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4 février – mercredi - Hôtel Toraja Misiliana

En premier, je désire parler de notre « chez-nous » de cette semaine.  L’endroit hébergeait une rizière à l’origine.  Le propriétaire a acheté 14 hectares de terre afin de construire cet hôtel, qui malgré qu’il n’y ait pas de climatisation, est très agréable et frais.  La douche date des années ’70, mais fonctionne très bien.  Notre cottage était un ancien grenier pour le riz.

Le personnel est très accueillant mais aussi très présent.  À la réception, les gens portent le costume traditionnel.  Qu’importe où nous sommes une paire de yeux suit nos déplacements.  Parfois, c’est un peu gênant, surtout lors du petit déjeuner.  Leurs prénoms français viennent du fait qu’ils sont chrétiens.  Je me disais aussi!

Les jardins sont superbes et très bien entretenus par deux femmes qui y besognent tout la journée. Ce site est idéal pour tous nos déplacements.  On roule de 15 à 20 minutes, selon l’état des chemins, pour visiter les différents endroits offerts par l’agence.  Le WiFi est gratuit mais la connexion ne se fait qu’à la réception.  Une jolie piscine se trouve au centre de ce complexe hôtelier.  Ce matin, j’aurais bien mangé pain, beurre et confiture.  Le beurre non réfrigéré est monté en spirale et goutte plus le fromage que le beurre.  Bon!

Nous débutons notre journée au marché hebdomadaire qui a lieu le mercredi à Ratanpeo soit à environ 12 km de Lemo où nous habitons.  Une autre chance pour nous avec la présence du soleil, une journée de plus.

Ce marché est très coloré de fruits, légumes, articles ménagers, et tout le tralala d’un marché public, mais celui-ci se distingue par la présence des animaux à vendre, surtout des buffles d’eau et des cochons. Et il y a aussi les fameux combats de coq qui demande une préparation du coq qui dure des semaines et parfois des mois, à le masser, afin d’affermir ses chairs pour qu’il gagne.  De petits couteaux sont fixés aux ergots pour s’assurer de la mort du plus faible qui sera mangé sans honneur. Le coq étant très territorial se battra à mort pour évincer le coq ennemi.

Je goutte au langsat, petit fruit local rond de la grosseur d’un gros raisin rouge qui contient un noyau en son centre enveloppé d’une pulpe gélatineuse sucrée et douce.  Ça sera pour notre souper avec les autres fruits et quelques biscuits accompagnés d’un thé Lipton, gracieuseté de la maison. Ce marché dure toute la journée et une partie de la soirée pour ceux qui n’ont pas trop de route à parcourir.  Durant la semaine, seulement les bâtisses permanentes abritent des animaux qui ainsi peuvent restés à l’ombre sans avoir à parcourir la route à nouveau.  Mais aujourd’hui, des milliers de buffles d’eau, de tout âge, au nez perforé pour insérer une immense corde afin de le retenir à la main de son maître, se tiennent là pour être achetés et sans doute finir saignés durant les différentes cérémonies des Torajas.  Ils sont beaux mais combien sanguinaires.  Marcher pieds nus dans le sang des buffles, il faut le faire!

J’apprends que le bambou sert à la fabrication des articles ménagers : transporter du riz, faire des paniers de toutes sortes, des objets de décorations ou utiles dans la cuisine, alors que le rotin sert à tisser des tapis comme ceux posés sous les buffles avant d’être éventrés.  Ils sont résistants et surtout imperméables.  Le toit de notre cottage est en rotin tressé.

Nous reprenons la route pour Kete Kesu, l’un des plus anciens villages de la région où Richard nous explique la forme et la taille des maisons familiales traditionnelles Tonghonan des Torajas. Elles sont faites en forme de bateaux.  Je ne vois tellement de différence avec toutes celles photographiées depuis que nous sommes dans la région.  Selon l’opinion de celui qui la regarde, le toit peut représenter des cornes de buffles et pour l’autre, surtout s’il est marin, il dira qu’il a la forme d’un bateau.  Comme dit Richard : « Ils ont raison tous les deux ».

Ce village serait céleste car les Torajas, selon la légende, seraient descendus du ciel.  Tana Toraja veut dire « Terre des rois célestes ». Cet endroit daterait de 3 000 ans et le toit Tonghonan qui s’élance vers le ciel lui donne une apparence aérienne.  Mais les marins discutent cette version, car on dit que les Bataks et les Torajas, comme mentionné auparavant, origineraient du sud de la Chine, et ce, depuis 5 000 ans.  Naturellement, vu que l’histoire s’est transmise de bouche à oreille, de génération en génération, il est facile de conclure qu’elle a pu subir bien des variantes selon les oreilles qui les écoutaient et les bouches qui les transmettaient.

