Pascal Bouchard, ing.

NOTE
Cette biographie de Joseph Bouchard et Ozélina Déry est très extensive
dans sa première partie du fait que l’auteur a voulu mettre en contexte la
famille dans laquelle Joseph est né en 1875.
Plusieurs extraits de cette biographie concernent plus particulièrement
les parents de Joseph soit Elzéar Bouchard et Louise Danielson, et feront
partie, ultimement, de leur propre biographie.
Il était donc nécessaire de procéder de cette façon pour la bonne
compréhension de la chronologie des événements.
CRÉDIT DES PHOTOS
À moins
d’être notées autrement, les photos de cette biographie proviennent de Mary Bouchard,
fille d’Elzéar. Cette collection est en possession d’André Bédard, petit-fils
de Joseph et Ozélina.
Page couverture :
Photo du mariage de Joseph Bouchard et Ozélina Déry, le 9 novembre 1896.
Collection André Bédard.
L’auteur
Il y a très longtemps que
les familles ne forment plus des clans dont la survie de chacun dépend de tous
ses proches. De nouvelles réalités ont profondément transformé notre tissu
social : mobilité accrue des personnes, nature changeante du marché du
travail, nouveaux programmes et infrastructures
sociales etc. Les familles plus petites et plus éparpillées qui en résultent
voient diminuer les contacts avec la parenté ainsi que les traditions orales
séculaires. Les grandes réunions de familles se font rares; les grandes
familles se font rares. Seuls les moins jeunes évoquent désormais les grands
Noëls d’antan. Les rencontres dominicales animées sur le parvis de l’église ont
disparu. Il n’est pas étonnant que le sens de la famille s’effrite, et que
beaucoup d’immigrants se surprennent de rencontrer ici des gens incapables de
nommer leurs cousins, leurs grands-oncles, voire leurs ancêtres directs. Les
nouvelles réalités ont toutefois cela de positif que les technologies modernes
facilitent à nouveau les contacts. C’est ainsi que Pascal et moi avons fait
connaissance. Pascal a amassé beaucoup de précieuses informations alors qu’il
en était encore temps. Tempus fugit.
Mon
statut de premier-né m’a donné des liens privilégiés avec mes grands-parents,
ce qui m’a nourri de nombreuses connaissances et d’anecdotes dont n’ont pas
hérité les plus jeunes qui m’ont suivi. Ma contribution, somme toute modeste,
aux recherches de Pascal a été très enthousiasmante et ce fut un privilège qui
m’a permis de nouer ou renouer contact avec des membres de ma parenté et de
découvrir beaucoup de choses fascinantes au cours de ces conversations. Puisse
cet ouvrage permettre aux nouvelles générations d’en tirer profit. En premier
lieu, connaître l’histoire de nos ancêtres permet de se connaître soi-même,
découvrir pourquoi notre famille habite en cet endroit, et d’acquérir une
certaine sagesse en tirant des leçons du passé. Deuxièmement, découvrir le vécu
des gens qui nous ont précédés permet d’apprécier à leur juste valeur toutes
ces commodités dont nous jouissons aujourd’hui. Il est difficile d’imaginer le
contexte dans lequel vivaient Joseph et Ozélina, à une époque où plus d’un
enfant sur six mourait en bas âge. On parle aussi d’une époque où les hommes,
et surtout les femmes, avaient des sommes colossales de travail à abattre avec
l’absence de ressources et d’aide sociale digne de ce nom, etc. Cet ouvrage
nous en donne un bon aperçu. Ces dures circonstances permettent de comprendre certains faits qui peuvent
sembler surprenants a priori lorsque perçus à travers le prisme de notre
société contemporaine.
Je
souhaite une bonne lecture à toute la parenté et amis, en particulier à « mononc » Léonce[1], la dernière personne à
avoir connu Jos Bouchard et l’un des derniers témoins de cette époque et de
l’omniprésence du chemin de fer dans la vie des Bouchard. Enfin, mes sincères
félicitations et remerciements à Pascal pour ce précieux legs à la postérité.
François
Pichette, petit-fils d’Ernest.
Mon intérêt pour la
généalogie a débuté par le remarquable travail de recherche que ma mère,
Mariette Laliberté, avait effectué sur la famille Bouchard. Pendant des mois,
elle avait minutieusement détaillé les biographies des descendants de mon
grand-père Émile Bouchard et de ma grand-mère Délia Boivin dans un Album de Famille auquel
j’avais humblement contribué en faisant des copies pour distribution dans la
famille. Son œuvre lui a survécu et m’a insufflé le désir de la poursuivre.
En
racontant les souvenirs de grand-mère Délia, elle faisait parfois allusion à
Elzéar Bouchard et Louise Danielson et à leurs enfants. En lisant ces lignes,
j’ai appris que j'avais de la parenté à Québec, à
Suite à
notre retraite, mon épouse et moi quittons notre Lac-St-Jean natal en 2003 pour
nous établir dans la belle ville de Québec. J’étais loin de m’imaginer que ce
déracinement allait constituer le début d’une grande aventure et
l’accomplissement d’un rêve soit la reconstitution de l’histoire de la famille
de mon arrière-grand-père Elzéar Bouchard.
Le 4
janvier 2004, je reçois un courriel de Robert Brousseau (fils de Cécile
Bouchard). Il vient de consulter la section Généalogie de mon site Internet
mitan.ca et y a découvert que son grand-père maternel, Joseph Bouchard, était
le frère de mon grand-père Émile. L’intérêt de Robert ouvrit une cascade
d’événements et de contacts qui m’ont permis, en trois ans, de renouer contact
avec tous les descendants d’Elzéar Bouchard et Louise Danielson. Une des plus
remarquables rencontres fut sans doute celle de son cousin Jacques Bédard (fils
de Rose-Blanche Bouchard) dont le frère André possédait une boite de photos
anciennes ayant appartenues à Mary, sœur de Joseph. Ce trésor incomparable nous
permettait enfin de mettre des visages sur les noms de nos ancêtres.
C’est
pour remercier Robert et Jacques que je leur dédicace cette biographie de leur
grand-père Joseph Bouchard, la première d’une série qui va reconstituer
l’histoire de la famille d’Elzéar Bouchard et Louise Danielson. Et qui de mieux
que François Pichette, arrière-petit-fils de Joseph, pour en faire la préface
puisqu’il représente notre relève à tous.
Pascal
Bouchard, ing., petit-fils d’Émile.
Fin 1875, Alexander Graham
Bell fignole son tout premier téléphone mais cette invention révolutionnaire
n’atteindra pas le village de Baie-St-Paul[2], dans Charlevoix au
Québec, avant plusieurs années encore. Ce n’est donc pas de cette façon que le
8 décembre de la même année Elzéar
Bouchard et son épouse Louise Danielson annoncent aux parents et amis la
naissance d’un nouvel enfant, un garçon.
Le
baptême[3] a lieu le lendemain en
l’église St-Pierre et St-Paul située sur le bord de la rivière du Gouffre.
C’est le vicaire de la paroisse, Napoléon Leclerc, qui officie à la cérémonie
en présence du père Elzéar, du parrain Joseph Danielson, frère de la mère, et
de la marraine Marie Bouchard, sœur du père. L’enfant est baptisé Joseph Alfred
mais sera connu sous le seul prénom de Joseph et de Jos pour les intimes.
Elzéar Bouchard [4] a 24 ans lorsqu’il épouse
Louise Danielson, 19 ans, en l’église de Baie-St-Paul le 10 janvier 1871. Il
est le fils de Jacob Bouchard, cultivateur, et d’Olympe Bouchard dont le
mariage avait été annulé puis réhabilité quatre mois plus tard pour
consanguinité du 4ième degré. Elzéar est l’aîné d’une famille de 11 enfants. Peu
après son mariage à Cédulie Boily, son frère Thomas émigrera à St-Boniface au
Manitoba où ils ont passé toute leur vie. Sa sœur Joséphine a vécu aux
États-unis avec son mari William Lavoie où elle est décédée à Manchester,
N.-H., en 1923.
Louise
Danielson[5] est la fille de Pierre
Danielson dit Daniel. Dans cette famille, on est cordonnier de père en fils. Son ancêtre,
Daniel Williamson a quitté l’Écosse vers 1760 pour s’établir à Québec où il
s’est fait connaître sous le nom de William Danielson. Dans la famille de
Louise, on utilise indifféremment le patronyme Daniel ou Danielson et sur
l’acte de baptême de Joseph, la mère est identifiée comme Louise Daniel.
Celle-ci ne reniera jamais ses origines écossaises qu’elle se fera un honneur
de spécifier lors des recensements. Louise est l’aînée d’une famille de 12
enfants dont huit fonderont des familles.
Deux filles ont précédé
Joseph dans cette famille. Le premier enfant du couple est Émilie[6] née le 4 novembre 1871 à
Baie-St-Paul. Elle ne vivra que 15 mois et décédera le 3 février 1873. Bizarrement,
le nom à son décès est Amélia.
Six
mois après la perte de sa fille, Louise Danielson accouche d’une autre fille le
17 août 1873 qui sera baptisée le lendemain à Baie-St-Paul sous le prénom de
Marie-Louise[7]. Curieusement, le père
est absent lors du baptême de sa fille qui sera surtout connue sous le prénom
Mary, prononcé Méré, du fait qu’elle a vécu une grande partie de sa vie active
à Boston, États-unis.
Mary
avait deux ans lorsque son petit frère Joseph est né en 1875. Il faudra
attendre deux ans et demi avant que naisse un autre frère, Émile[8], le 21 mai 1878 et deux
autres années avant que Mary n’ait enfin une sœur, Laura[9], qui voit le jour le 9
septembre 1880, toujours à Baie-St-Paul. Celle-ci se fera connaître à la fois
sous les prénoms de Laura et de Clara.
La vie
à Baie-St-Paul à cette époque n’est pas facile. Les bons sols arables dans la
vallée de la rivière du Gouffre ont depuis longtemps été mis en culture. Les
familles sont nombreuses et, après quelques générations, il est devenu
impossible de subdiviser à nouveau ces terres pour établir les enfants. Les
emplacements agricoles disponibles sont donc limités. On y pratique une
agriculture de subsistance répondant aux besoins des familles d'agriculteurs.
Le blé est semé en grande quantité de même que l'avoine, la pomme de terre et
les pois. Les familles cultivent aussi le lin pour la confection des vêtements.
La
pêche à la morue et au saumon demeure une activité saisonnière destinée à la
consommation locale et familiale. La construction de goélettes et le cabotage
sur le fleuve St-Laurent sont des activités marginales à Baie-St-Paul même si
on y retrouve quelques familles de marins et des capitaines renommés.
Le pin
rouge de Baie-Saint-Paul qui pendant longtemps a fait le bonheur des entrepreneurs forestiers de
Charlevoix est maintenant disparu. Il faut davantage se tourner vers
l'arrière-pays pour trouver du bois car la forêt située sur la côte est
décimée. L’immense potentiel forestier de la région du Saguenay attire
maintenant de plus en plus de travailleurs de Baie-St-Paul qui partent, chaque
automne, y passer les mois d’hiver à bûcher l’épinette, le sapin et le pin
gris. C’est le lot de la majorité des travailleurs forestiers. À cette époque,
rares étaient ceux qui pouvaient se permettre de revenir visiter leur famille
pour les Fêtes. Les longs mois d’hiver étaient donc passés à besogner durement
dans des conditions extrêmes du genre à forger les surhommes.
Trente
ans plus tôt, lors du recensement de 1852[10], Jacob, le grand-père de
Joseph, se disait «cultivateur». Il possédait
une soixantaine d’arpents de terre dont 30 étaient en culture. Il produisait de
l’orge, du seigle, de l’avoine et des pommes de terre. En 1851, il avait
récolté 300 bottes de foin. Son cheptel comptait un bœuf, deux vaches
laitières, un cheval et une couple de moutons. C’était une exploitation
marginale car plusieurs de ses voisins avaient plus de 100 arpents en culture.
Jacob devait donc exercer plusieurs métiers pour faire vivre sa famille.
Il
n’est donc pas étonnant de constater que, sur ce même recensement de 1852, nous
retrouvons tous les frères et sœurs de Jacob exilés au Saguenay où ils se sont
établis comme colons quelques années auparavant avec leurs familles afin d’y
trouver des conditions de vie meilleures qu’à Baie-St-Paul.
En
avril 1881[11], un nouveau recensement
canadien nous fait découvrir les familles de Jacob Bouchard et de ses fils
Elzéar et Joseph établies côte à côte dans le village de Baie-St-Paul. Ils ont
comme voisins les Danielson et les Lavoie tous apparentés aux Bouchard. Sur ce recensement, Mary a huit ans, Joseph cinq
ans, Émile trois ans et Clara est née de l’année.
Tous
les paternels se disent «journaliers». Comme la majorité de ses concitoyens,
Elzéar est un touche-à-tout par nécessité. Il a appris les rudiments de
l’agriculture avec son père ce qui lui permet probablement de louer ses
services aux cultivateurs du village pour subvenir aux besoins élémentaires de
sa famille. Ceux qui ont connu Elzéar l’ont décrit comme étant une force de la
nature : la pratique prolongée du métier de bûcheron aura très certainement
contribué à son développement physique. Mais la vie à Baie-St-Paul n’est pas
facile et, pour les gens sans métier, le travail est rare. Au début de l’année
1882, Elzéar prend une décision qui va changer la destinée des générations subséquentes.
Au
cours de l’année 1882, Elzéar et sa petite famille quittent définitivement
Baie-St-Paul en quête d’un travail plus stable et plus rémunérateur. Ils
s’établissent à Ste-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, un village situé entre
Québec et St-Raymond dans le comté de Portneuf.
À
l’automne, le 20 octobre, Louise Danielson met au monde à Ste-Catherine un
autre enfant qui sera baptisé le lendemain sous le prénom d’Ovide[12]. Son parrain est Joseph Beaumont et sa
marraine Marie Cantin, des jeunes personnes qui uniront leur destinée le 9
avril 1888 à Ste-Catherine.
La
famille n’est pas seule dans son exil. Deux frères d’Elzéar ont aussi plié
bagages pour les rejoindre soit Thomas, célibataire, et Charles, marié à Virginie
Lavoie. Louise non plus ne s’ennuiera pas trop des siens car trois de ses sœurs
et leurs époux se sont joints à eux : Évelyne mariée à Joseph Filion,
Eugénie mariée à Joseph Bruneau et Joséphine, encore célibataire, mais qui s’y
mariera en 1885 à Charles Berthiaume.
Il n’y
a aucun hasard dans le choix de Ste-Catherine-de-la-Jacques-Cartier comme lieu
de résidence : un chantier de construction très important est à la veille
de se mettre en branle dans la région de Portneuf et Elzéar, ses frères et
beaux-frères, veulent être aux avant-postes lorsque les travailleurs y seront
appelés.
Ce
chantier, c’est la construction du chemin de fer Québec-Lac-St-Jean qui a connu
son aboutissement vers la fin des années 1880. Il est donc primordial d’en
relater ici les péripéties.
Dans le livre « Le Club
Triton[13] » publié en 1989, les
auteurs relatent en profondeur toutes les péripéties de la mise en chantier et
de la construction de cette ligne de chemin de fer, «une histoire aussi
tortueuse que le tracé même de cette voie ferrée» !
Vers 1850, le Saguenay-Lac-St-Jean regroupait 3 000 habitants, la
plupart résidant sur les bords de la rivière Saguenay et du lac St-Jean. La
construction de cette voie d'accès avait pour but de désenclaver la région et
de briser l'isolement des colonisateurs venus de Charlevoix et de Québec. La
voie maritime du Saguenay était le seul lien avec le monde extérieur. Mais en
hiver, c'était l'isolement total ! Le chemin de fer permettrait donc de relier
la ville de Québec avec l'arrière-pays dont elle deviendrait une source de
débouchés et un moteur économique très
important.
En 1854, le gouvernement du Québec permettait l'incorporation de
la compagnie de chemin de fer Quebec & Lake St-John Railway (QLSJR). Mais
trouver du financement pour ce projet s'avéra extrêmement difficile et ce n'est
qu'à coups de petites subventions gouvernementales que le chemin de fer relia
la ville de Québec à St-Raymond-de-Portneuf en 1880.

