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Amritapuri
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RÉPONSES AU QUIZZ

Il y a quelques semaines, en  début de voyage, je vous avais posé deux questions dont voici les réponses.

CRÉMATION OU INHUMATION

Dans les villes comme Varanasi où coule le Gange, un fleuve sacré, les corps non-identifiés comme musulmans (inhumation) ou hindous (crémation)  SERAIENT remis au fleuve. Ça c’est ce qu’on nous a dit. Peut-être que cela se fait encore dans les régions reculées mais je ne crois pas que cette pratique soit encore réelle. En effet, chaque ville a maintenant un crématorium moderne où les familles peuvent faire incinérer leur proches à moindre coût car n’oubliez pas qu’un bucher funéraire à ciel ouvert coûte pas mal de sous! Donc, il y a de fortes chances qu’un corps non-identifié soit incinéré purement et simplement.

LES VACHES SACRÉES

On nous a dit que les vaches qui se promènent librement partout dans les villes et en campagne appartiennent à des particuliers. C’est certainement vrai mais beaucoup de ces animaux sont aussi des vaches et des bœufs errants dont les propriétaires, ne pouvant plus les garder pour diverses raisons et ne pouvant les tuer pour la viande, préfèrent alors les laisser aller dans la nature. Cette pratique est fort répandue dans le nord de l’Inde dont les habitants sont beaucoup plus conservateurs et religieux mais les grandes villes du nord ont commencé à restreindre leur territoire dans les banlieues et hors des centres-villes. C’était rendu nécessaire avec l’augmentation du parc automobile. Dans le Sud de l’Inde, catholique et plus libéral, on ne voit plus ces vaches… sauf à Mumbai où leur présence est fortement réglementée comme vous avez pu lire dans un précédent billet.

LES MENDIANTES

Les mendiantes avec leurs bébés nouveau-nés dans les bras qui quêtent pour de la nourriture se tiennent toujours dans les endroits fréquentés par les touristes soit les sites touristiques, les abords des restaurants et des hôtels. Ce sont des professionnelles et on décourage fortement de les encourager en leur donnant de l’argent. Mais ce n’est vraiment pas facile, Guylaine et Raymonde ayant sauté une coche à Mumbai assaillies qu’elles étaient par une horde de ces femmes sans pitié pour les pauvres touristes prises de compassion! Dès qu’on donne à une c’est la cohue et elles ne lâcheront plus le morceau. J’ai dû intervenir et les forcer à s’éloigner car elles ont quelque peu de respect pour les hommes sachant qu’avec eux, ça ne prend pas leur petit jeu! À Mumbai, on nous a dit que ces mendiantes étaient travaillaient en fait pour les «slums lords» ces mafieux qui contrôlent les bidonvilles des grandes villes indiennes.

LA CIRCULATION AUTOMOBILE : UN CHAOS AUTO-RÉGULÉ

Le parc automobile indien est constitué, par ordre décroissant de grosseur, d’une multitude d’autobus et de camions dix-roues et plus de marque Tata visibles seulement à l’extérieur des villes, d’autos moyennes genre Tercel circulant sur les grands artères des villes et quelques ruelles, de tuk-tuks motorisés et de rickshaws à deux jambes et trois roues en versions taxi ou camion, finalement, d’un nombre incalculable de motos 150cc et plus montées par au moins deux têtes de pipes!

La visite touristique des villes populeuses comme Delhi et Varanasi se fait toujours dans la plus vieille partie de ces villes. Il est donc normal que les rues et ruelles de ces sections anciennes soient trop étroites ou purement impassable pour certains véhicules. Dans les ruelles des bazars, par exemple, seuls les motos et les piétons peuvent circuler. Dès que la ruelle s’élargie, les tuk-tuks et les rickshaws viennent occuper l’espace disponible.

Qu’advient-il alors lorsque trois ou quatre ruelles débouchent sur un  carrefour et que tous ces véhicules viennent en même temps disputer aux piétons leur droit de passage ?

C’est le chaos total!

Comme l’installation de feux de circulations est hors de question car personne ne les respecteraient et que la présence policière est quasi inexistantes dans ces sections populeuses de la ville, la gestion de la circulation est donc laissée aux usagers confrontés aux inévitables embouteillages à répétition qui surviennent.

Je me souviens, à Delhi, lors de notre tour de rickshaw, d’avoir assisté à un tel chaos indescriptible : en moi-même, je me disais, nous en avons pour au moins 1 heure avant de pouvoir circuler à nouveau. Tout était entremêlé : une centaine de femmes et d’hommes à pied avec des paquets sur la tête, une douzaine de rickshaws imbriqués les uns dans les autres, six-sept tuk-tuks empestant l’air remplis de passager à raz-bord, deux ou trois autos et une quinzaine de motos louvoyant à travers la multitude, ajoutez à cela la cacophonie d’une dizaine de coups de klaxons stridents à la seconde et vous avez à peu près un portait de la situation.