Ici, le nombre de cornes de buffle correspond aux nombres d’animaux sacrifiés lors des funérailles.  À mieux dire, au statut social du défunt, alors que chez les Bataks, les cornes correspondaient au compte générationnel de la personne décédée, que dis-je, de l’homme décédé.

Richard explique que dans ce village ancien, le chef du village, pour régler un conflit entre deux antagonistes, leur faisait apporter chacun un coq pour qu’ils se battent.  Le coq gagnant donnait raison à l’une des deux personnes, coupable ou pas.  Ainsi était la cours de justice de ces temps anciens Toraja.  Aujourd’hui, le combat de coq se fait strictement parce que c’est payant pour le gagnant.

Un jeune homme assis près de nous regarde nos allées et venues.  Je demande à Richard pourquoi il n’est pas à l’école.  Ici, primaire et secondaire sont obligatoires, donc l’enfant va à l’école jusqu’à 12 ou 13 ans, et c’est une éducation publique offerte par le gouvernement.  Si les parents n’ont pas de sous pour l’envoyer au collège, alors il cherche un emploi ou quitte son village pour aller travailler ailleurs.  C’est comme l’exode de nos jeunes vers les grandes villes.  Beaucoup de jeunes quittent pour Singapour, Hong Kong ou pour travailler sur les bateaux, car c’est très payant. Je ne parle pas de filles car ça serait trop long et ma frustration ne serait qu’augmentée à ce sujet! Devinez pour les filles???? Bon!

Les grottes de Londa où là aussi les Tau-Tau (poupée à l’effigie des morts) trônent sur un balcon à la devanture d’une grotte du village visité.

Les morts ne sont pas enterrés mais placés à l’intérieure de la grotte, enveloppés dans un tissus ou placés dans un cercueil pour être transportés au cœur de la grotte. Plusieurs tombeaux datent d’une centaine d’années, mais à l’intérieur, on peut voir des corps récents enveloppés ainsi. Ici, les gens disent de la personne décédée, qu’elle est malade jusqu’à ce que ses funérailles aient lieu : alors, ils disent, elle est décédée. Ces cercueils remplis et entassés profondément à l’intérieur donnent un peu de frissons à cotoyer ces crânes et ces ossements pêle-mêle. Des crânes à l'entrée de la grotte surveillent les nouveaux venus avec des yeux ronds et sans expression!

Il est 14h00 et nous dînons à Rantapeo.  Nous sommes fatigués.  J’avise Richard que nous terminons notre journée par ce dîner.  Nous voulons rentrés pour prendre le temps de visiter le site où nous sommes, se baigner, et ce soir, je me fais masser par la cuisinière qui trouve que mes épaules sont trop rigides.  Eh! Bien, ça va pour 19h00 et pour 15$ pour une heure, rien à perdre ma Raymonde!

Nous réalisons qu’à partir de 15h00, le ciel commence par se couvrir, ensuite les nuages s’ajoutent à un rythme continu jusqu’à 16h00 pour ensuite nous menacer de pluie.  Elle annonce sa présence par un tonnerre qui gronde et aujourd’hui, j’ai vu ma première boule de feu qui précède l’éclair.  C’est quelque chose.  Les deux dames qui travaillent dans le jardin ont criées et courues se mettent à l’abri.  Ça duré une heure : temps de repos pour mon homme et relaxation pour moi en triant mes photos de la journée.

Une vieille dame s’abrite d’un parapluie naturel : une feuille de palmier à l’envers.  Sa bouche tachée de bétel sourit à dents espacés et non à pleine dents ! Elle est amusante la madame !

3 février, mardi, Lemo, Sulawesi - Hôtel Toraja Misiliana

La journée débute par un réveil un peu plus tardif : 07h30 – 08h00 qui se fait tout naturellement.  Nous quitterons à 09h00 après le petit déjeuner à notre Hôtel Misiliana à Lemo.  Rantepao est un peu plus au nord. Je dirais une quinzaine de minutes, soit 12 km de distance entre les deux. Je prépare notre linge à faire laver pour environ 25$.  C’est très raisonnable comme prix comparé à ceux dans les grands hôtels où nous avons séjourné.