Après un hiatus de trois ans, la construction reprit en 1883 sous
la conduite experte et vigoureuse d’Horace Jansen Beemer, qui donnera son nom
au fameux hôtel Beemer de Roberval. En 1885, Rivière-à-Pierre
était dépassée et le rail prenait fermement la direction du Lac-St-Jean. En 1886, on atteignait le Lac Édouard. La
compagnie de chemin de fer QLSJR décida alors qu'il était temps de fêter
l'évènement.
Citons un autre passage du livre « Le Club Triton »[14] relatant ces festivités :
« Si les conditions étaient affreuses pour les
ouvriers, celles des entrepreneurs, ingénieurs et arpenteurs n'étaient en rien
comparables. Ces derniers profitaient de bonnes maisons spacieuses. Citons
comme exemple le « log-house » Windsor,
à la station Beaudet, un magnifique site le long de la belle rivière Batiscan,
à 86 milles de Québec. Le Windsor tenait lieu de quartier général de la
compagnie. À l'automne de 1886, un bal y fut donné. Gentlemen et dames de la
ville de Québec, 200 convives en tout y vinrent dans un convoi spécial. En
plein cœur des Laurentides, dans ce paysage sauvage, les convives dégustèrent
des mets exquis et écoutèrent confortablement de pompeux discours. Des
travailleurs de tous rangs vinrent réveillonner à leur tour, une fois que
l'aristocratie s'eût régalée à son goût.
Pendant que tous regagnaient la ville, un
autre train, en sens inverse cette fois, amenait des travailleurs à leur
chantier qui allaient retrouver leurs pénibles conditions quotidiennes. »
L'année suivante, en 1887, on arrivait à Lac-Bouchette, et,
finalement, en 1888, le chemin de fer atteignit Chambord, sur la rive du Lac
St-Jean. L'isolement de la région prenait fin.

Revenons en 1883. Le chantier de construction du chemin de fer se
remet en marche provoquant un afflux de travailleurs dans la région de
Portneuf. En établissant sa famille à Ste-Catherine-de-la-Jacques-Cartier
l’année précédente, Elzéar Bouchard s’assure ainsi d’avoir du travail[15] pour quelques années sur ce chantier.
En 1885, des événements importants se produisent dans la vie de
Joseph : il fait sa communion solennelle et reçoit le sacrement de la
confirmation[16] en l’église de Ste-Catherine.
Le 22 juin de la même année, un autre frère s’ajoute à la famille. Il
reçoit le baptême le lendemain sous le prénom d’Elzéar[17]. Sur le baptistère, le curé René Casgrain note que le père est «journalier». Joseph Lemelin est son
parrain et sa sœur, Marie-Louise Bouchard, sa marraine.
La même année, Charles Bouchard, l’oncle de Joseph, décide pour sa
part que l’aventure en terre portneuvoise est terminée. Il retourne dans Charlevoix
avec sa femme Virginie et son fils Charles-Elzéar et s’établissent définitivement
à Baie-St-Paul, leur village d’origine. Ils y auront quatre autres enfants :
Herménégilde, Edmond, Oscar, Armand et Augustine.
Les travaux d’installation des rails progressent rapidement et
arrivent éventuellement à Beaudet[18] vers 1885 où l’on s’affaire à la construction d’un pont[19] pour traverser la rivière Batiscan. Le site[20] est assez exceptionnel. Enchâssé dans les montagnes de la forêt
laurentienne, il jouxte
Une photo[21] intitulée «Le dépôt de
Beaudet» a été prise par le photographe Livernois, fondateur du Club Stadacona[22], vers à la fin des années 1890, mais le paysage représenté est
cependant celui de Falrie : une voie secondaire désaffectée, les vestiges
d’un château d’eau et de nombreux autres artéfacts d’habitations laissent
supposer qu’un dépôt de matériel devait s’y trouver à l’époque du chantier de
construction.
« Elzéar a travaillé à la construction du chemin de fer. Il a ensuite
construit la maison pour héberger les travailleurs de la construction. Une
maison de pension. C’est Elzéar qui l’a bâtie lui-même en pièces sur pièces.» Ces paroles de Joseph-Albert Bouchard,
laissent entendre clairement que son grand-père Elzéar a participé lui-même à
la construction du «log house»
Windsor qui s’élevait, telle que décrit[23] par Arthur Buis, sur un monticule, près du
pont de Beaudet.

Une autre version[24] provenant de la famille Harvey propriétaire actuel de la maison
propose que la maison ait été construite par les travailleurs de
Est-ce que Elzéar et son épouse ont opéré la maison pour le compte
de la compagnie en logeant les ingénieurs de la compagnie et en leur préparant
les repas pour ensuite en prendre possession à la fin des travaux ? C’est fort possible.
Ce qui est certain, c’est que le 20 mars 1888, Elzéar Bouchard prend possession
du lot 58[25] dans le rang X du Canton de Lasalle, compté de Portneuf, sur
lequel est construit le «log house
Windsor». Il le fait en vertu d’une «vente
par billet de location[26]» portant le numéro 26176 et délivré par l’agent des terres, le
Séraphin Poudrier de l’époque !
La superficie totale est de

Bien
située sur un monticule près du pont de Beaudet, la maison ancestrale blanche
et jaune que l’on voit encore aujourd’hui a déjà appartenu à Elzéar Bouchard.
Du moins, la partie gauche car elle a été agrandie du double par la famille
Harvey. Cette belle maison en pièces sur pièces admirablement bien conservée
par ses propriétaires actuels intrigue et attire encore les regards sans laisser
personne indifférent.
Mais, comme nous le verrons plus loin, ce n’est pas le «log house» Windsor original car tout
laisse croire qu’elle a été détruite lors du gigantesque feu de forêt de 1903.
Elzéar aurait reconstruit au même endroit mais en beaucoup plus petit. C’est
cette maison que l’on voit aujourd’hui.
Elle est, encore aujourd’hui, une source d’admiration pour les
passagers du train et les visiteurs occasionnels de Beaudet qui, ne connaissant
pas son histoire, ne manquent pas de s’étonner de voir un si beau bâtiment en
pleine forêt Laurentienne.
Au cours de l’année 1887, Joseph, âgé de 12 ans, doit se résigner
à quitter ses amis de Ste-Catherine-de-la-Jacques-Cartier et prendre le train à
la gare locale avec sa famille en direction de «Station Beaudet» comme on
désigne l’endroit à l’époque. Sa mère
Louise est enceinte mais elle peut compter sur ses enfants pour l’aider dans le
déménagement à Beaudet.
Le 25 janvier 1888, Louise donne naissance à un garçon avec l’aide
de la sage-femme Lucie Duchesne[28], épouse de François Girard. Deux mois plus tard, le 22 mars, le
curé Gosselin de Notre-Dame-des-Anges de Montauban se rend à la mission de
Beaudet et «baptise privément à la maison»
l’enfant sous le prénom d’Adélard. André
Gagné, cultivateur, est son parrain et Lucie Duchesne, la sage-femme, sa
marraine, tous de Beaudet.
La vie dans ce coin perdu du Québec s’organise à la manière des
colons : la terre doit être défrichée et mise en culture pour subvenir aux
besoins essentiels de la famille. Les arbres sont coupés de longueur, écorcés
et chargés sur des wagons pour être livrés à Québec où Elzéar a ses acheteurs. Le paternel et ses fils ont de quoi s’occuper.
Une grange-étable est construite derrière la maison pour abriter le cheval, quelques
vaches, une couple de porcs et autres animaux de basse-cour qui fourniront le
lait, les oeufs et la viande. Louise
Danielson, aidée de sa fille Mary, s’occupe du potager qui fournira les légumes
dont certains seront entreposés pour les mois d’hiver.
Dans leurs temps libres, Joseph et
Émile, 10 ans, peuvent s’adonner à la pêche dans la rivière Batiscan ou
au poissonneux lac L’Appel situé au bout de la terre d’Elzéar, sur les hauteurs
de Falrie. La chasse au lièvre et à la perdrix ainsi qu’à l’orignal est une
activité qu’ils doivent pratiquer afin de diversifier les menus. Elzéar ne
manquera pas non plus de leur enseigner tous les rudiments de la trappe des
animaux à fourrure dont la vente des peaux apporte à la famille l’argent
nécessaire à l’acquisition des denrées et fournitures disponibles seulement à
Rivière-à-Pierre ou à Québec.
Sur le plan religieux, Beaudet est une mission qui sera desservie
par le curé de Notre-Dame-des-Anges de Montauban jusqu’en 1890. C’est dans
cette église que le 2 juin 1889, Joseph, 13 ans, devient parrain de son cousin
Alfred Berthiaume né le 15 avril. Il est le fils de sa tante Joséphine
Danielson et de Charles Berthiaume demeurant tous à Beaudet. Sa sœur Mary est
marraine de l’enfant.
Par la suite, la mission de Beaudet relèvera de la paroisse de
St-Bernardin de Rivière-à-Pierre jusqu’en 1930 et finalement de la paroisse
Notre-Dame-des-Neiges du Lac-Édouard. À cette époque, les gens sont très
pratiquants et la venue du prêtre missionnaire est un événement marquant.
Pour la famille Bouchard, le fait d’avoir une grande maison
leur permet de contribuer à la vie religieuse en y installant un autel surmonté
d’un dais. Joseph-Albert Bouchard se souvient très bien de cette pièce dans la
maison ancestrale où les gens de Beaudet se réunissaient lorsque le missionnaire
venait y dire la messe. Sur la photo montrant cet autel, on peut voir, sur le
mur, le portrait encadré de Louise Danielson, épouse d’Elzéar Bouchard

