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Jour 32 – ASHRAM D’AMMA – Billet de Raymonde

Amritapuri
Amritapuri

14 décembre 2010 – Ashram d’Amma à Kollam, India

Sachant qu’en Inde, une expérience quotidienne m’attend, je peux vous dire que ça commence tôt ce matin: 08h00. Je désire nourrir le chien qui me regarde de ses yeux piteux pitou. Je lui donne un morceau de toast rôtie au beurre. Un deuxième morceau suit! Oups! Un corbeau m’a vu faire et plonge vers moi! Oups il s’envole avec le morceau qui reste dans mon assiette dans un mouvement d’ailes incroyable. Mon assiette métallique n’a même pas bougée! Mon cœur bat la chamade car c’est tellement imprévu! Deuxième expérience : la fenêtre de notre chambre n’a pas de rideaux et nos vêtements fraîchement lavés nous servent de rideaux. L’ingéniosité ne me manque pas pour trouver une solution. C’est mon lit qui donne sur la fenêtre et le soleil y plombe de 13h00 à 16h00. J’ai même ajouté mon drap afin de garder la fraîcheur encore un peu plus. Je désirais vivre une vie retirée, silencieuse, très zen, mais voilà que nous sommes au moins 2 000 personnes. La vie quotidienne est partout pareille : cris des enfants, rires des personnes à voix fortes, klaxons dans la rue et en bruit de fond, la mer. Bord de mer Après le petit déjeuner, je me rends à la mer. Une demi-heure vite passée. Le soleil, le vent et la mer : que ça me fait du bien. Je repense aux jours passés depuis le début de mon voyage. Il me semble que je suis partie depuis des mois, malgré le fait que je ne trouve pas les journées longues. Temple de Kali Je commence à affectionner le temple de Kali même si c’est au 2e plancher que nous retrouvons plusieurs services de l’ashram. Vu que les bruits montent, en bas, je me sens en paix. J’aime cette quiétude et cette dévotion. L’espace est immense et une brise semble toujours y flotter. Une cloche sonne 3 coups : il est 9h45. Amma sera au grand temple où tout le monde peut s’y amasser. Je déménage donc d’endroit. J’ai adoré les chants hier soir. Pendant une heure et demie les gens entonnent avec Amma, des chants plein d’amour et de dévotion. La musique y est excellente. L’orchestre est sur place : tamtam, flute que sais-je encore? Je ne connais pas les instruments indiens mais ici, ils ne faussent pas. Quel délice! Ce matin, Amma pleure car des enfants se trouvent à l’extérieur de l’ashram et ils n’ont pas la permission d’y entrer. Elle nous parle en disant que c’est discriminatoire que les enfants du village en soient exclus. Lorsque nous ferons la méditation, on leur permettra d’entrer. J’ai choisi un endroit d’une rangée seulement le long d’un mur formé par des paravents. Ainsi, je me sens un peu plus libre dans cette immense salle. Elle se remplie peu à peu. Des gens ajoutent des chaises afin de s’approcher plus près d’Amma. Le couloir formé par les chaises s’amenuise avec les chaises ajoutées au bout des rangées. Elle parle un bon trois quart d’heure, ensuite, la méditation d’une demi-heure et à la fin, tout le monde est servi par Amma. Des bénévoles préparent les assiettes et les lui remettent. Guylaine m’a vu debout. Elle vient me rejoindre. Elle voit Marcel dans la file pour se faire servir. Lorsque nous passons près de lui, il achève son assiette. Il ignore qu’il faut attendre que tout le monde soit servi avant de manger. La guru mange la première bouchée et ensuite ses disciples. Je m’avance afin d’être près d’elle pour le darshan (le câlin). Je m’assis donc avec Guylaine près des dames qui font le service et remettent les assiettes à Amma. C’est très performant. Pour servir environ 1500 personnes, ça prendra environ 1h00. Je ne veux pas manger. Deux vieilles indiennes insistent pour que je me serve. Une jeune fille m’explique qu’il faut prendre quelque chose car c’est comme une bénédiction de recevoir mon assiette des mains d’Amma. Bon! Je demande une petite portion. Elle m’a entendu malgré le fait que j’utilise l’anglais. Je retourne à ma place en passant sur les tapis personnels des gens qui se trouvent près d’Amma. Bon! Je voulais manger à l’occidentale. Me voici, la main droite dans mon assiette, riz et sauce mélangés grâce à la dextérité de mes doigts, et oups! Dans la bouche! J’épluche la banane miniature qui glisse à quelques reprises dans mon assiette. Pas évident de travailler avec la main mouillée de sauce. Je donne le « pop corn » à Guylaine. Je mange quelques bouchées et j’ai terminé. Je demande où jeter la balance. La jeune fille derrière moi me répète : jeter. Vous voulez jeter la nourriture. Oui, bien sur, de lui répondre. Elle