Ce  matin, je découvre le jus de tamarella.  Un fruit oblongue qui possède un intérieur semblable à la tomate, mais en plus ferme, pas plus gros qu’un petit avocat.  On le coupe en deux et on retire la pulpe et les pépins avec une petite cuillère.  J’ai choisi de boire le jus frais extrait ce matin.  De couleur rouge vin, le goût est légèrement amer.  Petrus, Pierre ou Peter, comme il me défile son prénom dans ces trois langues, m’assure qu’il est générateur de vitamine C très concentré.  Chin, chin calcium! Allain avec deux « l » est plus discret et écoute une joute qui se dispute à la télé.

Ensuite, vient le fruit de la passion qui a la forme et la grosseur d’une lime. L’intérieur est habité d’une multitude de pépins enrobés d’une chaire molle délicieuse et sucrée.

Une petite omelette baveuse accompagnée d’une rôtie grillée seulement d’un côté (ici, c’est comme ça), d’un peu de confiture d’ananas, papaye et melon miel, et mon petit déjeuner est terminé.  Le café est très noir mais il est loin d’être fort.  Il est, disons, buvable. Une tasse suffit!

Que nous réserve cette journée ensoleillée!  Mais oui! La météo annonce une journée jouant dans les 30oC à 32oC.  On verra bien!

Richard débute notre journée en nous résumant son pays.  Sulawesi compte 15 millions d'habitants qui parlent près de 40 langues, et les trois ethnies aux cultures parmi les plus fascinantes de l'archipel indonésien sont les Torajas, les Bugis et les Makassars.  Les Bataks de Sumatra et les Torajas d’ici seraient originaires de Chine et possèdent les mêmes descendants.  Ce que nous avaient effectivement parlé Effendi.

Richard nous résume l’horaire d’aujourd’hui : voir les différentes maisons Toraja et leurs symboles et la manière qu’elles sont construites, arrêter voir l’arbre où des corps d’enfants décédés, il y a une trentaine d’années, sont insérés au creux d’un arbre tara et si nous sommes chanceux, assister à des funérailles.  Il s’est informé ce matin, mais personne ne savait s’il y avait eu un décès dans les derniers jours.

Dans cette région, dont les paysages sont constitués de rizières en terrasses, les vivants honorent leurs défunts par des cérémonies funéraires qui ont fait, en quelque sorte, la réputation du Tana Toraja (Terre des Rois Célestes).  Elles sont les plus fastueuses d’Indonésie. C’est ce que j’avais lu! Comment est-ce possible?

Nous prenons la route pour monter admirer les maisons de construction Toraja.  En route, Richard arrête un camion plein de monde afin de savoir s’il y a une funéraire aujourd’hui.  Ce peuple Toraja est réputé pour ses funérailles exceptionnelles basées sur des rituels animistes.  Non, on ne pense pas qu’il y ait des funérailles.  Rashni bifurque pour prendre un petit chemin de vache qui nous amènera au site désiré.  Ah! Mais, que voyons-nous?  Des funérailles prennent place.  Nous descendons de la voiture pour aller voir ce qui se passe.

Quatre buffles, encore tout chauds, viennent d’être égorgés au beau milieu de la route.  Le sang fut recueilli, mais la balance qui s’écoule de leurs corps, descend la route pour coaguler en chemin.

Des hommes équipés de couteaux énormes, de machettes et d’autres outils qui servent à découper l’animal, en enlevant la peau en premier qui est récupérée pour en faire des articles utiles.  Un autre homme enlève les deux fesses de manière chirurgicale.  Vraiment! Pas une goutte de sang.  Seulement un trou béant où apparaît une graisse blanche.  On ne dirait jamais qu’il y avait eu une fesse à cet endroit.  Un autre, coupe les sabots, un autre la queue et un autre sépare la peau de la chair au niveau de la tête, mais ne la garde attachée au corps.

Il en est ainsi du corps des quatre buffles d’âge différent.  On peut dire l’âge à la grosseur et la longueur des cornes.

Au début, seulement les membres de la famille étaient là avec certains villageois.  À mesure que l’heure avance, des européens et des américains s’ajoutent au groupe.

Étant Toraja lui-même ainsi que Rashni, il nous rassure en nous disant que les Toraja sont sortis de leur long isolement que depuis le début du siècle dernier, et aujourd’hui encore, adhèrent à leurs anciennes croyances, rites et traditions, bien que beaucoup de ces gens soient modernisés ou ont embrassé le christianisme.

Une fois le choc passé de voir cet amas de chair étendue sur la route où le peuple et touristes mélangés regardent avec différentes expressions sur le visage, je me calme et décide de participer dans le sens de comprendre, questionner et apprendre d’eux.