Beaudet est très isolé et le nombre de familles résidentes ne
pourra jamais justifier qu’on y construise une école comme telle. L’éducation
des enfants est donc du ressort des parents, et, sporadiquement, de quelques
bénévoles de passage. Les quelques années passées à Baie-St-Paul et à
Ste-Catherine ont permis aux plus vieux de la famille, surtout Mary, d’acquérir
un minimum d’éducation. Joseph aura probablement appris les rudiments de
l’écriture car il apposera sa signature sur plusieurs documents futurs. Pour
Émile et ses plus jeunes frères, Ovide et Elzéar, l’école ne fera pas partie de
leur formation et les connaissances transmises par les parents formeront
l’essentiel de leur apprentissage.
La vie sociale à Beaudet se résume à côtoyer les voisins et à
échanger des nouvelles que le personnel des trains et les rares visiteurs leur
colportent. Comme on est peu fortuné, on se met à plusieurs familles pour payer
un abonnement à un journal, généralement l’Action Catholique, que le train
laisse à la gare avec le courrier. Les
occasions de fêter sont rares mais lorsque le cas se présente, les violons, les
musiques à bouche et les accordéons sortent des placards et la fête commence.
Le 5
février 1890, Mary, la sœur aînée de Joseph, unit sa destinée à celle de
Pierre-Gustave Cante, fils de feu Joseph Cante et Jeanne Charrette de Beaudet. Selon
le recensement canadien de 1901, le futur époux est né en France, le 20 mars
1870. On ne saura probablement jamais les raisons qui ont poussé cette famille française
à venir s’établir dans un endroit aussi isolé que Beaudet.
Les deux époux sont mineurs : Mary est âgée de 17 ans et
Pierre-Gustave a tout juste 20 ans. La cérémonie du mariage[29] a lieu en l’église de St-Raymond-de-Portneuf.
Quelques semaines plus tard, le 27 mars, Joseph est à nouveau
parrain, cette fois de son cousin Georges Bruneau, fils de sa tante Eugénie
Danielson mariée à Joseph Bruneau et demeurant aussi à Beaudet. La cérémonie du
baptême a lieu à Notre-Dame-des-Anges de Montauban, Portneuf.
Tous ces heureux événements seront attristés cependant par le
décès le 15 avril de la même année 1890 d’Adélard[30], le benjamin de la famille Elzéar. Il sera inhumé le
lendemain à St-Raymond-de-Portneuf.
Le 28 février 1891, Louise, la mère de Mary, accouche à Beaudet
d’un garçon qui sera baptisé le 18 mars du prénom d’Albert[31]. Et puis, le 22 juin, à Beaudet également, c’est au tour de Mary
de mettre au monde un enfant mâle qui sera baptisé un mois plus tard, le 21
juillet, par le prêtre missionnaire de Rivière-à-Pierre. La cérémonie a lieu à
Beaudet et le bébé est prénommé Edgar. Comme profession du père, absent au
baptême, le prêtre inscrit « voyageux
» sur le baptistère. On peut en déduire que Pierre-Gustave est représentant de
commerce et qu’il doit souvent s’absenter pour son travail.
Cet enfant vivra à peine 10 mois et décédera le 28 mai 1892 à
St-Grégoire-de-Montmorency, qui a encore le statut de mission à cette époque.
Il sera inhumé deux jours plus tard dans le cimetière de cette mission. Sur
l’acte d’inhumation, le prêtre mentionne que les parents résident à cet endroit et que le père est « journalier ». Eugénie Danielson, la
tante de Mary mariée à Joseph Bruneau, demeure aussi à St-Grégoire, ayant
quitté Ste-Catherine-de-la-Jacques-Cartier
pour s’y établir.
C’est certainement la présence
de sa sœur Mary et de sa tante Eugénie à
St-Grégoire en 1895 qui permet à Joseph de sortir de Beaudet et d’aller y faire
occasionnellement des promenades et par le fait même d’y faire de nouvelles
connaissances, comme celle de la jolie Ozélina
Déry par exemple !

Montmorency – Magasin général Ulric Vachon vers 1895
Archines Nationales du Québec
En 1892, la famille de Philéas Déry[32] et Célanire Gosselin[33] habite St-Grégoire-de-Montmorency dans une
maison située sur l’emplacement actuel du salon funéraire[34], boulevard
Ste-Anne. Les parents de Philéas sont
François-d’Assise Déry et Olive Lacroix de St-Ferréol-les-Neiges. Célanire est
la fille d’Isaïe Gosselin et Artémises Dionne demeurant à Beauport.
La famille[35] de Philéas et Célanire compte déjà neuf
enfants dont huit vivants. Marie-Célanire est l’aînée de la famille suivie d’Ozélina, Émerild, Marie-Louise, Delphine, Léontine,
Alice et Aza.
Ozélina est née le 4 septembre 1875 à Beauport
et baptisée le lendemain en l’église de La-Nativité-de-Notre-Dame sous le
prénom de Marie-Ausina mais sera connue sous celui de Ozélina. Son parrain est
Pierre Gagnon et sa marraine Malvina Déry, son épouse et sœur de son père.
Le 25 janvier 1892, Célanire accouche d’un
nouvel enfant qui sera baptisé le lendemain en l’église de St-Grégoire sous les
prénoms de Stanislas-Antonio. Sa sœur Ozélina,
17 ans, en sera la marraine et un nommé Joseph Gagnon, le parrain. Malheureusement,
cet enfant ne survivra que quelques
jours et décèdera le 5 février. Sur tous les actes de naissance de ses
enfants, le prêtre indique «journalier»
comme profession de Philéas.


Le village ouvrier de St-Grégoire est situé à proximité de la chute
Montmorency où une usine de sciage sera en opération jusqu’en 1890. Mais depuis
1886, c’est la filature de
Au début des années 1880, la compagnie Quebec & Levis Electric Light construit un barrage au haut de
la chute et installe une centrale hydroélectrique qui permet, à l'automne 1885,
d'éclairer la terrasse Dufferin à Québec; c'était la première fois au monde que
l'électricité était transportée sur une aussi longue distance (
En 1889, on inaugure le chemin de fer de
Les années 1893 à 1900 verront les naissances des derniers frères et
sœurs d’Ozélina : Blanche voit le jour le 24 avril 1893, Antonio naît le 21 février
1896 et Alfred le 15 juillet 1897. Finalement, un dernier enfant
mort-né, une fille, est inscrit au registre de St-Grégoire le 12 février 1900.
L’année 1896 sera festive pour la famille
Déry : outre la naissance d’Antonio, l’aînée de la famille Déry,
Marie-Célanire, née le 8 mai 1874, entre au noviciat de
Ozélina est née le 04 septembre 1875 à Beauport et
baptisée le lendemain en l’église de La-Nativité-de-Notre-Dame. Sa tante Malvina Déry est sa marraine et
Pierre Gagnon, son époux, son parrain. Ayant vécu à Beauport depuis sa naissance,
elle a pu fréquenter l’école. Elle sait lire et écrire. Parvenue en âge de
travailler, Ozélina déniche un emploi à la factory
(filature Montmorency Cotton Mills) où elle gagne 15 cents de l’heure[36]. Elle aide aussi sa
mère dans les travaux ménagers car, avec dix enfants à nourrir et à s’occuper,
le travail ne manque pas. Elle accumule beaucoup d’expérience ce qui lui sera
très utile dans sa future vie maritale.

Selon son fils Léonce[37], Ozélina aurait pu
participer au concours de la plus belle femme de Montmorency et l’aurait remporté facilement.
Les quelques photos que nous avons d’elle à cette époque font honneur à sa
grande beauté. Cependant, elle était taciturne et ne sortait pas beaucoup. Dans
son entourage, on l’appelait «la sœur» tellement elle était sage. Pour Joseph
Bouchard, c’était la femme qu’il désirait et il a su conquérir son cœur.
Le 9 novembre 1896, en l’église de
St-Grégoire-de-Montmorency, en présence de Philéas Déry et Elzéar Bouchard, les
pères des époux, et de nombreux parents, le curé Ruel unit la destinée d’Ozélina
Déry et Joseph Bouchard. La mariée vient d’avoir 21 ans en septembre et son
époux les aura dans un mois. Le jeune couple appose leur signature au bas de
l’acte de mariage[38] de même que
Marie-Louise, la sœur d’Ozélina.
Le futur père de famille est déjà bien engagé dans
la vie et sa position de contremaître à Stadacona, sur le chemin de fer du
Lac-St-Jean, démontre le sérieux et la maturité du jeune homme. Ce sont probablement
ces traits de caractère qui ont séduit Ozélina en lui faisant espérer un bel
avenir en sa compagnie.
L’installation des premières lignes de chemin de
fer à la fin du 18ième siècle a vu l’apparition d’une
nouvelle catégorie de travailleurs : les cheminots. Au Québec, les travailleurs affectés à l’entretien de «sections» de voies ferrées sont désignés
sous le vocable de «sectionnaires».
Les sociétés de chemin de fer étant gérées et opérées par des anglophones, beaucoup
de termes anglais sont venus truffer le vocabulaire des travailleurs francophones.
Groupés en équipe de trois et supervisés par un
contremaître ou «foreman», les
sectionnaires ont la responsabilité d’entretenir une «section» de voie ferrée d’une longueur de sept à huit milles soit environ
onze kilomètres. Pour se déplacer sur les rails, on utilise le hand car (draisine à bras ou pompeux) dont la propulsion requiert beaucoup
d’huile de bras et de bons muscles dorsaux. Pour transporter le matériel, on
attache un «lorry» derrière la
draisine. Des années plus tard, la mécanisation aidant, les pompeux sont graduellement remplacés par les «motor cars» mus par un moteur à essence.
Les sectionnaires logent dans une maison
appartenant à la compagnie et située au centre de leur section. C’est le
contremaître et son épouse qui entretiennent la maison dont une partie est
réservée aux travailleurs.
La journée de travail débute tôt le matin et
s’étire pendant une dizaine d’heures et ce, six jours par semaine.
L’inspection des rails et des ponceaux fait partie
de la routine. Ils doivent, au besoin, remplacer les «ties» pourries ou brisées, ces traverses de bois goudronnées
auxquelles les rails sont fixés par d’énormes clous carrés communément appelés
«spikes». On fait aussi l’entretien des
équipements de signalisation et des aiguillages ou «switches». Une fois revenus
à la section, la draisine et les équipements de travail sont rangés dans un
hangar fermé à clef.
Les équipes de sectionnaires situées dans un
territoire donné, sont supervisées par un «roadmaster»,
un ancien contremaître de section lui-même. À bord de son «motor car», il parcourt régulièrement son secteur et visite chacune
des équipes afin d’en apprécier le travail. Si un déraillement se produit dans une section, le «roadmaster» réquisitionne tous les
sectionnaires des sections voisines afin de réparer les dommages et remettre la
ligne en service au plus vite. Advenant un projet spécial dans une section, le
«roadmaster» utilise alors des «gangs d’extras», des travailleurs
temporaires engagés spécifiquement pour ces travaux.