Cinq minutes?  Dix minutes au maximum ont suffit à régler la situation et rétablir un semblant de fluidité au carrefour, tout cela sans que personne ne crie ou ne se mette en colère! Je n’en croyais pas mes yeux!

Je venais de réaliser que, laissé à lui-même, le chaos, intolérable à nos esprits cartésiens, s’élimine rapidement par la patience et la technique des petits pas! Depuis ce moment, je me suis surpris à réfléchir profondément sur l’utilité de tout vouloir réglementer dans nos vies. J’ai vu le chaos et il se gérait très bien lui-même sans que j’ai eu à intervenir!

Depuis que j’ai écris ces mots, nous sommes descendus dans le sud de l’Inde et avons été surpris de voir que, dans les grandes villes comme Mumbai, par exemple,  tous les tuk-tuks et les rickshaws avaient maintenant été bannis des centres-villes et ne sont maintenant tolérés que dans les banlieues et les «slums». Cela aussi était rendu nécessaire pour faciliter le trafic automobile.

LE MYSTÈRE DES PIQURES

Nous n’avons rencontré aucun animal vénéneux de notre voyage. Cependant, depuis notre arrivée, nous faisons face à un mystère. Quel insecte est responsable de ces piqures qui démangent tellement et qui prennent près de deux semaines à disparaître ?

Au début, nous étions convaincus que c’étaient des maringoins mais jamais nous ne les avons vu  nous piquer et, le plus troublant, les piqures et les démangeaisons n’apparaissent que le lendemain ou le surlendemain et se présente généralement en chapelet à l’intérieur des vêtements, comme si l’insecte avait marché ce qui n’est jamais le cas pour les moustiques.

Guylaine, Claire et Raymonde ont été les plus affectées, présentant des piqures violacées aussi grandes qu’une pièce d’un cent sur les jambes et les bras et dont les démangeaisons intolérables les empêchaient de dormir. Guylaine a dû se mettre des «plasters» sur les piqures pour empêcher que le frottement de ses vêtements n’excite la démangeaison.

Nous sommes maintenant dans le Sud de l’Inde et le mystère s’est encore alourdi puisque, lors de la croisière dans les Backwaters, le capitaine du bateau nous a dit que c’étaient des fourmis qui étaient responsables de ces piqures!  Et pour confirmer cela d’une certaine façon, Marcel et Guylaine se sont fait piquer par un minuscule insecte ressemblant  à une fourmi avec un dard pour bouche…. mais qui avait des ailes!

Le mystère demeure!

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Amritapuri
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15 décembre 2010 – Ashram Amma - Amrita Puri

Je vais vous livrer maintenant une suite d’observations très personnelles et absolument non généralisables et improuvables de ce que j’ai observé à l’ashram depuis mon arrivée, soit après une journée et demi d’études scientifiques de la faune qui végète, vit, médite, mange et prie ici. Pour l’amour, on repassera : abstinence totale requise de tous!

Toujours les mêmes!

La faune, ce sont ces gens, toujours les mêmes, que l’on rencontre tout le temps et partout où on va. On est 2 000 ici, des indiens et des occidentaux. Ben, depuis que je suis arrivé, je croise toujours les 10-15 mêmes personnes partout où je suis, partout où je vais et, peu importe  ce que je fais pour les éviter, ils sont là, devant moi, ils me regardent. Peut-être se posent-ils aussi la même question! En tout cas, dès que je parle d’une de ces personnes à mes amis, eux aussi les connaissent. Comment est-ce possible? Mystère et boule de gomme!

La blancheur de la faune

À mon arrivée, ce qui m’a frappée le plus, à part la hauteur des bâtiments, c’est le blanc! La blancheur éclatante!  Pas celle des édifices qui sont rose bonbon, mais la blancheur des occidentaux qui sont en majorité ici et la blancheur immaculée des vêtements dont ils s’affublent. Sauf quelques exceptions colorées comme moi, tout le monde a adopté la tunique indienne blanche. Paraît que ce vêtement est frais. Peut-être.

LES CATÉGORIES DE LA FAUNE

La faune locale est divisée en deux catégories: 80% est habillée en tuniques blanches et 20 de païens en chemises et pantalons. Je fais parti de cette dernière catégorie. La faune en tuniques blanches est constituée de 70% de femmes de tous les âges et de toutes les grosseurs, de 25% d’hommes convertis à la chose et de 5% de sexe et d’orientation indéterminés. Voilà pour la partie ethnologique de mon exposé.

Voyons maintenant quelques spécimens typiques de cette faune à tunique blanches, les autres ne présentant, à mes yeux de païen, aucun intérêt scientifique.