Ces cérémonies funéraires élaborées et complexes s'accompagnent de sacrifices de buffles et de cochon.  Aujourd’hui cinq cochons furent ficelés comme des boudins à une tige de bambou afin de les retenir de la tête au pied, prêt à être égorgés à leur tour. Ils seront sacrifiés après que les buffles soient dépecés et les morceaux distribués aux familles assises dans une habitation temporaire construite exprès pour ces funérailles. Des numéros indiquent où chaque famille prendra place afin de faire cuire le morceau qui lui est attribué, selon le rang, l’importance soit dans le village ou au sein de la famille.  Il semble y avoir une variété de raisons qui accompagne cette distribution.  Je me demande bien qu’elle famille aura les « t…….. » et pourquoi? Bon!

Suivant la classe sociale du défunt, plusieurs buffles seront sacrifiés pour permettre à l'âme du mort de s'échapper, des prières, des festins et des danses, et les processions peuvent s’étaler souvent sur plus de 5 jours et impliquer des villages entiers.  Les défunts sont ensuite placés dans une niche creusée dans la roche et gardée par des effigies en bois, des Tau Tau prononcées Tao Tao, à moins que la sépulture ne soit suspendue à flanc de colline ou dans un arbre. Tout dépend de la richesse de la personne décédée.  Ici, on ne sait pas! Naturellement, les autres ethnies musulmanes, choisissent d’être soit enterrées ou d’avoir un mausolée.

Ce ne sont pas seulement des moments de deuil, mais des événements pour renouveler les liens familiaux et veiller à ce que l’unité continue entre les villages et les communautés.  Les familles s'endettent parfois pour des générations à construire les nombreux pavillons provisoires qui accueilleront les centaines d'invités venus de tout l'archipel. Nos photos vous aideront à comprendre ce que nous avons vécu avec émotion mélangée de curiosités un peu morbides.

À mesure que se déroule la cérémonie, le dépeçage, la procession des familles nommées à se présenter dans la maison funéraire, les enfants jouent et rient et demandent à être photographiés.  Ils sont mignons comme tout dans cette innocence de la vie et de la mort.

Richard commente souvent ce qui se passe.  Depuis la venue des Hollandais, beaucoup de changements furent apportés par les Toraja dans leurs croyances, mais le rituel funéraire demeure ancestral et est célébré comme dans le temps des Anciens mais avec moins de vaste.

Pour certaines raisons d’économie, il est possible que les morts ne soient pas enterrés immédiatement, mais soient conservés pendant des mois, parfois pendant des années, dans la maison ancestrale jusqu’à ce que temps et argent le permettent afin d’offrir des funérailles convenables.

La personne décédée était âgée début soixantaine et ce sont ses reins qui ont lâchés.  Un jeune homme originaire d’Atlanta, USA, habite ici à Lemo depuis un an.  Le décédé était son voisin.  Il est ici avec sa compagne et une fille est née, Abigail, à Jakarta.  Ils demeurent à Sulawesi pour une autre année.  Il semble servir de guide non officiel pour s’amasser des sous.

Les Bugi et les Makassar, étant de pratique musulmane, enterrent leur mort le jour même.  D’autres cérémonies ont lieu aussi lors des naissances, des mariages, des récoltes, pour célébrer la vie.  Là aussi, le sacrifice d’animaux est pratiqué.  Ce sont des sacrés fêtards ces Toraja!

Le rituel de la cérémonie funéraire semble vouloir prendre une autre tangente selon notre guide.  Les jeunes d’aujourd’hui ne veulent plus que cette cérémonie soit basée seulement sur le respect des aînés, du chef du village ou du plus noble.  Ils veulent avoir les mêmes égards pourvu qu’ils aient les moyens de payer même s’ils n’y a aucune noblesse dans la famille. De cette manière, le prestige devient accessible à tous dans ces moments de reconnaissance sociale.  Il y a toujours eu une certaine forme de compétions dans ces rituels funéraires, mais c’était le pouvoir de la noblesse qui l’emportait sur la majorité.  Aujourd’hui, c’est le pouvoir de l’argent.

Dans l’ordre des processions, les femmes habillées de costumes identiques sont celles qui préparent le thé, offrent les biscuits et s’occupent du service offert à la famille et aux invités.  Le chef du village, souvent l’homme le plus âgé, ouvre la marche avec son bâton de pèlerin.