En 1892, Moses
Cullen, 25 ans, est contremaître de section à Stadacona pour la compagnie
de chemin de fer Quebec & Lake St-John Railway. De descendance irlandaise,
il est né à Ste-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. Il est père d’une fillette,
Véronica, âgée de deux ans. Cette même année, son épouse, Ellen McClintock, met
au monde un garçon, Arthur, qui ne vivra que deux mois.
À Stadacona, c’est sous la férule de Moses Cullen
que Joseph Bouchard apprend les
rudiments du métier de sectionnaire. Il loge dans la maison de la compagnie et
côtoie la famille Cullen. Lors du recensement de 1911, Joseph indique qu’il
parle anglais et c’est probablement au contact de ces gens qu’il a appris cette
langue.
En 1895, Moses Cullen est transféré à la section de
Beaudet où il travaillera jusqu’en 1906.
Joseph Bouchard lui succède alors comme contremaître à Stadacona qui est situé
entre les stations de Beaudet et Pearl Lake. Il n’est pas rare que les sectionnaires
de Stadacona, parvenus au bout de leur section, rencontrent les équipes de Beaudet et de Pearl Lake. Ils
en profitent alors pour se transmettre de vive voix les dernières nouvelles et
s’échanger des histoires. On peut aussi utiliser une boite, installée à la
limite des sections, pour se transmettre des messages écrits ou pour planifier
une rencontre avec l’autre équipe pour le lendemain.
Selon Léonce[39], fils de Joseph,
lorsque le maître et l’élève se rencontrent au bout de leur section respective,
Joseph en profite pour tirer la pipe au fougueux Irlandais en lui reprochant le
mauvais travail de ses sectionnaires! Mais cette rivalité n’est que superficielle
car les deux hommes se vouent une admiration mutuelle, Moses ayant toujours été
un grand ami de la famille Bouchard.
Suite au départ des Cullen, Ozélina prend la place d’Ellen
McClintock dans la maison de Stadacona, la seule résidence à cet endroit. Elle
est bâtie sur la rive du Lac Aux Rognons et divisée en deux avec un appartement
réservé à la famille du contremaître et l’autre pour ses trois employés, des
jeunes de 18-20 ans, qui rémunèrent Ozélina pour les services qu’elle leur rend
comme les repas, le lavage, etc. Les chambres sont situées à l’étage au dessus
du rez-de-chaussée.
Pendant l’été, Ozélina s’occupe du potager qui leur
fournit des légumes frais. Une couple de vaches produit le lait et quelques
poules, les œufs. Mais ce n’est pas suffisant pour nourrir tout son monde et, à
chaque semaine, elle doit faire sa «commande» d’épicerie. Elle remplit une
formule fournie par la compagnie de chemin de fer sur laquelle elle coche les
items dont elle a besoin. Elle remet ensuite cette requête au conducteur du
train qui transmet la liste à l’agent de la gare qui s’occupe de la faire
remplir, dans la même journée, au magasin désigné par la compagnie. Dès le
lendemain, Ozélina prend possession de ses provisions au retour du train.
Pour conserver les aliments périssables, Ozélina
utilise une grande glacière qui a été remplie de glace pendant l’hiver. Il faut
un dimanche complet à Joseph pour ce faire. Utilisant un godendart, il découpe
la glace du lac en morceaux qu’il tire ensuite vers la glacière avec l’aide de ses
gros chiens. Ils sont très utiles en hiver car, bien attelés à un traîneau, ils
permettent de se déplacer rapidement et facilement d’un endroit à l’autre sur
la neige durcie. En été, ces chiens vivent comme des pachas, n’ayant rien d’autre à faire
qu’à courir et dormir. On les nourrit de poissons puisés dans le lac ou les ruisseaux voisins
dont ils s’empiffrent jusqu’à en vomir !
À cette époque, la semaine de travail des
sectionnaires s’étend du lundi au samedi ce qui ne laisse que le dimanche de
congé. Joseph est un bourreau de travail et ne s’accorde aucune vacance quand
il s’agit d’assurer le bien-être de sa famille. En plus de son travail de
sectionnaire, il est aussi gardien au Club Iroquois[40] ce qui lui donne accès à un grand territoire
où le gibier est abondant. Ce second travail lui permet donc de joindre l’utile
à l’agréable en lui permettant de s’adonner à sa passion : le piégeage des
animaux à fourrure qui lui rapporte beaucoup plus que son salaire de contremaître
de section.
Partant très tôt le matin, avant le lever du
soleil, il chausse ses raquettes à neige et chemine toute la journée dans ses
«trails» pour relever ses pièges. Il transporte ses prises dans un sac à dos.
La capture d’un ou deux castors alourdit passablement son fardeau car, ne
pouvant les dépecer sur place, il doit les ramener en entier. Sa «run»
s’étendant sur 30 –
Il passe ensuite de longues heures à dépecer les
animaux et préparer les peaux qu’il met à sécher sur des cadres dans la
laiterie et un peu partout dans la maison rendant l’atmosphère fétide[41]. Les peaux sont
ensuite entreposées dans un tonneau. Deux ou trois fois par année, un acheteur
débarque du train pour venir négocier avec Joseph la vente de ses fourrures.
Les négociations sont ardues car les acheteurs ne veulent que les plus belles
peaux, levant le nez sur les moins désirables. Joseph doit alors «barguigner»
pour que l’acheteur finisse par prendre le lot au complet, se résignant parfois
à laisser aller quelques peaux pour rien.
Comme c’est la coutume au Québec à cette époque,
c’est au rythme d’un enfant par année que la famille d’Ozélina et Joseph
s’agrandit : Lucia naît en 1897, Alfred (Freddy) en 1898, Louise-Aimée en
1899, Marie-Aimée en 1901, Béatrice en 1902, Odilon en 1903 et Émerild en 1904.
Louise-Aimée ne vivra qu’un an.
Alors que les trois premiers enfants sont nés à
Stadacona où leurs parents demeurent et baptisés à Rivière-à-Pierre ou
St-Grégoire-de-Montmorency où la famille de leur mère réside, les trois
suivants sont les seuls à être nés ailleurs. En effet, au baptême de
Marie-Aimée, le curé Ruel de St-Grégoire note que les parents sont de
Ste-Catherine et aux baptêmes d’Odilon et Émerild à Rivière-à-Pierre, le curé
Odilon Blanchet note que les parents sont de Beaudet.
On ne peut croire à une erreur de sa part car ce
prêtre est très au fait de l’existence des différentes missions qu’il dessert
le long de la voie ferrée du Lac-St-Jean. Ceci nous amène donc à penser que la
famille de Joseph et Ozélina a résidé brièvement à Ste-Catherine en 1901 et à Beaudet
en 1902 et 1903 avant de revenir s’établir définitivement à Stadacona en 1904.

