison, tu me connais pas! J’ai donc pris ma chaise beige de femme et j’ai fait un homme de moi :  je l’ai posée en plein sur la ligne blanche centrale séparant les deux sexes avec Amma en pleine face sur son estrade! Vous auriez dû voir la face de la tata-macoute! Je suis resté là jusqu’à la fin du show mais la tata-macoute ne m’a pas quitté des yeux qu’elle avait, disons, très méchants!

«Beauté désespérée»

«Beauté désespérée» était assise par terre, en lotus, à la droite de ma ligne blanche après mon expulsion par la tata-macoute. Mon dieu qu’elle était belle… physiquement! Un vrai mannequin! Elle dodelinait de la tête en écoutant Amma chanter, ses yeux roulant dans leur orbite. Elle cherchait l’extase qui ne venait pas car, entre chaque chanson, elle revenait sur terre pour regarder autour d’elle. Et je me demandais ce qu’une femme aussi belle pouvait bien faire dans ce lieu de privation et d’abstinence. Emmanchée comme elle était, le monde entier ferait l’impossible pour la satisfaire sans compter les 15 ou 20 beaux ténébreux debout derrière elle qui la dévisageaient depuis un moment et qui auraient bien aimer la propulser en extase au 7ième ciel avec leur baguette magique! Autre mystère de la foi!

«Ti-Guy»

Ti-Guy pourrait être québécois tellement il est universel. De taille moyenne, il a le crane dégarni ce qui ne l’empêche pas de se faire une petite queue de cheval toute mignonne. Il marche la tête baissée, comme dans une bulle et si on le heurte accidentellement, il va lever la tête et nous regarder comme un chevreuil effarouché sur lequel on braque une 303 entre les deux yeux. Bon, Ti-Guy, lui, il danse dans l’allée pendant les «shows chantants» d’Amma. Comme les tata-macoutes ne sont que du côté des femmes pour les protéger des hommes concupiscents et que je n’ai pas encore vu de tonton-macoutes chez les hommes, Ti-Guy est donc laissé à lui-même sans être le moindrement importuné. Hier soir je l’ai chronométré : il lui faut exactement 22 minutes pour se réchauffer, se lever et se mettre à danser au rythme des tablas et autres musiques indiennes. Ti-Guy vient en deux vitesses: lento et TGV. À cette vitesse extrême, ma seule peur est de le voir partir en morceaux : un bras d’un bord, une main de l’autre, une jambe à gauche, un pied sur Amma. La danse de Saint-Guy quoi! Un miracle qu’il reste en un seul morceau!

Bon, assez pour aujourd’hui. Je vais certainement étudier d’autres spécimens intéressants d’ici la fin de notre séjour ici.

Il est 9h45 et je suis dans un petit cafe de l'autre cote du pont a 35 roupies de l'heure et ou on est pas limites a 30 minutes comme au ashram. (Excusez les accents,  je tape ce dernier paragraphe dans ce cafe).

Bonne journée!

4 thoughts on “Jour 33 – LA FAUNE DE L’ASHRAM!

  1. Francine

    Hello Pascal et Raymode

    Pascal tu m'as fais bien rire avec tes descriptions de personnes. Comme tu vois il ne faut pas aller jusqu'en Inde pour voir les différences....on peut en voir au Québec.

    Je sais que Raymonde avait bien hâte d'aller dans un asharam afin d'y trouver une paix intérieure mais je crois d'après ce qu'elle écrit qu'elle a trouver la tolérence.

    Je ne sais pas si je serais prête pour un voyage en Inde après les lectures de votre blog. J'ai bien hâte de t'en parler Raymonde.... sur cela bonne continuité et au plaisir de vous lire.

    Tendresse Francine

    Reply
    1. Pascal

      Merci, Francine de tes commentaires! C'est bien evident que cette faune peut aussi bien se retrouver a
      Ste-Anne de Beaupre! Raymonde va certainement t'en parler mais je crois resumer la chose en disant que les guru de tout accabit, nous en avons certainement soupe et que Amma, meme si elle fait du bien enormement autour d'elle, est aussi un guru auquel s'attachent bien des ames qui cherchent quelqu'un ou quelque chose pour les guider. Au Quebec, nous venons de sortir de la noirceur de l'eglise ou tout etait interdit et que seulement les pretres semblaient savoir ce qui etait bon pour nous! Bref! Le monde continue de tourner... toujours dans le meme sens!

      Reply
  2. georges et jeanne- mance

    Bonjour a vous deux!
    Vous etes vraiment formidables! Vos recits nous emballent par leur style vivants ,
    clair,élaboré,amusant. Pascal tes descriptions, surtout celle de Ti.Guy,m'a fait
    pouffer de rire... Tu m'amuses beaucoup avec tes fameuses anecdotes....
    Quelle patience! Quelle générosité! pour tous ces détails qui nous permettent de
    vous suivre de plus pres et suscite de belles émotions. Je me plais à vous offrir de
    gros câlins en remerciment! Nous serons chez Danielle pour fêter NOEL....
    Quel bonheur de pouvoir se réunir dans une belle harmonie affectueuse...
    A vous deux JOYEUX NOEL...Pleins d`heureuses surprises.A BIENTÔT Jeanne-M.

    Reply
  3. georges et jeanne- mance

    Bonjour à vous deux! Sommes de retour... NOEL fut magnifique! Amour,famille,plaisir...Tout ce dont nous pouvons espérer et encore beaucoup plus...
    Dans le vrai sens de NOEL... Arrivés a la maison nous nous sommes empressés
    d'aller prendre de vos nouvelles sur l'ordi. On vous a retrouvés plus gais,plus contents. Le quotidien vous apportant plus d'agréables surprises! Vos récits sont savoureux,et captivants... Quelle générosités de nous faire partager vos états d'âme...Vous etes vraiment formidables!
    Présentement on vous sent plus proche de nous. Le plaisir de vous retrouver s'intensifie de jour en jour... Bonne fin de séjour...Bonne Année 2011!!!
    Jeanne-Mance et Georges

    /Tout ce dont nous pouvons espérer et encore beaucoup plus! Dans le vrai sens de NOEL.

    Reply

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