Restant dans le même ordre d’idée, nous marchons pour nous rendre sur un site funéraire ou nous découvrons les Tau Tau, ces effigies grandeur nature, qui se tiennent debout dans une rangée, sur un balcon, avec le visage du mort gravé dans un masque afin de le reconnaître parmi les autres Tau Tau.  Ils regardent sans les voir les champs de riz à leurs pieds.  Ça prend quand même un bon 6 à 7 mois pour creuser, dans la pierre, une niche de 3 m x 4 m.  Les Torajas appellent cette niche « la  maison sans fumée » alors que la maison vivante, est celle avec de la fumée donc avec des activités quotidiennes.

Richard nous parle que l’âme monte dans l’astral lors du décès et que les sacrifices permettent ainsi à l’âme de s’élever au-dessus de l’astral.  Plus le nombre d’animaux sacrifiés est important, plus l’âme s’élève rapidement.  Pauvre pauvres, va! Lorsque les parents ne peuvent payer les funéraires, ce sont les enfants qui prennent la relève. Chaque village a ses propres grottes.

Nous traversons des rizières à pied sous un soleil de plomb d’au moins 30oC et plus et il est midi.  Il fait drôlement chaud.  Vite l’ombre pour quelques minutes.  La culture de la patate douce se mélange à celle du maïs dans les jardins familiaux.  La feuille nourrit les cochons.  Dans un arbre, nous pouvons voir le fruit panghi.  Son écorce séché sert à épicer des mets (pamarasan), son noyau séché donne une noix succulente et le fruit est énorme et délicieux!  Pratique cet immense fruit! Richard reconnaît s’il est prêt à être récolté, juste à l’odeur.

Nous allons maintenant visiter l’arbre-tombes de bébés décédés.  C’est un immense tara dans lequel furent creusés la tombe pour ces bébés décédés.  Le Toraja disait que l’enfant était nourri par le centre de l’arbre car sa sève ressemble à du lait et ainsi l’arbre se développera autour des corps morts, leur donnant ainsi une autre forme de vie.   Mais les Hollandais ont coupé court à ce rituel, qui selon eux, était inapproprié. Le trou sont bouchés par des feuilles de bambou qui une fois séché adhérent à l’arbre.  Pascal et moi saluons notre Kira d’amour. Il n’existe que trois arbres comme ça dans la région des Torajas.

C’est là que j’achète mes premiers souvenirs à Vicky et à Valérie.  Du bambou sculpté pour enfermer les gousses de vanille et un autre pour y entreposer 5 épices cueillies ici : cardamone, poivre, clous de girofle, anis étoilée et des noix de muscade.  Ils sont jolis comme tout.

Nous dînons au resto Panorama.  Nous n’avons pas d’appétit.  À chaque jour, nous diminuons beaucoup nos portions. La chaleur nous affecte beaucoup et à 16h00, nous désirons rentrer « à la maison », car nous sommes au Misiliana pour 5 nuits.

Nous avons jasé avec des Alsaciens déménagés, depuis 8 ans, dans la région de Marseille, en Ardèche, car la dame a des problèmes de respiration.  Ils voyagent désormais comme nous : guide et chauffeur privés.

Nous quittons pour aller voir d’autres maisons Toraja au village Ke’te Kesu où une rangée de tongkoman joliment décorées – maisons ancestrales – et les granges de riz (Toraja alang) se côtoient dans un site de verdure et de rizières.  C’est la maison typique dont le toit en forme de selle, rappelle les cornes de buffle.  Les murs des maisons sont joliment décorés avec des motifs abstraits et géométriques de couleurs noir, rouge et blanc.

Nous n’osons le dire à Richard, mais la fatigue a gagné sur l’intérêt.  Nous prenons quelques photos et c’est là qu’il s’aperçoit que nous ne posons plus de question.  Allez, hop, à la maison!  Oui, oui, oui…Il sourit et se retourne.  Discret notre Richard et attentif notre Rashni.  Il m’enseigne des mots indonésiens lorsque je décide de rester dans la voiture pendant que Pascal descend capter des images indonésiennes. Ah! Mon beau Rashni Guichard!

Aussitôt arrivés, on s’est couché.  Pascal dort encore à 20h00 alors que je me suis levé pour accueillir nos vêtements propres qui viennent d’être livrés à 17h00.  Super!

Bizzzz xxx

 

Pst : à 15h00 le ciel se couvre.  Je demande la traduction du mot pluie : hunan je crois… il me faudra vérifier.  16h00 pile : elle tombe pour nous ramener un peu de fraîcheur. Elle tambourine au rythme des mots tapés sur le clavier.

 

2 février 2015 - Lundi - Toraja, Sulawesi - Hôtel Toraja Misiliana

De notre chambre, les tours des mosquées se mélangent aux tours des grues qui invitent Makassar à se développer en modernité. Ici, les bémos sont bleus et ils semblent vouloir s’harmoniser avec la mer tout à côté.