me pique des yeux assassins. Je ne comprends pas trop. Une autre femme m’explique que je pourrais peut-être le manger au prochain repas. Au prochain repas? Ai-je bien entendu? Cette bouette au prochain repas? En plus, je ne m’étais qu’essuyer les mains avec mon mouchoir propre, lui! Bon! Je repars donc avec mon plat. Je me lève et informe Guylaine que je viens d’atteindre un quota de différences. J’ai les nerfs un peu, beaucoup en boules. On s’en va. Moi avec mon assiette pleine. Je vais rejoindre Pascal à l’extérieur qui a eu la patience de m’attendre une heure de temps, ne sachant pas trop ce que je foutais. Guylaine m’avait suggéré sortir et revenir pour le darshan. Je préférais ne pas manquer ma chance. Me voilà à l’extérieur de l’enceinte de cette salle, pas plus avancé qu’au début de ma décision. J’aimerais recevoir un darshan. Je mange toute mon assiette avec une cuillère. Je me sens plus à l’aise ainsi. J’entends l’animateur qui demande aux personnes qui n’ont pas reçus de câlin, de venir, spécialement les nouveaux arrivés ou les partants! Je saute d’un bond et je m’y rends. Câlin d’Amma C’est toute qu’une expérience (encore une aujourd’hui – je bats des records). Il faut faire la file. Les hommes à gauche, les femmes à droite. Comme dans la salle. Une dame a reçu son câlin et reste hébétée et admiratrice devant moi. Une responsable la prend par les épaules et l’enlève carrément de la lignée. On me demande de déposer mes lunettes dans un panier. De m’essuyer le visage avec un mouchoir que tout le monde s’est essuyé. Je choisis de m’essuyer le visage avec un bout de ma tunique (merci à ma sœur Marie-Pier de m’avoir conseillé de porter l’ensemble tunique pantalon). Une jeune femme s’agenouille avec son bébé. On dépose le bébé sur les genoux d’Amma qui prend la femme d’un bras. La jeune femme pleure. Oups! Une femme responsable enlève le bébé des genoux d’Amma, relève la jeune femme, me pèse sur les épaules pour que je m’agenouille, place ma main droite sur le plancher où se trouve la chaise d’Amma. On me demande en quelle langue je désire qu’elle me parle. Français. Elle me prend par les épaules en regardant un homme qui lui parle et oups! Debout madame, c’est terminée. Une femme me prend la main pour m’y remettre un petit sac brun dans lequel je trouverai un bonbon à l’orange. Ce fut très impersonnel. Je n’ai absolument rien ressenti. Tout qu’un show! Je regarde autour de moi : des gens pleurent, des gens déjà en morceaux bénissent Amma de son soutien! Je suis perdue! Je vais retrouver mes trois comparses. Nous parlons de nos vécus au niveau de l’ashram. Je peux vous dire que c’est loin de mon idéal et de mes attentes. Je réalise que la tolérance est encore au rendez-vous aujourd’hui. Mon voyage en Inde se résume à ça : la tolérance! Rien, rien, rien n’est routinier. Ce que je pense : rien n’est comme ça. J’assume que la méditation ça va être de la méditation : non, Amma parle, pleure et prie. Ensuite, la méditation. Ensuite, la bouffe à toute la gang. Ensuite le darshan… Ça en fais-tu de la différence à mon goût? T O L É R A N C E Raymonde!!!!! Seva J’avais dit, avant de partir, que j’accepterais n’importe quelle tâche qu’on me demanderait d’accomplir. J’entends des chants en écrivant. Ils sont doux et suivis de mantras. Très agréables aux oreilles avec quelques cris des enfants. C’est de la musique à mes oreilles. Bon, je continue! C’est dans notre petit appartement que je vais faire le seva. Je voulais une moppe pour laver notre plancher. Il faut attendre l’ouverture en après-midi. Le mardi, tout est fermé à des heures différentes et parfois même, fermé tout court. Tolérance Raymonde! Je décide donc d’utiliser mes petites culottes « long john » pour laver le plancher. Je passe le balai (24 pouces de long, donc je suis penchée en 4), ensuite je lave le plancher à genoux. Mes petites culottes changent de couleur. Elles passent de blanc à brun pâle et à brun foncé. J’utilise la première eau qui a servi au lavage de notre linge. Je m’en viens récupération pas mal! Je rince avec une eau propre. Mon pacha pendant ce temps, dort bien tranquille sur son grabat à deux étages (ben oui, il s’est déniché un 2e matelas chez Marcel et Guylaine). Je lave le tapis de la salle de bain (il passe de brun à brun pâle). Je suis en lavette. Je n’ose pas utiliser la douche toute propre que je viens juste de terminer. Qu’importe, je me lave! Après tout, c’est moi qui essuierai le tout par la suite. C’est en regardant mon petit apart tout propre que je vous dis… Namaste!

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