En 1903, un événement catastrophique et bien
documenté est venu marquer l’imaginaire et les souvenirs de plusieurs membres
de la famille Bouchard qui l’ont vécu directement : le Grand Feu de 1903[42].
C'est en page 8 du journal Le Soleil, édition du 28
mai 1903, que paraît la première mention d'un feu de forêt sur la ligne de
chemin de fer Québec et Lac-St-Jean qui a détruit les maisons des Club
Iroquois, Stadacona et du Triton. Ensuite du 3 juin au 6 juin, c'est en
première page que l'on parle des «Feux
dans les bois». On décrit en particulier la destruction des 25 maisons de
la station de Perthuis près de St-Raymond de Portneuf. Selon le correspondant
du journal, les dégâts causés par le feu
« sur tout le parcours du chemin
de fer du Québec et Lac-St-Jean, depuis Beaudet
jusqu'au Lac des Commissaires
(près de Lac-Bouchette, Lac-St-Jean), présente un coup d'oeil des plus désolants.».
Le 5 juin, encore en première page, le
correspondant du Soleil mentionne que «deux
fermiers de Beaudet, MM Bouchard et Filion ont perdu leur résidence[43] durant les derniers jours. M. Bouchard perd du même coup
huit vaches». Ces deux compères sont très certainement Elzéar Bouchard et son
beau-frère, Joseph Filion.
Quand Ozélina Déry parle de ce feu, elle précise
que c’était l’année de la naissance de son fils Odilon et c’est l’intervention
du curé Gingras[44], un ami de la famille
qui possède un chalet aux Rapides de Beaudet, qui aurait arrêté la progression
du feu entre Beaudet et Falrie.
Émile Bouchard, frère de Joseph, s’est marié[45] en 1900 à Délia
Boivin. Son épouse est chez ses parents
à St-François-de-Sales, au Lac-St-Jean, où, le 17 mai 1903, elle vient d’accoucher
de sa fille Anita. Elle raconte[46] que lors du passage du feu à Pearl Lake, sa sœur Philomène qui
s’occupait des autres enfants du couple, doit la vie aux sectionnaires qui sont
parvenus à la sortir de leur modeste campement en flamme y perdant ses maigres
économies.
Elle ajoute que c’est grâce au curé Apollinaire Gingras qu’ils reçurent
gratuitement de certains bienfaiteurs de Québec des meubles, des vêtements, des
couvertures et des articles de cuisine afin de compenser ce qu’ils avaient
perdu dans l’incendie. Le gigantesque feu de forêt s’éteindra de lui-même vers
le 16 juin suite à de fortes pluies. En
1953, 50 ans après l’événement, les employés du chemin de fer ont érigé une
croix, maintenant disparue, à l’endroit où ce curé aurait arrêté le feu.
Pendant la longue maladie de Louise Danielson, mère
de Joseph, c’est cette même Philomène Boivin qui se rend plusieurs fois à
Beaudet afin de lui venir en aide et s’occuper des trois derniers enfants soit
Elzéar-fils, Ovide et Albert. Malgré tous les soins qu’elle reçoit, Louise
s’éteint lentement le 2 avril 1906 à l’âge de 54 ans. Elle sera inhumée trois
jours plus tard au cimetière de Rivière-à-Pierre.
Elzéar n’est pas homme à rester veuf longtemps !
Dans la famille[47], on se plaît à raconter qu’il serait parti à Québec pour s’acheter une jument et serait revenu avec une jumelle ! Cette jumelle, c’est Caroline
Dufour qui travaille comme domestique[48] dans la maison de
Joseph Rouleau, un employé civil de Québec. Elle est née le 5 juillet 1861 à
Baie-St-Paul où possiblement Elzéar a fait sa connaissance. Sa sœur jumelle se
prénomme Azilda.
Elzéar et Caroline se marient le 29 octobre 1906 à
l’église St-Roch de Québec, six mois seulement après le décès de Louise. Ils
sont âgés respectivement de 59 et 45 ans. Pendant plusieurs années après son
mariage, Caroline gardera contact avec Éva Rouleau, fille de Joseph, avec qui
elle échange des lettres et des cartes postales qui nous en apprennent un peu
sur la vie modeste et pas toujours facile des colons de Beaudet.
Elzéar en profite alors pour rédiger un testament[49] dans lequel il lègue à
son fils Joseph la maison voisine de la sienne «connue dans la famille sous le nom de maison à Jos». Cette maison[50] ayant probablement appartenue
à son frère Joseph Bouchard servira de demeure à sa fille Clara et son mari
Charles Tremblay pendant de nombreuses années. Lors de son mariage[51] avec Clara en 1898,
Charles travaillait comme sectionnaire à Stadacona sous les ordres de Joseph,
un emploi qu’il occupera pendant une couple d’années.
Les enfants grandissent et vient le temps de
les envoyer à l’école. Stadacona est loin de tout et le pensionnat est la seule
solution pour leur faire acquérir une scolarité peu commune à
l’époque. La famille ne roule pas sur
l’or et Ozélina craint de dépenser autant d’argent. Mais ses hésitations ne
trouvent pas d’écho chez Joseph : «Un autre enfant au pensionnat, c’est
juste une couple de peaux de castor de plus[52].»
Ozélina profite du
fait que sa sœur Marie-Célanire dite Sœur Ste Marine enseigne au Pensionnat de
En 1907, sur une carte postale adressée aux grands-parents Elzéar
et Caroline pour les voeux de fin d'année, les enfants se plaignent ouvertement
de ne jamais rien recevoir en retour. Lucia et Marie-Aimée demandent si les
grands-parents sont fâchés contre elles! Sur la carte du 28 décembre 1909, les enfants mentionnent à
Elzéar qu'ils ont beaucoup prié pour son rétablissement. Cela devait
être assez grave pour qu'ils le notent. Le 5 juin 1910,
Marie-Aimée leur envoie une carte leur annonçant sa première communion et
remercie grand-mère Dufour de lui avoir envoyé une "belle dentelle
[...] pour son petit trousseau".
Enfin, sur la dernière carte en notre possession datée de 1911,
les enfants, probablement sous l'incitation de Freddy et Odilon, menacent
ouvertement les grands-parents de cesser toute correspondance future s'ils ne
reçoivent rien en retour ! À une couple d'occasion, les enfants ne manquent pas
non plus de saluer leur oncle Albert qui s’est marié à Adèle Corneau le 9
janvier 1911 et qui habitent Beaudet.
Sur une des rares photos de Joseph, on peut le voir,
moustachu[53] et
la pipe au bec, posant fièrement sur son «hand
car» entre Antoine Voyer et Napoléon (dit Paul) Beaurivage qui, «lui, aimait ça ramer ! [54] »
Stadacona est à onze kilomètres de Beaudet où vit la parenté de
Joseph. Dans les premiers temps, c’est en draisine à bras qu’on s’y rend
visiter la famille. Comme le dimanche est la seule journée de congé de Joseph,
tous les déplacements en famille ne peuvent se faire que cette journée-là, à condition qu’il fasse beau bien sûr ! En hiver,
on n’y pense même pas : c’est trop froid et Joseph utilise son congé pour
faire sa trappe. À l’occasion, il utilise son traîneau à chiens pour s’y rendre
mais c’est exceptionnel. Il y a le train, bien sur, mais les horaires ne
conviennent pas toujours.
Lorsque Joseph prend possession de sa première draisine à moteur, les choses changent
passablement. La compagnie de chemin de fer n’autorise pas les employés à
utiliser ces équipements en dehors des heures de travail. Mais Joseph connaît
bien l’horaire des trains et fait, à l’occasion, accroc à la règle pour amener
à la pêche la parenté de passage.
Pour aller visiter «les
vieux» à Beaudet, on amène les enfants. Les plus jeunes sont installés sur
la draisine à moteur bien à la vue des parents. Joseph les installe derrière
une corde qu’ils agrippent et qu’ils ne doivent lâcher sous aucun prétexte. Joseph
raccorde le lorry à la draisine et y
installe les plus vieux des enfants assis tout autour avec les jambes pendantes.
Par mesure de sécurité, l’un d’eux est installé face à l’arrière afin de
surveiller l’arrivée imprévue d’un train. C’est le «watchman» !
Si quelqu’un s’avise de faire une coche mal taillée, Joseph
est là pour y voir! L’autorité parentale, à cette époque, n’était jamais remise
en cause. Son fils Léonce[55] décrit son père comme une
personne autoritaire mais «pas méchant». Voici, en ses mots, comment il «corrigeait»
un enfant qui s’était mal comporté :
« Quand on faisait un méchant
coup, la mère disait : M'a le dire
à ton père. Tu vas voir mec’ que ton père arrive, tu vas voir ! Fait que quand le père arrivait, elle lui
contait ça : Y’a pas écouté aujourd'hui. Il disait : Viens icitte,
toé! Tu vas écouter ta mère. Viens me voir une minute. Là il arrivait pis
(Léonce allonge le bras en faisant le geste de donner une claque) : Hé
baptême de maudit, je l'ai manqué ! Il
faisait exprès pour passer à côté ! »
Joseph profite de ses visites à Beaudet pour apporter à son père
quelques victuailles mais surtout du tabac en feuille[56] car
Elzéar est un fumeur qui possède une belle collection de pipes[57] qu’il met à sécher sur un râtelier
derrière le poêle. Quant à mémère Caroline, ceux qui l’ont connu ne
lui accordent pas beaucoup de points pour la beauté et l’amabilité. Elle n’est
pas tellement futée non plus et le plaisir coupable des jeunes visiteurs est de
l’épier lorsqu’elle va, sans gêne, uriner dans les hautes herbes près de la
maison !
Joseph ne manque pas non plus de visiter son frère Albert, le
benjamin de la famille. «Ils ne font
qu’un ces deux-là ! »[58] se plaît-on à répéter tellement
ils apprécient être ensemble. Albert
s’est marié[59] à
Adèle Corneau le 9 janvier 1911 à Rivière-à-Pierre. Le couple demeure non loin
de son père dans une maison construite derrière la gare et la maison de la compagnie de
chemin de fer. Il est cultivateur. Depuis tout jeune, sa vue n’est pas bonne et
il doit porter d’épaisses lunettes ce qui l’a probablement empêché de devenir
sectionnaire comme tous ses frères.
Le 8 février 1914, Célanire
Gosselin, la mère d’Ozélina, quitte ce bas monde. Elle laisse dans le deuil
ses enfants et son époux Phileas Déry. Celui-ci ne peut se résoudre à demeurer
seul et, six mois plus tard, le 29 août, il se remarie à
St-Grégoire-de-Montmorency à Marie Langlois, veuve de Magloire Gosselin, sans
lien de parenté avec Célanire. Cette union durera huit ans jusqu’au décès de
Marie survenu le 29 janvier 1922. Un an plus tard, le 15 janvier 1923, il se
remarie une dernière fois à Marie-Léda Bouchard[60] à St-Roch. Au décès de Philéas, le 4 février
1939, celle-ci était encore vivante.
Les années passent et la famille continue à
s’agrandir : entre 1906 et 1919, ce sont
huit autres enfants qui voient le jour : Ernestine en 1906,
Germaine en 1908, Thérèse en 1909, Lucienne en 1910, Jules en 1912, Simone en
1913, Rose-Blanche en 1915 et Cécile en 1916.
Dans sa prévoyance, Joseph utilise les revenus, provenant de la
trappe des fourrures, pour faire l’achat, vers 1917, d’une maison sur la rue du
Collège (aujourd’hui # 508, 113ième rue) à St-Grégoire. On y trouve deux appartements,
un au rez-de-chaussée et un autre à
l’étage pour sa fille aînée Lucia.
Lorsqu’elle emménage dans ce logement, Lucia a 20 ans et est encore célibataire. Elle est débrouillarde,
sérieuse et dévouée. Ses parents n’hésitent donc pas à lui confier la
tâche d’héberger et de nourrir ses frères et sœurs plus jeunes qui ont été
retirés du pensionnat de St-Denis-sur-Richelieu afin de fréquenter l’école de
St-Grégoire et faire ainsi d’importantes économies.
Le 25 août 1919, Lucia
est la première des enfants à se marier : elle convole en juste noce avec Léonce Vachon dont la famille est
originaire d’Hébertville au Lac-St-Jean. La cérémonie a lieu à
St-Grégoire. Le couple emménage dans
l’appartement de Lucia qui continue pendant quelques temps de s’occuper de ses
frères et sœurs mais y met fin progressivement afin de prendre soin de ses
propres enfants. C’est dans ce logement que sa mère Ozélina mettra au monde ses
deux derniers enfants[61], Léonce en 1918 et Ernest en 1920.