Ce matin, je vais essayer le bubur manado, car j’ai promis au serveur qui m’offrait de l’essayer hier matin, d’y goûter, comme il dit si bien : « May be tomorrow ».  Je m’aventure donc vers l’expérience du bubur manado.  Il fait bouillir de l’eau et à ébullition, il ajoute du riz déjà cuit et une autre préparation de maïs, en bouillie aussi.  Il brasse bien afin d’enlever les grumeaux et ajoute des feuilles genre épinard, d’autres feuilles sur tige un peu comme le boy choy mais en plus chétif et enfin deux assaisonnements.  Surprise! Une fois assise, je sens le mets.  Ce qui a été rajouté comme assaisonnements : du poisson effiloché et du piment rouge hyper fort (antiseptique naturel, je vous le jure).  Bon!  Je mange tout autour et mets de côté les deux horreurs.  Je soupçonne la présence de noix de coco dans le lequel le riz aurait cuit.  C’est délicieux et délicat!

Nous partons ce matin pour rencontrer les fameux Torajas, une des trois tribus débarquées en Indonésie.  Nous aurons environ 8h00 de route.  On est parti!

Il a plu une bonne partie de la nuit et ce matin, ça continue.  Nous serons en voiture la grande partie de la journée! Alors! Risal nous fait passer par le port où sont accostés une panoplie de bateaux dont plusieurs en bois « luper »  fabriqués ici, à Sulewasi.  Le bois teck sert pour l’intérieur seulement.

Situé au nord de Makassar, le port Paotere est le port de pêche traditionnel de la ville, avec ses grands voiliers Bugis (appelés Phinisi) de toutes les tailles et toutes les couleurs amarrés de toutes parts. Bien qu’étant pour la plupart motorisés, les pêcheurs utilisent quand même toujours les voiles des bateaux pour naviguer.

La vie quotidienne débute tôt à Makassar.  Il est à peine 08h00, et le quartier du port de mer est déjà bien avancé dans ses habitudes : la soupe fume sous la pluie, les becaks attendent le soleil pour circuler, les motos, comme toujours, se faufilent entre les voitures et les camions faisant fi des lois les plus élémentaires de courtoisie : à chacun pour soi!  Mais, pas besoin de feux de circulation.  Chacun semble savoir jusqu’où la courtoisie peut aller.  Je pense que la grosseur du véhicule détermine la préséance dans la circulation.

Le « becak », ce moyen de locomotion si emblématique

Le « becak » est un cyclo-pousse à 3 roues qui est très utilisé pour les petits trajets en ville. Le conducteur est placé à l’arrière et les passagers devant lui, leur laissant le champ libre pour admirer le paysage. Ils arborent des couleurs vives et sont équipés de klaxons si chers aux Indonésiens !  Il faut négocier le prix avant de monter à bord. Parfois il est équipé d'une moto plutôt que d'un vélo: beaucoup moins fatiguant.

Nous arrêtons une demi-heure au garage Dunlop car Rashni a une crevaison qui demande à être réparée.  Il a été brisé à l’hôtel hier.  Ils ont trouvé deux grands clous responsables de la déception de mon beau Rashni.  Les filles, tout comme moi, vous allez penser, en le voyant au beau chanteur français, Daniel Guichard qui chante si bien « La tendresse ».  Aujourd’hui, ce tube a été remplacé par « Mon vieux » écrit en l’honneur de son père.  Bon!

 

Sulawesi anciennement (Célèbes) se déploie comme une orchidée. Il suffit de regarder sa forme pour comprendre qu'ici, entre criques et montagnes, la mer est partout. Elle regorge de merveilles naturelles.

Les nuages accrochés aux montagnes descendent pour étendre leur brume sur les rizières.  De toute beauté!  Il ne pleut presque plus déjà, après seulement une heure de route.

L'ensemble est très montagneux, avec des massifs qui culminent à plus de 3500 mètres et des hauts plateaux perchés à plus de 500 mètres, mais seul les extrémités nord-est et sud-ouest sont volcaniques. C'est le pays des pirates Bugis et Makassars, qui jadis surveillaient la route des épices entre Sulawesi et les îles Moluques.

 

Vers 11h20, Richard nous arrête pour nous montrer les étales de poissons séchés et salés. Plusieurs sortes dont j’espère vous parlera, car je n’ai capté que quelques noms : carpe, un genre barracuda, pis!!!