«In Silence»

Je l’ai croisée dans les 5 premières minutes de mon arrivée attirant mon regard par le petit carré coloré épinglé sur sa tunique blanche, sur la poitrine, et sur lequel était écrit en belles lettres bleues : «In Silence». C’est une pub de vêtement que je me suis dis. Je l’ai revue une heure plus tard pendant que j’attendais mon tour à l’internet. Elle attendait aussi, assise devant moi à écrire des choses dans son grand cahier de notes du genre : «Le gentil monsieur en face de moi, je sens dans son beau regard bleuté beaucoup de compassion et d’encouragement à continuer  mon vœu de silence!».

Elle ressemble à Olive Oil, la copine de Popeye. Même visage rond, même chignon, mêmes yeux. Là, j’ai compris qu’elle faisait une cure de silence car ce que j‘avais pris pour une pub de vêtement était en fait un carré de papier! Vous dire tout ce qui m’est passé par la tête à ce moment-là! Je me suis rappelé combien Claire et les autres copines ont ri en se moquant de Raymonde en lui disant qu’elle aurait à faire silence dans l’ashram, une impossibilité physique et mentale pour elle! Que se passerait-il si j’allais lui pincer une fesse juste pour lui faire rompre son vœu de silence? Serais-je excommunié et expulsé manu-militari de l’ashram ou obligé à aller récurer les toilettes en seva* forcé? Ah que je suis méchant!

*Seva : travail bénévole à l’ashram permettant de ne payer que 30 roupies par jour pour le logement et la nourriture. Ceux qui n’en font pas payent 50 roupies je crois. À vérifier lors de notre départ. Correction du 20 décembre : le seva est totalement volontaire et n’a aucun impact sur le prix payé à la fin du séjour qui est de 150 roupies (3.50$) par personne par jour. Donc, pour mes 6 jours à l’ashram, j’ai payé 900 roupies (23$) au total pour le logement. Ceux qui choisissent de manger du coté indien n’ont rien d’autre à payer. Je comprends que plusieurs couples de retraités viennent passer les mois d’hiver ici! Mais oubliez-moi pour ça!

«Sœur Blanche»

Pas grande, petite bedaine, se déplaçant lentement, elle me fait penser à une bonne grand-maman de chez-nous avec ses cheveux blancs bien coiffés, ses petites lunettes et son perpétuel sourire. Un genre de matante aussi. Mais elle me fait plus penser à une religieuse, du genre qu’on voit depuis qu’elles ont quitté le voile et qu’elles se déplacent en publique en duo ou en trio. C’est pourquoi je l’appelle «Sœur Blanche». Elle est heureuse dans sa tête et ne ferait pas de mal à une mouche. Je la vois partout mais surtout à l’Internet car c’est la poste restante de l’ashram, les lettres reçues étant placées dans des cases par ordre alphabétique. Pour se délasser, Sœur Blanche passe beaucoup de temps à lire les adresses des lettres mais oublie de les remettre à la bonne place. Mais on lui pardonne tout à cette dame au gentil sourire.

«Patouche»

Impossible de ne pas connaître Patouche! Il est tellement grand et mince qu’il doit passer deux fois devant le soleil pour faire de l’ombre. De son long visage on ne distingue que ses grands yeux bleus car tout le reste est dissimulé sous une gigantesque barbe hirsute d’une couleur indéterminée plus fournie encore que celle de Victor Lévy-Beaulieu. Et surmontant le tout, une calotte de baseball aussi bleue que ses yeux. Patouche demeure dans notre immeuble et  Raymonde et moi lui avons décerné son surnom le premier soir de notre arrivée alors qu’entassés dans l’ascenseur comme des sardines, Patouche faisait le vide autour de lui en repoussant tout le monde : «Don’t touch me anyone! If you touch me I will bleed!». Raymonde s’est emportée – elle est de moins en moins tolérante il faut dire – et lui a dit d’enlever ses «fucking hands» de sur elle! C’est là que «Pas touche!» à reçu son surnom! Quant à savoir s’il aurait «saigné» si on l’avait touché, je ne suis pas certain car je crois que le monsieur souffre de claustrophobie car je l’ai vu par la suite fendre la foule sans se préoccuper que les gens le touche ou non.