En janvier 1920, la famille célèbre un autre mariage : celui
de Marie-Aimée et René Létourneau mais au Lac-Édouard cette fois-ci. Le 2
juillet 1920, Joseph et Ozélina deviennent parrain et marraine de leur premier
petit-fils, Roland Vachon. Ensuite c’est
au tour d’Ernestine de se marier avec Wilfrid Bédard en octobre 1924 et Odilon
fait de même avec Dolorès Beaurivage en mai 1925.
En 1921, Joseph et Ozélina fêtent leurs premiers 25 ans de
mariage. N’ayant probablement jamais eu de véritable «voyage de noces» lors de leur mariage en 1896, c’est peut être cela
qui les incitera, une couple d’années plus tard, à effectuer un voyage en train
à Springfield aux États-Unis afin d’y visiter des membres de la famille qui y
résident.
Selon leur fils Léonce[62], il leur a fallu plusieurs «passes de train» différentes avant
d’arriver à bon port. Ils vont loger chez Freddy
Déry, un frère d’Ozélina, qui a déménagé dans cette ville peu de temps
après son mariage à Marie Beaudoin en 1920.
Le but premier de cette visite est surtout de revoir leur fils Alfred, communément appelé Freddy, qui
y opère un «smoke shop», une tabagie.
Le choc est brutal pour Joseph et Ozélina, habitués qu’ils sont à un style de
vie plus austère : Freddy vit au rythme des années folles que sont les
années 20. « Il avait 3-4 autos et
un paquet de filles autour de lui qui lui coûtaient cher. Il vivait riche ! »
nous raconte Léonce. À ce qu’il semble,
les parents sont revenus assez contents de leur périple mais passablement découragés
de leur fils !
D’autres enfants
quittent la famille de Joseph et Ozélina mais dans des circonstances
douloureuses. Le 12 décembre 1922, Thérèse
décède de la tuberculose à l’hôpital Laval de Québec. Elle avait 13 ans.
Trois ans plus tard, jour pour jour, Émerild
décède aussi de la même maladie à
l'hôpital Jeffery Hale de Québec à l’âge de 21 ans. Selon son frère
Ernest[63], c’était l’automne et Émerild
avait dormi une nuit sous un canot et avait pris froid. Il avait beaucoup
grelotté. Ernest l’avait vu uriner du sang sur la neige mais Émerild lui avait
interdit d’en parler à leur mère afin de ne pas l’inquiéter car elle avait déjà
assez de préoccupations. Les soins
médicaux étant très dispendieux à l'époque, Émerild pensait peut-être éviter
ces dépenses à ses parents. Malheureusement, la guérison ne fut pas au
rendez-vous et Émerild devint une autre victime de la tuberculose.
Deux années vont passer avant que cette terrible maladie ne frappe
à nouveau la famille : cette fois c’est
Simone, 14 ans, qui exhale
son dernier souffle le 29 mai 1927 à Stadacona.
Tous sont
décédés de la tuberculose qui fait des ravages partout au pays autant dans les
corps que dans les cœurs. En effet, cette maladie a très mauvaise réputation
dans la société qui la considère comme étant l’apanage des familles pauvres et
miséreuses. Il n’était donc pas rare que
les familles atteintes fassent silence sur cette affliction qui leur apportait
autant la honte que la perte d’êtres chers. C’est dans ce contexte que les gouvernements
décidèrent la construction d’une multitude de sanatoriums, dont un au Lac-Édouard en 1927, pour contrer l’épidémie en isolant les malades
de la population.
Sur la voie ferrée, le travail de sectionnaires est souvent routinier mais
lorsque survient un accident ou un déraillement de train, tous les effectifs
humains et matériels sont déployés pour
corriger rapidement la situation. Joseph
n’est pas homme à se défiler devant son devoir et son rôle de contremaître exige de lui qu’il
soit toujours aux avant-postes.
Lors d’un déraillement survenu pendant l’hiver 1928-29, Joseph est
un des premiers à arriver sur l’accident et à porter secours au conducteur et
au chauffeur emprisonnés dans la cabine de la locomotive. Il ne ménage pas ses
efforts allant même jusqu’à enlever[64] ses encombrants vêtements
d’hiver pour se faufiler sous la machine renversée et sauver la vie des deux hommes.
Cet acte de courage ajouté aux nombreuses heures de travail dans les conditions
pénibles de l’hiver provoquera chez lui un rhume et une grippe sévère.
Voyant cela, le «roadmaster» Talbot, le patron de Joseph,
le force à prendre congé[65] pour
se soigner. Mais rendu à la maison, le lendemain, Joseph part faire sa «trail» à collets de lièvre, plus de 200 à relever. Il revient tard en soirée et
fait une grosse rechute. Sa grippe s’est transformée en pneumonie.
Transporté à St-Grégoire-de-Montmorency dans le logis de sa fille Lucia, il y
décède le 26 mai 1929 à l’âge de 52 ans et neuf mois.
C’est la désolation dans la famille. Le décès du paternel est un
choc pour Ozélina, ses enfants et les membres des familles Bouchard et
Déry. Les funérailles ont lieu le 29 mai
dans l’église de St-Grégoire et la dépouille mortelle de Joseph ensevelie dans
le cimetière de la paroisse où il repose près de ses enfants Émerild, Simone et
Thérèse.
Son époux décédé, Ozélina doit trouver un toit pour sa famille car
il n’est plus question de continuer à demeurer à Stadacona, un nouveau
contremaître des sectionnaires devant prendre possession de la maison. Les deux
logements de sa maison de St-Grégoire sont occupés par la famille Nérée
Tremblay au rez-de-chaussée et par sa fille Lucia et Léonce Vachon et leurs huit
enfants à l’étage. Ozélina doit donc se
résoudre à louer un appartement à Limoilou
où elle emménage avec six de ses enfants. Léonce a 11 ans à l’époque et relate
l’événement en ces termes : «Moé,
quand j'suis arrivé par ici quand mon père est mort, j'étais tout démoralisé,
tout detèmé… ». Leur vie est complètement chambardée !
Le 5 novembre 1929, Ozélina marie sa fille Lucienne à Albert
Lessard en l’église St-Charles de Québec. L’absence de Joseph se fait
cruellement sentir et c’est avec des pincements au cœur que l’on voit la mariée
descendre l’allée centrale de l’église au bras de son oncle et parrain, Émile Bouchard du Lac-St-Jean, qui lui
sert de père lors de la cérémonie.
Trois mois plus tard, le 14 février 1930, Elzéar Bouchard, l’aïeul, décède à l’Hôtel-Dieu de Québec avec sa
fille Mary à ses côtés. Il sera inhumé à Rivière-à-Pierre près de sa première
épouse Louise Danielson. Caroline Dufour décèdera le 27 octobre 1932 et sera
inhumée au Lac-Édouard.
Pendant près de deux ans, les enfants d’Ozélina vont à l’école à
Limoilou. Elle profite de cette période
pour planifier son avenir et s’assurer d’avoir assez de revenus pour les années
futures. À son décès, le compte en banque de Joseph était passablement bien
garni et ses nombreux enfants savent qu’elle «en a de collé» et ne se gênent aucunement pour lui en demander
constamment. Elle craint de se faire vider son escarcelle !
Elle utilise donc une partie de cet argent pour ajouter un étage
supplémentaire à sa maison à logements de St-Grégoire. Elle élimine l’escalier
intérieur et le reconstruit à l’extérieur pour relier tous les étages. Elle engage Georges Chalifour[66] ,
un entrepreneur bien connu de Courville, pour exécuter ces travaux. Elle
voudrait bien aussi acheter le terrain vague voisin pour y construire une autre
maison à revenus mais la propriétaire, une dame Lebel qui habite près de la
voie ferrée, préfère y exploiter un poulailler.

Un peu plus tard, cette dame Lebel se décide soudainement à vendre
son terrain à Ozélina ! Quelle est la part de l’entrepreneur Chalifour dans ce revirement
imprévu ? Aurait-il promis une commission à la dame advenant qu’il
construise la nouvelle maison d’Ozélina sur ce terrain ? C'est fort possible ! Finalement tout le monde trouvera son compte
dans cette transaction et quelques mois plus tard Ozélina fait emménager ses
locataires dans la nouvelle maison.
Entre-temps, Lucia et son
mari Léonce Vachon se sont trouvé un autre appartement à St-Grégoire dans un des
deux blocs[67] appartenant à Charles Lafrance marié à Jeanne
Vachon, sœur de Léonce. Ozélina est bien heureuse alors de quitter Limoilou et
revenir à St-Grégoire où presque toute la parenté réside. Elle emménage dans
l’appartement libéré par sa fille sur la rue du Collège[68].
Les années
défilent au gré des mariages qui se succèdent :
Germaine se marie en
février 1932, Jules et Rose-Blanche en noces
doubles en février 1934.
Le 12 mars suivant, une tragédie frappe à nouveau la famille :
René Létourneau, l’époux de Marie-Aimée, se suicide à Taschereau en Abitibi.
Veuve avec cinq enfants et vivant déjà dans la misère, Marie-Aimée se voit contrainte de demander de
l’aide à sa mère le temps qu’elle refasse sa vie ce qu’elle fera neuf mois plus
tard en se remariant à Jean-Charles Blais de Rouyn-Noranda.
Trois ans plus tard, c’est au tour de Cécile, la
dernière de ses filles de se marier en juin 1937. Les
naissances des nombreux petits-enfants ajoutent aussi au bonheur d’Ozélina.
Le 4 février 1939, son père Philéas décède à St-Grégoire à l’âge de 88 ans. Il
était marié en troisièmes noces à Marie-Léda Bouchard[69] qui lui survit.
Dans son désir de respecter un vœu[70] de son défunt mari qui voulait
que l’héritage favorise les deux plus jeunes de ses enfants, Ozélina lègue, de
son vivant, ses deux blocs à appartements à
Ernest et Léonce. En juillet 1944, Ernest épouse Rita Plourde. Voulant
s’assurer une vieillesse sans soucis, Ozélina demande au jeune couple de l’héberger
jusqu’à la fin de ses jours. Cette obligation créera un froid entre Ernest et
Léonce, Ernest se sentant défavorisé du
fait qu’il devait, en plus, héberger son frère Freddy, revenu des États-Unis. Le
dernier mariage auquel elle assistera sera celui de Léonce, le benjamin de la
famille, qui épouse Thérèse Boily en 1945. Quelques mois plus tard, le 15 mai
1946, Ozélina décède à l’âge de 71 ans,
entourée des siens.

Dans son testament[71], Ozélina confirme le legs de ses blocs à Léonce et Ernest et fait de Freddy,
le seul de ses enfants encore célibataire, le récipiendaire de tout son argent
liquide ainsi que de celui provenant des assurances. Comme il fallait s’y attendre, cette clause
testamentaire déplut à certains membres de la famille qui considéraient que «Freddy
le radin» en avait eu plus qu’il ne méritait[72] !
L’épopée de Joseph Bouchard et Ozélina Déry se termine ici empreinte
autant de passages douloureux que de
moments joyeux dans une vie qui n’aura pas été des plus faciles. Il en est
ainsi pour toutes les histoires de famille et il est du devoir des descendants
d’en préserver la mémoire car, pour connaître où on va, on doit savoir d’où on
vient.
Joseph a été :

- Parrain
de son cousin Alfred Berthiaume fils de sa tante Joséphine Danielson le 2 juin
1889 à Notre-Dame-des-Anges de Montauban, Portneuf.
- Parrain
de son cousin Georges Bruneau fils de sa
tante Eugénie Danielson le 27 mars 1890 à Notre-Dame-des-Anges de Montauban,
Portneuf.
- Témoin
au mariage de Théophile Boivin le 23 février 1903 à St-François-de-Sales, Lac-St-Jean.
- Parrain
de son petit-fils Roland Vachon le 04 juillet 1920 à
St-Grégoire-de-Montmorency.
- Parrain
de sa petite-fille Fernande Bouchard, fille d’Odilon, le 15 février 1926, à
Pearl Lake, voie ferrée du Lac-St-Jean.
Ozélina a été :