Les cultures spécifiques des différents groupes ethniques de Sulawesi sont toutes intéressantes mais ce sont tout particulièrement les Torajas de Sulawesi qui attisent notre curiosité. Elles se caractérisent par de fastueuses cérémonies funéraires et également par une architecture traditionnelle (le tongkonan, maison sur pilotis) d'une grande beauté. Nous en prenons en photos tout le long de la route et du voyage qui dure toute la journée.

 

Bien protégé au-delà des hautes montagnes et falaises de granit escarpées des hautes terres centrales de l’île, les Torajas y vivent dans les vallées qui sont luxuriante avec des rizières en terrasses vertes et les plantations de café fertiles.  Les autres agriculteurs de la région vivent de légumes et fruits vendus dans des kiosques comme ma famille le faisait en vendant des bleuets et des fraises.

La route de Makassar à Toraja longe la côte pour environ 130 km, puis frappe les montagnes. Après l’entrée de Tana Toraja dans le village de Mebali on découvre un paysage majestueux de géants, granites gris et pierres bleu et des montagnes qui forment un contraste saisissant avec le vert vif des paysages fertiles, pluviales terrasses et le l’oranger du sol tropical. C’est Tana Toraja, une des zones les plus splendides en Indonésie. Nous roulerons environ 308 km en 8h00.  Ça vous donne une idée de l’état de la route et ses serpentins!

 

Plus on se déplace vers les hauts plateaux, plus je suis impressionnée par la beauté spectaculaire de la nature et de la manière que vivent ces communautés isolées dans une structure familiale et sociale d’entraide.

Ici, la noblesse de Toraja est considérée comme les descendants des êtres célestes qui étaient descendus par un escalier céleste pour vivre ici sur terre dans ce beau paysage.

Nous arrêtons dîner à Pare Pare au resto hôtel Bukit Kenari où il semble y avoir des concours de karaoke.  Je demande s’il est possible d’ouvrir une fenêtre afin d’avoir un peu d’air.  Un employé vient « enlever » la fenêtre au complet.  Une brise entre en trompe et nous rafraîchit d’un seul coup.  Nous sommes au bord de la mer de Makassar. Comme dirait ma belle Valérie : « Que c’est beau! ».

 

C’est la journée des expériences nouvelles en cuisine.  J’opte pour le gado gado recommandé par notre Ana de l’agence Takah Tika.  Je vais lui répondre que c’est fait.  Ce sont des légumes, qu’une fois cuits, sont versés dans une sauce aux arachides en morceaux.  Vraiment délicieux! C’est accompagné d’un œuf à la coque.

Nous passons, Enrekang, Makale dans les Highlands Toraja qui sont des villes entourées par des falaises rocheuses volcaniques étonnantes. Photos, photos, photos! Quelles beautés exotiques et sauvages en même temps.

 

Richard nous arrête pour acheter des fruits : salak (litchi échevelé) 1kg pour 1$, des clémentines pas tellement sucrées mais très juteuses 0,50$ pour 10, des fruits serpents 1 kg pour 0,50$.  Ben oui!  Je laisse un pourboire à la dame qui sourie de surprise.  Elle est belle l’agricultrice. Nous voyons des pamplemousses gros comme des citrouilles moyennes.  Vraiment!

Notre appartement, pour les 5 nuits ici, est quand même assez grand équipé d’une armoire comme j’aimerais que mon frère Laval me construise.  Je promets de m’en occuper à mon retour.  J’ai défait ma valise pour la première fois en 15 jours.  Demain, je fais laver notre linge, vu qu’il va faire beau, car on est arrivé! Je place mes vêtements et mes affaires afin de les rafraîchir durant ces jours sur place.

 

Pour une journée sur la route, j’en avais à raconter! Ce voyage est fascinant de part ses différences.  Chaque région nous offre des spécificités particulières : Sumatra, les ourangs-outans et les Bataks entre autre, l’Île de Samosir pour sa présence au cœur du lac Toba, Java pour ses temples, Sulawesi pour les Torajas et leurs cultures si particulières.

Je me rends au lobby pour envoyer mon message et me coucher.  Je suis crevée par toute cette route qui a fait subir à mes fesses une demande de repos allongé.

Selamat tidur! Xxx

 



















1er février 2015 - Dimanche - Makassar (Sulawesi)

Ce matin, au petit déjeuner, une fille de 8-9 ans se déplaçait en patins dans le restaurant accompagnée de sa soeur plus âgée. Ses parents ont quitté en leur demandant de rester sages. Je me demande bien pourquoi? Je suppose, à voir le visage de la femme, qu'elle a un devoir à accomplir auprès de son mari. Car, son conjoint après s'être adressé à elle, elle a bu son verre de lait d'un trait, a baissé la tête, lui a donné une pilule qu'il s'est empressé de mettre dans sa bouche et ils ont quitté rapidement. Bon!

