JOUR 42 – VEILLE DE NOËL À TANJORE

Tanjore

Tanjore

24 décembre 2010 – Tanjore, Tamil Nadu

Le marché aux fleurs
Avant de quitter définitivement Marurai, Vidji nous fait visiter un grand marché de fleurs à la sortie de la ville où tous les producteurs des campagnes environnantes viennent vendre leur production de roses, d’œillets mais surtout de jasmin qui est un des produits qui fait la renommée de cette ville. Les acheteurs sont présents aussi dont plusieurs revendeurs qui vont aller par la suite dans les temples et les endroits de prière pour vendre ces fleurs sous forme de guirlandes.

Lingame ou igname
Pendant notre trajet vers Tanjore, nous jasons entre nous surtout des déités hindouistes qui sont nombreuses et dont il est mal difficile de comprendre toutes les filiations. Ce matin, le sujet était le «lingam de Shiva» ce phallus dressé que l’on retrouve dans les temples dédiés à Shiva et qui le représente. En toute naïveté, notre belle Raymonde, qui ne nous croit pas du tout, demande à Vidji si le «lingam» n’est pas plutôt un légume! Vous auriez dû voir la face de Vidji qui est un adepte de Shiva dont il a fait le pèlerinage des «fous de Shiva» à chaque année pendant 5 ans. Nous avons expliqué à Raymonde que c’est l’«igname» qui est un légume et non le lingam de Shiva!

L’anglais de Vidji
Comme l’anglais de Vidji n’est vraiment pas très «fluent» comme on pourrait dire, à la suggestion de Guylaine, nous allons dorénavant lui parler en «ti-nègre» de la même façon que lui nous parle du genre : «Go Shiva temple. After go lunch. After check-in hotel». Nous sommes tous d’accord car nous avons remarqué que lorsque nous faisons des phrases complètes, il ne comprend absolument rien et ne fait alors que répéter : «No problem! No problem!». Nous savons alors que nous avons un problème de communication car sa réponse fétiche n’a souvent pas rapport avec la question. Mais il arrive parfois qu’il nous fasse bien rire avec ses observations comme ce matin, alors que, obligé d’arrêter l’auto pour laisser passer une vache sacrée sur la route, il nous dit avec un grand sourire : «Trafic police!».

Choix du guide
Nous sommes arrivés à midi à Tanjore et Vidji voulait que nous allions visiter le temple Brihadisvara dédié à Shiva avant qu’il ne ferme à 13h00. Il fait parti du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1959. Pendant le trajet, il nous a demandé à plusieurs fois si nous voulions un guide car il pouvait nous accommoder. Mais comme nous nous étions entendus avec Clôde pour qu’elle fournisse le guide aujourd’hui à 16h00 au lieu de midi, notre Vidji n’était pas tellement content car il a fallu qu’il annule son guide ce qui le privait d’une commission, commission qui allait aller à Bapou, le chauffeur de Clôde! Mais cela, nous ne le savions pas encore et nous venons de le découvrir indirectement par la mine renfrognée de notre Vidji! Je crois que les relations avec Bapou vont être plutôt froides dorénavant!

L’atelier de bronze
Pour se refaire d’avoir manqué cette commission, il nous amène dans un atelier de bronze où le propriétaire nous fait une démonstration de la technique de la cire perdu pour le coulage des figurines de bronze. C’est toujours la même chose dans ces cas-là que ce soit pour le tissage, les tapis, la peinture, etc, on nous fait une rapide démonstration et dès qu’on entre dans le magasin, leur performance d’acteurs terminée, les gens de la démonstration foutent le camp chez-eux,! Du bidon quoi! On commence à savoir comment cela fonctionne. Comme nous savons que Vidji va avoir une commission même si nous n’achetons rien, nous jouons le jeu et allons «fouiner» dans le magasin en nous exclamant devant les étalages et en demandant quelques prix, histoire de ne pas passer pour des ingrats! Finalement, après 15-20 minutes de «flânage», nous quittons le magasin pour rejoindre notre Vidji tout content de nous dire : «This my duty. If no buy, no problem!»