- Marraine
de son frère Stanislas-Antonio Déry le
26 janvier 1892 à St-Grégoire-de-Montmorency.
- Témoin
au mariage de Théophile Boivin le 23 février 1903 à St-François-de-Sales, Lac-St-Jean.
- Marraine
de son petit-fils Roland Vachon le 04 juillet 1920 à St-Grégoire-de-Montmorency.
- Marraine
de sa petite-fille Fernande Bouchard, fille d’Odilon, le 15 février 1926, à
Pearl Lake, voie ferrée du Lac-St-Jean.
Joseph Bouchard et
Ozélina Déry se sont mariés le 9 novembre 1896 à St-Grégoire-de-Montmorency et
c’est au même endroit que leur premier enfant naît le 30 octobre 1897, «le samedi matin à 10 heures» note sa
mère dans son carnet. C’est une fille qui sera baptisée le 2 novembre à St-Grégoire
sous le prénom de Lucia. Comme c’est
la coutume à cette époque pour un premier-né, ce sont les grands-parents qui
ont les honneurs d’être parrain et marraine soit Elzéar Bouchard, son
grand-père paternel, et Célanire Gosselin, sa grand-mère maternelle, épouse de
Philéas Déry. L’enfance de Lucia se
passe à Stadacona sur la voie ferrée du Lac-St-Jean où son père est chef de
section pour la compagnie Quebec & Lake St-John Railway.
En 1903, lorsque vient le temps pour Lucia de fréquenter l’école, ses
parents la placent comme pensionnaire au couvent des Soeurs de la
Congrégation-de-Notre-Dame à St-Denis-sur-Richelieu. Sa tante, Marie-Célanire
Déry, y est religieuse sous le nom de soeur Ste-Marine[73].
Comme le cortège d’enfants s’allonge à chaque année à Stadacona, Lucia est
graduellement rejointe par ses sœurs Marie-Aimée et Béatrice et ses frères
Alfred et Odilon qui eux fréquentent le Collège Saint-François-Xavier du même
endroit.
Le 8 février 1914, Célanire
Gosselin, sa marraine et grand-mère maternelle, décède. Les années passent et il est temps pour Lucia
de quitter l’école et aider sa mère dans ses tâches ménagères. Elle apprend
rapidement les rudiments de la tenue d’une maison et, lorsque ses parents
achètent une maison à appartements à St-Grégoire en 1917, c’est Lucia qu’ils
désignent pour y occuper un logement. Cette décision est bien mûrie car elle
permet ainsi à Joseph et Ozélina de ramener à St-Grégoire les enfants
pensionnaires à St-Denis-sur-Richelieu et ainsi sauver beaucoup d’argent pour
leur pension. C’est Lucia qui s’occupera
d’eux pendant quelques années[74] et ce, même après son mariage. Mais
n’anticipons pas trop !
En
1917, Lucia assiste au mariage de Jeanne Vachon, la sœur de Léonce Vachon qui
l’a invitée à l’accompagner à ces noces. Le jeune couple signe le registre en
tant que témoins. Leurs fréquentations durent encore deux ans et finissent par conduire
à leur mariage célébré le 25 août 1919 en l’église de St-Grégoire-de-Montmorency.
Son époux, Léonce Vachon, est né
le 31 décembre 1895 à Hébertville au Lac-St-Jean et il est le fils de Moïse
Vachon et Léonie Michaud. Il exerce le
métier de plâtrier[75] et ne manque pas de travail car, à cette
époque, les murs des maisons sont constitués d’un treillis de lattes de bois sur
lequel on applique plusieurs couches de plâtre. Léonce a très bonne réputation
et la finition de ses murs est aussi unie et parfaite que nos murs revêtus de
«Gyproc»[76]. Plus tard, il sera livreur dans Montmorency
pour un magasin général opéré par un Bouchard, sans parenté avec Lucia. Les
gens du quartier passent leurs commandes et Léonce livre «les ordres» avec un cheval[77]. Il a
aussi travaillé pour son beau-frère, Charles Lafrance marié à sa sœur Jeanne[78].
Dès l’année suivante, le 2
juillet 1920, Lucia met au monde un premier enfant, Roland, qui ne survivra que
quinze jours. Un autre enfant, Paul-Henri, décédera de la même façon le 13
avril 1921. Ce n’est que le 4 juillet 1922 que la descendance du jeune couple
s’assure enfin avec la naissance de Léonce Junior. Pendant les quinze années
suivantes, Lucia enfantera 10 autres fois mais seulement quatre enfants
survivront : Philippe né en 1927, Lionel en 1929, Guy en 1932 et Paul-André en 1935.
Le 26 mai 1929, dans son appartement au
deuxième étage[79] du 508 rue du Collège à Montmorency, Lucia et sa famille assiste au
douloureux départ du paternel : Joseph rend l’âme suite à une sévère
pneumonie contactée lors d’un déraillement survenu l’hiver précédent. La famille est dévastée par cette tragédie.
Sa
mère Ozélina quitte Stadacona avec ses enfants dans l’espoir de s’établir à
St-Grégoire. Mais voilà, tous les logements sont occupés et elle doit se
résigner à s’exiler à Limoilou pendant 2 ans[80], le
temps qu’elle fasse construire une autre maison à appartements voisine de celle
occupée par Lucia. Finalement, Lucia aménage dans un appartement propriété de
son beau-frère Charles Lafrance[81] ce qui libère un logement pour Ozélina.
Plusieurs années plus tard,
c’est au tour de son mari Léonce Vachon de quitter ce bas monde le 19 janvier
1948. L’année suivante, le 26 décembre 1949, Lucia, accompagnée de ses frères
Léonce et Ernest et de son fils Philippe, assiste aux funérailles de son oncle
Émile Bouchard à St-François-de-Sales au Lac-St-Jean[82]. Sur
le retour vers Québec, une tempête de neige s’abat sur eux dans le parc des
Laurentides. Ils sont contraints d’attendre plus de 24 heures dans un refuge
que la route soit à nouveau dégagée. Selon Léonce[83], le
gîte et le couvert étaient assurés par le Ministère des Transports et ils n’ont
pas eu à se plaindre !
Graduellement
les enfants quittent le foyer. Philippe est artisan-plâtrier comme son père et
fait le tour de la province à restaurer les églises et construire des écoles[84]. Son frère aîné, Léonce Junior, est à l’emploi de la Dominion Textile comme
électricien. Il est électrocuté et gravement brûlé aux mains en installant une
immense enseigne sur le toit de l’usine. Son compagnon de travail a moins de
chance et décède de ses blessures. Ne
pouvant plus travailler manuellement, ses patrons le nomment alors électricien
en chef avec maison fournie par la compagnie[85].
Lucia s’entend bien avec ses
sœurs Cécile et Rose-Blanche et, même mariées, elles habitent toujours à peu de
distance les unes des autres dans Montmorency. Si l’une déménage, les autres
suivent peu de temps après pour s’en approcher. Toujours serviable, Lucia est
celle que l’on appelle quand quelqu’un est malade[86].
En
1963, un peu après la célébration des quinze années de mariage de son frère
Freddy, Lucia et ses sœurs Cécile et Rose-Blanche procèdent au déménagement de
leur tante Mary Bouchard, impotente et sous alimentée dans son logement de la
rue Canardière dans Limoilou. Elle accueille Mary chez-elle pendant quelques
semaines et lui prête même son lit. Mais la présence d’enfants et de
petits-enfants dans la maison déplait à Mary qui a besoin de tranquillité… et
qui déteste les enfants ! Ce sera donc Rose-Blanche qui l’accueillera chez-elle
et en prendra soin jusqu’à son décès en 1965, Lucia prenant la relève
occasionnellement lorsque Rose-Blanche doit s’absenter. Lucia vivra plusieurs
années encore et décèdera le 8 septembre 1982 à St-Grégoire-de-Montmorency où
elle aura habité presque toute sa vie.
Lucia
a été :
Marraine de sa sœur
Thérèse Bouchard le 6 juillet 1909 à Stadacona.
Marraine de sa sœur
Simone Bouchard le 12 juin 1913 à Stadacona.
Marraine de son
neveu Maurice Bédard le 24 janvier 1927 à Loretteville.
Marraine de son
neveu Robert Brousseau le 14 février 1937 à St-Grégoire.
Marraine de sa nièce
Murielle Bouchard le 18 août 1939 à St-Grégoire.
Marraine de sa
nièce Suzanne Bédard le 18 février 1935 à St-Grégoire.

1 –
Roland Vachon – Décédé en bas âge.
2 –
Paul-Henri Vachon – Décédé en bas âge.
3 – Léonce jr.
Vachon
4 –
Anonyme Vachon – Mort né.
5 –
Roger Vachon – Décédé en bas âge.
6 – Philippe
Vachon
7 –
Jean-Baptiste Vachon – Décédé. Date
inconnue.
8 – Lionel
Vachon
9 – Guy
Vachon
10 – Jules
Vachon – Décédé en bas âge.
12 – Muriel-Carmel Vachon
– Décédée en bas âge.
13 – Paul-André
Vachon
14 – Anonyme Vachon – Mort né.
LES PREMIÈRES ANNÉESAlfred est né le 20 novembre 1898 à Stadacona sur la ligne
de chemin de fer du Lac-St-Jean. Son père Joseph est chef de section pour la
compagnie Quebec & Lake St-John Railway qui deviendra le Canadien National.
Il est baptisé cinq jours plus tard à St-Grégoire- de-Montmorency où vivent les
parents de sa mère Ozélina Déry. Ses parrain et marraine sont Philéas Déry, son
grand-père maternel, et Marie Bouchard, soeur de son grand-père Elzéar Bouchard
qui, lui, vit à Beaudet, à quelques milles de Stadacona. Il a une sœur, Lucia. Sa petite enfance se déroule
paisiblement à Stadacona, à Ste-Catherine et à Beaudet, au gré des déplacements
de sa famille.
Vers 1904, ayant atteint l'âge de fréquenter l'école, sa
mère Ozélina décide qu'Alfred, tout comme Lucia, aura droit à une bonne éducation.
C'est donc par le train que les deux enfants prennent la direction de
St-Denis-sur-Richelieu où leur tante Marie-Célanire Déry est religieuse sous le
nom de soeur Ste-Marine au couvent des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame.
Alfred, lui, ira au Collège St-François-Xavier du même endroit. Ils y seront rejoints
graduellement par Béatrice, Marie-Aimée et Odilon, leurs autres frères et
soeurs[87]. Une carte postale[88] datée du 27 décembre 1911 et adressée à son
grand-père Elzéar Bouchard de Beaudet en dit long sur le caractère d’Alfred.
Après les vœux de bonne année, il menace de ne plus lui écrire à moins qu’il ne
reçoive quelque chose en retour. Il lui suggère de «demander à papa de l’envoyer pour vous, il sera content de vous faire
ça !»
Ses études terminées, Alfred travaille comme commis dans un
magasin. Il a 21 ans. Alors qu’il est à mettre des marchandises dans un
monte-charge, une fausse manœuvre met l’équipement en marche et Alfred se
retrouve avec une jambe sectionnée[89].
Cette terrible épreuve va réorienter sa vie. Son père Joseph est beaucoup
respecté par ses patrons. Il utilise ses
contacts et déniche l’emploi idéal pour son fils handicapé : «watchman» dans le «caboose» ou wagon de queue des convois de chemin de fer. Installé dans la partie supérieure du wagon,
son travail consiste à surveiller l’apparition de fumée indiquant que les
freins d’un wagon ont pris feu et en avertir le conducteur. Il faut rappeler
que ce genre d’événement fâcheux était assez fréquent avec les freins utilisés à
cette époque sur les wagons.
Mais Alfred n’aime pas ce
travail et s’en confie à sa mère[90]. « Avec l’éducation que j’ai, je peux faire
autre chose que ça ! ». Celle-ci l’avertit qu’il est hors de question d’en
avertir son père Joseph qui en serait très offensé. Alfred décide donc de
prendre congé de son travail sous prétexte d'aller visiter son oncle Alfred dit
«Freddy» Déry qui demeure à Springfield, Massachusetts, aux États-Unis. Ses parents
sont d’accord et lui font venir les passes de train nécessaires à ce voyage.
On est en 1920, au début des
«années folles» où tout semble réussir à qui veut bien essayer ! À la suggestion
de son oncle, Alfred n’hésite donc pas à
utiliser ses économies pour acheter un «smoke
shop[91]», une
tabagie, située non loin de là. L’aventure américaine d’Alfred[92], surnommé
là-bas Freddy, débute et durera plus de 15 ans. Pendant cette période, il aura
même droit à la visite de ses parents, Joseph et Ozélina, qui feront le voyage vers
1924. Ils reviendront «ben découragés»
de leur Freddy comme le rapporte son frère Léonce dans son langage imagé :
«Il avait 3-4 autos et un paquet de
filles autour de lui qui lui coûtaient cher ! Il vivait riche : 5 filles
et 5 chars!».
La crise économique des années
30 et le train de vie démesuré de Freddy auront finalement raison de lui.
Acculé à la faillite, il fait une requête écrite à sa mère : serait-il possible,
après toutes ces années d’exil, de revenir vivre à St-Grégoire ? Ozélina
soupèse la question et en réfère à ses enfants, surtout les plus jeunes comme Cécile,
Ernest, Jules et Léonce qui n’ont pas connu leur frère et dont le retour risque
de leur causer des problèmes. La réponse est positive et Freddy revient au pays
vers 1938. Il demeure chez sa mère sur la rue du Collège.
Comme
anticipé par Ozélina, les premiers contacts sont difficiles car son «Freddy»
est passablement bourru. «C’était un bougonneux qui aimait runner tout
le monde» se rappelle Léonce qui ne
peut laisser cet «étranger» faire la
pluie et le beau temps dans la maison.
«Si t'arrêtes pas de bosser ma mère, je vais te l'étamper dans face !».
Parait que cet avertissement eut son effet sur le caractère de Freddy… selon
Léonce ! Son neveu Jacques Bédard[93] se souvient très bien de lui. « C’était un bon gars mais autoritaire et qui
n’aimait pas se faire obstiner. Fallait être poli avec lui et oublier de lui
dire bonjour, c’était une insulte ! Il
était bon avec les enfants et ne se faisait pas prier pour répondre aux
questions.»
Comme il est parfait bilingue,
sa mère l’incite à utiliser ce talent pour enseigner l’anglais et se faire une
peu de sous. C’est sa sœur Rose-Blanche qui lui trouve un local[94] où il reçoit ses clients désireux de parfaire
leur apprentissage de cette langue. Aujourd’hui,
le viaduc de l’autoroute 40 passe au-dessus du site de ce local.
Un peu plus tard, suite à cette expérience positive, il est engagé par le Ministère de l’Éducation
de l’époque pour enseigner aux enfants de Beaudet sur la voie ferrée du
Lac-St-Jean où demeure son oncle Albert, frère de son père. C’est chez lui qu’il réside, dans la maison
derrière la gare de Beaudet. Son école est située en face, de l’autre coté de
la voie ferrée, dans l’ancienne maison de Moses Cullen, un ami de la famille
Bouchard, ancien chef de section et mentor de son père Joseph.
Pendant cette période, il est aussi télégraphiste[95] pour la compagnie de chemin de fer à la gare
de Falrie, voisine de celle de Beaudet. C’est ce poste qui lui a peut être permis
de faire la rencontre de Joseph Kennedy, le père du futur président John
Kennedy, qui lui remettra un fusil en souvenir[96].
Cette arme est aujourd’hui conservée
dans la famille d’Ernest.
Au décès de sa mère Ozélina en 1946, elle laisse, par
testament, ses deux maisons à logements
à Léonce et Ernest et, à Freddy, le reste de ses biens incluant son argent et
ses assurances. Ayant la réputation d’être un peu radin sur les bords, ce legs
n’a pas fait que des heureux dans la famille[97] !
Ce travail d’enseignant est bien
rémunéré mais l’éloignement lui pèse et il revient à Montmorency. Le 21 juin
1948, il marie Émilia Tremblay, une amie d’enfance, fille d’Arthur et Marie
Girard de Montmorency. Le couple s’établit à St-Grégoire dans un appartement situé
en face de l’Hôtel de ville. Ce retour à la civilisation a été rendu possible
par le fait que Freddy a décroché le poste de secrétaire-trésorier[98] pour la ville de St-Grégoire-de-Montmorency,
travail qu’il occupera jusqu’à sa retraite.
Son neveu Jacques Bédard se souvient du fameux Chevrolet 1932
de Freddy qui a été un des premiers à avoir une voiture à Montmorency. « On l'entendait
venir à un quart de mille, on allait voir dans le châssis et c'était ben lui!
Y'étaient trois à Montmorency avec des chars. C'était pas dur à reconnaître. Il a toujours eu des petits chars propres[99]. »
Le 21 juin 1963, tous ses frères et sœurs et leurs conjoints
se réunissent pour célébrer les 15 ans de mariage de Freddy et Émilia. Freddy a 65 ans et l’âge de la retraite a
sonné.
Son épouse Émilia décède quelques années plus tard. Les
années s’écoulent mais la santé de Freddy décline. Lorsqu’il est retrouvé
inconscient dans son appartement, ses sœurs Cécile et Rose-Blanche le
convainquent de faire son entrée à l’hôpital St-Augustin de Courville où il
pourra recevoir de bons soins et avoir une vieillesse sans soucis, ses
économies lui permettant même d’avoir une chambre privée[100]. Freddy est décédé à cet endroit le 15 juin
1987 à l’âge de 88 ans.
Alfred Bouchard a été parrain de sa sœur Thérèse Bouchard le
6 juillet 1909 à Stadacona.