L'hôtel Santika est tout près de la mer. Notre choix s'est arrêté ici parce que l'île de Célèbes (Sulawesi) est une vrai diversité culturelle et ethnique. Avec une population de 15 millions d'habitants, Sulawesi comprend plusieurs dizaines d'ethnies parlant plus de 40 langues et une bonne centaine de dialectes. Les principales ethnies sont les Makassars, les Torajas, Les Bugis ou les Gorontalos. Jadis, les pirates des côtes ouest parcouraient la route des épices entre Sulawesi et les îles Moluques.

Ujung Pandang (Makassar), basé à la pointe de Sulawesi sud en est la capitale. Trépidante, si on la compare au reste de l'île, elle reste tout de même paisible pour une ville indonésienne. Situé au bord de la mer, le port maritime de la ville reste florissant et on trouve de nombreux villages de pécheurs tout le long des côtes de la région. Ce que nous pourrons constater tout le long de notre séjour sur l'Île.

Le guide Risal et le chauffeur Rashni m'ont fait bonne impression. Je mentionne que je veux visiter le fort Rotterdam, vestige Hollandais réputé ainsi que le port pour admirer les bateaux des pêcheurs. Il suggère que demain, avant de quitter la ville, nous pourrions les visiter avec eux, en voiture! Super prévenant notre Risal!

Je mets ces sites internet pour les personnes, qui comme moi, aime l'histoire sous "roi actuel" et Hamengkubuwono.

Bon résumé au sujet du roi actuel et de son rôle de sultan. Hamengkubuwono X est né en 1946 et fut couronné roi en 1989, à la mort de son père Hamengkubuwono IX qui a signé l’indépendance de l’Indonésie en août 1945.

Et pour les amoureux de l’histoire, voici mon site favori qui résume bien le déroulement des échelons indonésiens qui ont amenés le pays à l’indépendance

Il me faut parler du café kopi luwak. Il est récolté dans les excréments d’une civette (animal) asiatique qui est élevée en Indonésie, uniquement pour cette raison. L’animal consomme les cerises du caféier, digère leur pulpe mais pas leur noyau qui se retrouve dans ses excréments. Son système de digestion fait subir une transformation bénéfique aux arômes des grains de café. Ce café vaut parfois plus de 1 000$ US le kg.

Cet pm, je suis sortie en exploratrice.  Une fois dehors, le chaleur me surprend.  Je m'informe à un Dunkin Donuts pour savoir dans quelle direction marcher jusqu'à la mer.  Des familles déambulent avec des enfants qui ne demandent qu'à grimper, à courir et à rire.  C'est dimanche!  Un chapelet de petites échoppes de nourriture s'étirent le long de la mer.  Des odeurs d'ail, de fritures, de fruits et de cigarettes se mélangent en un effluve exotique qui sent l'ailleurs à mon odorat québécois.

Je prends quelques photos et après 1h00 de chaleur, je décide de revenir à l'hôtel.  Des jeunes hommes m'accostent afin de me questionner en anglais.  Un film avec une caméra quand même de qualité et l'autre m'interview.  Il se sent dit très nerveux, mais à son école, ce devoir sera très apprécié.  Les questions restent les mêmes que par les jours passés où je me suis aussi prêtée à répondre, en anglais, à ces jeunes garçons ou filles, qui d'un sérieux assez impressionnant, cherchent leurs mots en anglais tout en restant le plus naturel possible.

L'eau coule le long de mon échine.  Je décide de cesser l'entrevue et de leur souhaiter bonne chance après 15 minutes à l'ombre.  Malgré cette position, je transpire beaucoup.  Une fois à l'hôtel, je vérifie: 30oC à 18h20.  Ouf!  Je me disais aussi!

Quelques photos de ce dimanche d'échanges avec des gens super sympathiques.  Ils me prennent en photo et je leur demande la même chose pour mes souvenirs sur ma caméra.  Ils sont souvent très sérieux pour la photo.  Un peu comme nos grands-parents sur les photos qui ont marquées notre génération.

En revenant, je prends une photo du Colonel Sanders.  Pascal en voyant mes photos, me demande si on peut aller souper chez Kentucky.  Bien sûr!  Un peu de friture après 15 jours de nourritures à base de riz, d'épices et de légumes apporte une petite douceur de chez-nous!

Selamat malang!