Ideal River Side Resort
Nous sommes vraiment étonnés de notre hôtel pour cette veille de Noël. C’est un ressort situé sur une rivière en campagne et ne dehors de la ville de Tanjore. Guylaine décide donc de ne pas venir à la visite du temple de Shiva et de profiter au maximum de la grande piscine de l’hôtel. Nos chambres sont spacieuse et le personnel vraiment accueillant. Beaucoup de Français et d’Allemands passeront le réveillon de Noël avec nous. Lorsque nous sommes revenus de nos visites, nous avons été estomaqués de voir toutes les lumières et décorations de Noël que les gens du ressort avaient installées pour célébrer cette fête. Une féérie! Je laisserai donc à Raymonde le soin de vous faire la description de notre fin de journée qui fut vraiment très agréable.
Joyeux Noël à tous!

JOUR 42 – RÉVEILLON DE NOËL – Billet de Raymonde

Tanjore

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24 décembre 2010 à Tangore
Autant le Nord a demandé de l’adaptation à tous les jours, autant qu’au Sud, la vie coule doucement et chaudement. Dans le Nord, nous vivions des expériences à tous les jours; ici, nous vivons des surprises souvent très agréables, à tous les jours. Les indiens s’ajustent à ce qui est là, sans se questionner. On chante Alléluia, ils chantent Alléluia. Ils ont aussi le sens de la copie. Nous disons un mot en français; ils le répètent sans accent. Que veut dire « Pas pire »? Cette réplique de Marcel nous a bien fait rire en la traduisant par « nice ». Il faut donc être très précis.
Magasin de coton
Guylaine et moi voulions acheter quelques robes en coton. Nous demandons à Vidgi de nous amener dans un magasin de coton. Nous voilà dans un magasin de coton. Oui, ils ont des tuniques de couleur; non, en blanc. Oui, les étagères sont pleines de coton de toute sorte, même des saris en soie pure. Non, nous désirons des tuniques blanches en coton. Ils essaient par tous les moyens de nous vendre quelque chose. Small business qu’ils disent. C’est vrai, mais nous ne voulons rien d’autre que du coton. Nous sortons bien déçue de ne pouvoir encourager cette boutique qui était prête à nous livrer notre tunique à 20h00. Mais connaissant un peu plus le système indien, nous savons que 20h00 peut vouloir dire demain matin et à quelle heure?
Fêtons Noël
Ce matin à Madurai, le guide de l’agence à Chennai nous appelle. Je prends l’appel sur le cellulaire de Vidgi. Il veut savoir si nous voulons prendre le souper de Noël au resort, car aux alentours, beaucoup de commerces et de restos seront fermés pour Noël. Bien sur, pas de problème. Il me parle de roupies mais je ne comprends pas trop. Pas de problème. Nous avons des roupies.
À l’enregistrement à l’hôtel, nous avons la surprise d’un surplus de 7 850 roupies supplémentaires pour notre groupe. Nous sommes habitués à manger pour 500 roupies pour deux (13$), et souvent moins. Alors 7 850 roupies nous fait sursauter. Nous pensons alors à notre bonne compagne de voyage, Claire qui nous aidait à relativer souvent. En dollars canadien, ce n’est même pas 200$ pour les quatre. Au Québec, le festin que nous offre le personnel de l’hôtel est l’équivalent d’un repas au Château Frontenac qui pour l’occasion nous aurait coûté au moins ce prix par personne. Alors, vraiment pas de problème.
Ideal Resort à Tangore
Un autre petit paradis. À Kovalam, l’humidité demeure l’inconvénient principal. Il était impossible de faire sécher quoi que ce soit avant 10h00 le matin. Il fallait attendre à la fin de la journée afin de le reprendre sec humide. Ici, c’est un peu plus frais. Il est 06h00 et l’usage du plafonnier n’était pas nécessaire. Il m’a fallu fermer la porte de la salle de bain d’où les bruits entraient en profusion dans la chambre. Les indiens fêtent Noël! Ça ne fait que quelques minutes que les chants et la musique ont cessé. Comme il faut être dans la salle de bain pour les entendre, Pascal s’est rendormi. Nous avons tous les deux un rhume depuis quelques jours. L’air climatisé et les courants d’air étant omniprésents, notre système conteste un peu.
Visite du temple de Shiva à Tanjore