«Paolo»

Paolo est portugais – je l’ai entendu parler cette langue – et je l’ai surnommé ainsi en l’honneur de Paolo Coelo, auteur portugais célèbre pour ses livres sur la recherche personnelle. Paolo porte la tunique blanche et le mouchoir blanc noué sur la tête. Il porte la barbe. Pas très grand, il passe inaperçu dans la foule mais moi, je l’ai toujours dans la face! Hier matin, alors que je tapais un billet pendant la méditation d’Amma, lui était à déjeuner devant moi. Il avait apporté un sac de victuailles dont il tirait des graines et des noix, je crois. Il s’abreuvait à une petit bouteille contenait un liquide étrange. Il était déjà là à mon arrivée et il lui a fallu une heure supplémentaire pour terminer sa sustentation matinale car, après chaque graine ou noix avalée, il fermait les yeux pour une courte méditation, et reprenait le manège. En fait, il aurait probablement pris plus de temps encore si cette dame de sa connaissance, sa femme ou sa mère, n’était venue s’asseoir en face de lui pour lui parler. Mon dieu ce qu’elle a pris dans le bonnet comme insultes et réprimandes! La pauvre dame en pleurait! Paolo a vraiment encore beaucoup de graines à manger avant d’atteindre l’Illumination!

«Les tata macoutes»

Elles viennent en toutes tailles mais sont surtout grandes, grassettes et blondes, bref du genre germanique, Du type «Ursa, la louve des SS». Elles sont les bras et les jambes d’Amma s’étant vu confier la sécurité des femmes de l’ashram. Mon premier contact avec une tata-macoute a été lors de mon premier «show de chansons» d’Amma qui se passe à chaque soir de 19 à 20h00. Je suis arrivé en retard à la représentation et je me suis assis à l’arrière de la salle pour ne déranger personne. Une grosse et grande dame blonde près de moi de fait signe de changer de place. Je pense qu’elle veut que j’aille prendre place avec les fidèles devant car il y a des places libres. Je lui fais signe que je suis bien ici, de me laisser tranquille. Elle fait ni une ni deux, se lève et me force à libérer la place et me pousse vers la partie gauche de la salle. «Go with the men!» qu’elle me dit! Je réalise alors que la salle est divisée en deux: les chaises beiges à droite pour les dames, les chaises noires pour les hommes à gauche! Sacrement! Si tu penses avoir raison, tu me connais pas! J’ai donc pris ma chaise beige de femme et j’ai fait un homme de moi :  je l’ai posée en plein sur la ligne blanche centrale séparant les deux sexes avec Amma en pleine face sur son estrade! Vous auriez dû voir la face de la tata-macoute! Je suis resté là jusqu’à la fin du show mais la tata-macoute ne m’a pas quitté des yeux qu’elle avait, disons, très méchants!

«Beauté désespérée»

«Beauté désespérée» était assise par terre, en lotus, à la droite de ma ligne blanche après mon expulsion par la tata-macoute. Mon dieu qu’elle était belle… physiquement! Un vrai mannequin! Elle dodelinait de la tête en écoutant Amma chanter, ses yeux roulant dans leur orbite. Elle cherchait l’extase qui ne venait pas car, entre chaque chanson, elle revenait sur terre pour regarder autour d’elle. Et je me demandais ce qu’une femme aussi belle pouvait bien faire dans ce lieu de privation et d’abstinence. Emmanchée comme elle était, le monde entier ferait l’impossible pour la satisfaire sans compter les 15 ou 20 beaux ténébreux debout derrière elle qui la dévisageaient depuis un moment et qui auraient bien aimer la propulser en extase au 7ième ciel avec leur baguette magique! Autre mystère de la foi!

«Ti-Guy»

Ti-Guy pourrait être québécois tellement il est universel. De taille moyenne, il a le crane dégarni ce qui ne l’empêche pas de se faire une petite queue de cheval toute mignonne. Il marche la tête baissée, comme dans une bulle et si on le heurte accidentellement, il va lever la tête et nous regarder comme un chevreuil effarouché sur lequel on braque une 303 entre les deux yeux. Bon, Ti-Guy, lui, il danse dans l’allée pendant les «shows chantants» d’Amma. Comme les tata-macoutes ne sont que du côté des femmes pour les protéger des hommes concupiscents et que je n’ai pas encore vu de tonton-macoutes chez les hommes, Ti-Guy est donc laissé à lui-même sans être le moindrement importuné. Hier soir je l’ai chronométré : il lui faut exactement 22 minutes pour se réchauffer, se lever et se mettre à danser au rythme des tablas et autres musiques indiennes. Ti-Guy vient en deux vitesses: lento et TGV. À cette vitesse extrême, ma seule peur est de le voir partir en morceaux : un bras d’un bord, une main de l’autre, une jambe à gauche, un pied sur Amma. La danse de Saint-Guy quoi! Un miracle qu’il reste en un seul morceau!

Bon, assez pour aujourd’hui. Je vais certainement étudier d’autres spécimens intéressants d’ici la fin de notre séjour ici.

Il est 9h45 et je suis dans un petit cafe de l'autre cote du pont a 35 roupies de l'heure et ou on est pas limites a 30 minutes comme au ashram. (Excusez les accents,  je tape ce dernier paragraphe dans ce cafe).

Bonne journée!