Marie-Louise-Aimée Bouchard est née le 17 novembre 1899 à Stadacona
sur la ligne de chemin de fer du Lac-St-Jean. Elle est baptisée le même jour
par le révérend Odilon Blanchet de Rivière-à-Pierre.
Le parrain est son oncle Émile Bouchard et la marraine,
Marie-Louise Filion, sa petite-cousine, fille de sa grand-tante Évelyne
Danielson et de Joseph Fillion, tous venus spécialement de Beaudet pour
l’occasion.
Le parcours terrestre de Marie-Louise-Aimée se limitera à 9 mois
et 15 jours car elle décèdera à Stadacona le 1er septembre 1900.
Elle a été inhumée à Rivière-à-Pierre.
Note : Dans son
carnet, sa mère Ozélina Déry inscrit son nom comme étant « Marie Louise Maimée » avec un M et par deux fois : à son baptême et à son décès.
Marie-Aimée Bouchard est née le
28 mai 1901 à St-Grégoire-de-Montmorency[101] mais ses parents demeurent à Ste-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, comté de
Portneuf. Du moins c’est ce que le curé Ruel de St-Grégoire-de-Montmorency a
inscrit sur le registre de son baptême célébré le 2 juin suivant. Son oncle Émerild Déry est son parrain et son
épouse Marie Simard, sa marraine.
Ses parents sont Joseph Bouchard et Ozélina Déry. Son père
est chef de section pour la compagnie de chemin de fer Quebec &
Lake-St-John Railway à Stadacona sur la
ligne du Lac-St-Jean. C’est la seule enfant de la famille à ne pas être née à
Stadacona, Beaudet ou Montmorency. La famille était-elle vraiment établie dans
cette paroisse en 1901 ? Nous ne savons pas. Curieusement, personne de la
famille de Joseph et Ozélina n’a été
recensée lors du passage du recenseur à l’été 1901 autant à Stadacona, Beaudet que
Ste-Catherine : aucune trace d’eux !
Recensée ou non, Marie-Aimée mène une existence des plus
normales dans la forêt Laurentienne ! Son frère Alfred et sa sœur Lucia sont
les seuls autres enfants de la famille à sa naissance mais beaucoup d’autres
s’ajouteront pas la suite.
C’est au couvent de
St-Denis-sur-Richelieu qu’elle fera son primaire comme pensionnaire en
compagnie de sa sœur Lucia. Elles seront rejointes par Béatrice quelques mois
plus tard. Le 5 juin 1910, elle écrit une carte postale[102] à son grand-père Elzéar Bouchard qui demeure à
Beaudet, près de Stadacona, sur la ligne de chemin de fer. Elle lui annonce
qu’elle fera sa communion solennelle et sera confirmée[103] le dimanche suivant et remercie grand-maman
Caroline Dufour, la seconde épouse d’Elzéar, pour «la belle dentelle» qu’elle lui a faite pour son «petit trousseau».
Les études terminées, Marie-Aimée trouve époux en la
personne de René Létourneau, fils d’Alexandre et Anaïsse Beaulieu originaires
de Les Escoumins dans Charlevoix mais résidents de Stadacona. Ils officialisent
leur union le 7 janvier 1920 en l’église N.-D. des Neiges du Lac-Édouard sur la
ligne de chemin de fer du Lac-St-Jean.
Au gré des transferts, le couple se retrouve en Abitibi où
naît leur premier enfant, Jeannette,
suivie, sur 10 ans, de quatre autres enfants aux baptêmes desquels le curé de
l’église St-Paul de Senneterre indique
au registre que les parents sont de la mission de Forget, probablement une
section sur la voie ferrée de l’Abitibi.

Au début des années 30, la crise économique frappe partout au Québec. Pour contrer les effets néfastes du
chômage massif des gens, le gouvernement provincial décide d’ouvrir la grande
région de l’Abitibi à la colonisation. C’est par trains complets que des centaines
de familles miséreuses débarquent sur ce vaste territoire pour essayer d’y retrouver
une vie normale. Mais pour beaucoup, ce
ne sera encore que la misère noire ! En était-il ainsi pour René Létourneau,
cantonnier de chemin de fer, lorsqu’il décide de retourner contre lui son arme
à feu et de s’enlever la vie le 12 mars 1934 à Taschereau à l’âge de 38 ans ? Le prêtre officiant à son
service funèbre en l’église St-Pierre y a vu
plutôt un geste malheureux commis «dans
un moment d’aliénation mentale».
On croit que c’est à la suite de cette tragédie que sa mère
Ozélina a dû délier les cordons de sa bourse pour rapatrier[104] à St-Grégoire Marie-Aimée laissée veuve et
démunie avec cinq enfants. Mais
Marie-Aimée avait probablement déjà quelqu’un d’autre en vue car neuf mois plus tard, le 22 décembre 1934,
elle épouse Jean-Charles Blais en la cathédrale St-Michel-Archange de
Rouyn-Noranda. Il est le fils d’Auguste Blais et Pomela Chaloux. Odilon Bouchard,
le frère de Marie-Aimée, qui est sectionnaire à Vandry en Abitibi, lui sert de
témoin.
La vie de Marie-Aimée ne sera
jamais facile et, dans les conversations en famille, on déplore, toujours à
mots couverts, combien rien n’est aisé pour elle et que la misère semble s’être
accrochée à elle comme du chardon. Jacques Bédard[105] se souvient, lors de parties de cartes en
famille, d’avoir entendu ses tantes exprimer le désir d’aller la visiter, ce
qu’elles feront éventuellement, car on était en panne de nouvelles d’elle ! Et
si quelqu’un osait mentionner qu’elle vivait pauvrement, on lui conseillait
rapidement de se taire[106]. À croire que son état déshonorait la famille
!
Robert Brousseau a souvenance qu’elle soit revenue une autre
fois à St-Grégoire et qu’on lui avait rapporté qu’elle fumait beaucoup[107].
Quoiqu’il en soit, après le décès de son second mari à une date inconnue,
Marie-Aimée a épousé Joseph Léonard et a vécu avec lui à Timmins, Ontario, où elle a passé le reste de son existence à
prendre soin de ses petits-enfants.
Elle serait décédée vers 1992 au même endroit[108].
Marie-Aimée a été marraine de sa sœur Rose-Blanche le 31
mars 1915 à Stadacona. Elle était absente lors du baptême.
1 - Jeannette Létourneau[109].
2 - Paul-Émile Létourneau.
3 -
Fernand Létourneau.
4 - Raymond Létourneau.
5 - Marcel Létourneau[110].
On ne lui connaît pas d’autres
enfants.

Le 20ième siècle est
dans sa deuxième année lorsque Béatrice décide qu’il est temps pour elle de
venir explorer notre belle planète, la Terre. Mais l’endroit qu’elle choisit
pour le faire est, si l’on peut dire, assez éloigné de la civilisation ! En
effet, elle naît le 4 mai 1902 à Beaudet
sur la ligne de chemin de fer du Lac-St-Jean où son père Joseph est
sectionnaire. Sa mère Ozélina Déry, aidée d’une voisine qui lui sert de
sage-femme, met alors au monde son cinquième enfant car Béatrice a été précédée
par Lucia, Alfred, Louise-Aimée décédée depuis, et Marie-Aimée.
Elle est baptisée le 23 mai 1902
à Beaudet par Odilon Blanchet, le prêtre missionnaire de Rivière-à-Pierre. Sa
marraine est Louise Danielson, sa
grand-mère paternelle, et son parrain Joseph Filion, un oncle de son père marié
à Évelyne Danielson.
Dans la famille de sa mère
Ozélina Déry, l’éducation est importante et on ne lésine pas sur les moyens
pour donner aux enfants un bon départ dans la vie. En 1908, Béatrice va
rejoindre la fratrie au Couvent de la Congrégation Notre-Dame à
St-Denis-sur-Richelieu où leur tante Marie-Célanire Déry est en communauté sous
le nom de soeur Ste-Marine.
Le 28 novembre 1910, elle
adresse une carte postale[111] à son grand-père Elzéar Bouchard de Beaudet
dans laquelle elle lui transmet toute son affection et lui demande de prier pour
elle car elle fera sa première communion le 8 décembre suivant.

Béatrice se marie sur le tard.
Elle a 31 ans et la première à le faire à l’extérieur de la région de Québec. Ses
études terminées, on croit qu’elle a choisi de s’exiler dans la Métropole pour
y travailler. Cette décision fut sans doute rendue plus facile par le fait que
sa tante Léontine Déry mariée à Philippe Ouellet habite déjà dans la paroisse
St-François-d'Assise-de-Longue-Pointe[112], près du port de Montréal.
Le 5 juillet 1933, elle unit sa destinée à Louis-Armand Blanchard en l’église Ste-Cunégonde de Montréal. Fait étrange, aucune parenté de l’époux comme de l’épouse ne semble assister à leur mariage et c’est un dénommé Gérard Bonneau qui sert de