Ce temple mérite le détour car il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1959. Les autres temples bonbons sont recouverts de peintures végétales et minérales leur donnant cet aspect bonbon. Celui-ci se présente à l’état naturel du granit, sans peinture aucune, dont les blocs ont été sortis par des éléphants et des hommes de 1004 à 1010. Les indiens viennent rendre hommage ou demander à Shiva, ce temple lui étant dédié.
Avant 1004, les champs appartenaient aux Bouddhistes. Il n’y avait qu’une statue d’un énorme Bouddha. Le bouddhiste ne vénère aucune déité sauf Bouddha qui se retrouve être la 9e incarnation de Vishnou dans la croyance hindouiste. Alors le Raja Râja de la dynastie Chola demande la permissions aux moines bouddhiste et achète ce lopin de terre pour y construire cet immense complexe « autelier » à Shiva.
Nous visitons aussi l’ancienne bibliothèque des dynasties passées où le commun des mortels n’avait aucun accès. Il y a une écriture sur feuille végétale visible qu’à la loupe. Minuscule, elle fut d’abord gravée sur la feuille. Ensuite, on vidait du charbon afin de remplir les vides ainsi créés. Ils terminaient par un miel ou une cire d’abeille, ça sera à vérifier. C’est la raison pour laquelle ils ont pu conserver ces écrits millénaires. D’ailleurs, nous sommes ici, à fêter le millénium 2010 avec les indiens sur leur territoire ancestrale.
Souper indien gastronomique et Père Noël
Nous revenons un peu beaucoup fatigués de nos visites. L’eau nous revigore et seul Pascal reste habillé à l’occidental. Je porte l’ensemble trois pièces vert et rose, Guylaine en blanc avec son foulard en soie favori et Marcel moitié-moitié, pantalon occidental et chemise indienne avec un foulard en soie également. Nous sommes bien fiers de poser devant l’arbre de Noël en prenant en drink (moi exclu).
Nous passons à la table où un podium termine cette salle à air ouverte. Des musiciens(ne) jouent des airs enjoués et classiques indiens. Nous avons différents thèmes durant la soirée qui se relaient à toutes les heures. De 19h30 à 20h30, nous dégustons un verre de vin rouge Madera offert par le patron. Cette musique n’a rien à voir avec celle entendue dans le Nord. Ce sont des professionnels qui ont étudié la musique classique. Ceux que nous avons entendu dans le Nord semblaient plus avoir appris sur le tas, laissant traîner des notes ici et là, et changer d’octave sans avertir nos oreilles.
À 20h30, nous pouvons nous servir. Le buffet de rêve pour un Noël en Inde. Je le répète, je me croyais au Château Frontenac ou Bonne Entente. Les musiciens laissent la place à des danseuses dont la plus jeune n’a que 4 ans. Elle fait fureur cette jeune artiste. Nous dégustons, nous échangeons, nous rions et nous commandons une bouteille de vin rouge Madera vu que nous l’aimons bien. Les chin chin se succèdent ainsi que les rires. Guylaine et moi remarquons comment plusieurs personnes autour de nous sont présentes de corps seulement. Le cellulaire à la main, ils sont très occupés ailleurs. D’autres, mangent sans même regarder et admirer le décor féérique autour de nous. Les lumières scintillent de partout. Pouvez-vous imaginer que Guylaine et moi apprécions cet entourage sans que nous aillons eu à y participer. Ça nous est offert à Noël.
Je vous avoue sincèrement que lorsque j’ai préparé tous ces Noël entourée de ceux et celles que j’aime, c’était avec amour et plaisir. J’anticipais leur arrivée et leur réaction à toute cette bouffe qui embaumait la maison du grenier au sous-sol. Quel bon temps aussi! Ça me donne le goût de le préparer ce réveillon 2011. Je vais vérifier avec Pascal. On pourrait être une bonne gang car lorsque je reçois pour 10, j’en fais pour 20; aussi bien inviter les 20 personnes. Bonne idée!
21h30 : danse folkloriques et turlute indien. Notre Bolduc serait surprise de constater qu’en Inde on peut turluter aussi avec dextérité et un rythme surprenant.
22h30 : feux d’artifices! Oui, mesdames, un beau spectacle à travers les arbres. Je reste assise la tête penchée juste pour regarder à travers les feuilles. Je veux regarder différemment et la présence de cet immense arbre m’en donne l’opportunité.
Et la soirée se termine par un « Happy Hours » qui pour nous se terminera vers 22h30 alors que pour les indiens, il se terminera vers 05h00. Ils ont le sens de la fête ces indiens!