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3 février, mardi, Lemo, Sulawesi - Hôtel Toraja Misiliana

La journée débute par un réveil un peu plus tardif : 07h30 – 08h00 qui se fait tout naturellement.  Nous quitterons à 09h00 après le petit déjeuner à notre Hôtel Misiliana à Lemo.  Rantepao est un peu plus au nord. Je dirais une quinzaine de minutes, soit 12 km de distance entre les deux. Je prépare notre linge à faire laver pour environ 25$.  C’est très raisonnable comme prix comparé à ceux dans les grands hôtels où nous avons séjourné.

Ce  matin, je découvre le jus de tamarella.  Un fruit oblongue qui possède un intérieur semblable à la tomate, mais en plus ferme, pas plus gros qu’un petit avocat.  On le coupe en deux et on retire la pulpe et les pépins avec une petite cuillère.  J’ai choisi de boire le jus frais extrait ce matin.  De couleur rouge vin, le goût est légèrement amer.  Petrus, Pierre ou Peter, comme il me défile son prénom dans ces trois langues, m’assure qu’il est générateur de vitamine C très concentré.  Chin, chin calcium! Allain avec deux « l » est plus discret et écoute une joute qui se dispute à la télé.

Ensuite, vient le fruit de la passion qui a la forme et la grosseur d’une lime. L’intérieur est habité d’une multitude de pépins enrobés d’une chaire molle délicieuse et sucrée.

Une petite omelette baveuse accompagnée d’une rôtie grillée seulement d’un côté (ici, c’est comme ça), d’un peu de confiture d’ananas, papaye et melon miel, et mon petit déjeuner est terminé.  Le café est très noir mais il est loin d’être fort.  Il est, disons, buvable. Une tasse suffit!

Que nous réserve cette journée ensoleillée!  Mais oui! La météo annonce une journée jouant dans les 30oC à 32oC.  On verra bien!

Richard débute notre journée en nous résumant son pays.  Sulawesi compte 15 millions d'habitants qui parlent près de 40 langues, et les trois ethnies aux cultures parmi les plus fascinantes de l'archipel indonésien sont les Torajas, les Bugis et les Makassars.  Les Bataks de Sumatra et les Torajas d’ici seraient originaires de Chine et possèdent les mêmes descendants.  Ce que nous avaient effectivement parlé Effendi.

Richard nous résume l’horaire d’aujourd’hui : voir les différentes maisons Toraja et leurs symboles et la manière qu’elles sont construites, arrêter voir l’arbre où des corps d’enfants décédés, il y a une trentaine d’années, sont insérés au creux d’un arbre tara et si nous sommes chanceux, assister à des funérailles.  Il s’est informé ce matin, mais personne ne savait s’il y avait eu un décès dans les derniers jours.

Dans cette région, dont les paysages sont constitués de rizières en terrasses, les vivants honorent leurs défunts par des cérémonies funéraires qui ont fait, en quelque sorte, la réputation du Tana Toraja (Terre des Rois Célestes).  Elles sont les plus fastueuses d’Indonésie. C’est ce que j’avais lu! Comment est-ce possible?

Nous prenons la route pour monter admirer les maisons de construction Toraja.  En route, Richard arrête un camion plein de monde afin de savoir s’il y a une funéraire aujourd’hui.  Ce peuple Toraja est réputé pour ses funérailles exceptionnelles basées sur des rituels animistes.  Non, on ne pense pas qu’il y ait des funérailles.  Rashni bifurque pour prendre un petit chemin de vache qui nous amènera au site désiré.  Ah! Mais, que voyons-nous?  Des funérailles prennent place.  Nous descendons de la voiture pour aller voir ce qui se passe.

Quatre buffles, encore tout chauds, viennent d’être égorgés au beau milieu de la route.  Le sang fut recueilli, mais la balance qui s’écoule de leurs corps, descend la route pour coaguler en chemin.

Des hommes équipés de couteaux énormes, de machettes et d’autres outils qui servent à découper l’animal, en enlevant la peau en premier qui est récupérée pour en faire des articles utiles.  Un autre homme enlève les deux fesses de manière chirurgicale.  Vraiment! Pas une goutte de sang.  Seulement un trou béant où apparaît une graisse blanche.  On ne dirait jamais qu’il y avait eu une fesse à cet endroit.  Un autre, coupe les sabots, un autre la queue et un autre sépare la peau de la chair au niveau de la tête, mais ne la garde attachée au corps.

Il en est ainsi du corps des quatre buffles d’âge différent.  On peut dire l’âge à la grosseur et la longueur des cornes.

Au début, seulement les membres de la famille étaient là avec certains villageois.  À mesure que l’heure avance, des européens et des américains s’ajoutent au groupe.

Étant Toraja lui-même ainsi que Rashni, il nous rassure en nous disant que les Toraja sont sortis de leur long isolement que depuis le début du siècle dernier, et aujourd’hui encore, adhèrent à leurs anciennes croyances, rites et traditions, bien que beaucoup de ces gens soient modernisés ou ont embrassé le christianisme.

Une fois le choc passé de voir cet amas de chair étendue sur la route où le peuple et touristes mélangés regardent avec différentes expressions sur le visage, je me calme et décide de participer dans le sens de comprendre, questionner et apprendre d’eux.

Ces cérémonies funéraires élaborées et complexes s'accompagnent de sacrifices de buffles et de cochon.  Aujourd’hui cinq cochons furent ficelés comme des boudins à une tige de bambou afin de les retenir de la tête au pied, prêt à être égorgés à leur tour. Ils seront sacrifiés après que les buffles soient dépecés et les morceaux distribués aux familles assises dans une habitation temporaire construite exprès pour ces funérailles. Des numéros indiquent où chaque famille prendra place afin de faire cuire le morceau qui lui est attribué, selon le rang, l’importance soit dans le village ou au sein de la famille.  Il semble y avoir une variété de raisons qui accompagne cette distribution.  Je me demande bien qu’elle famille aura les « t…….. » et pourquoi? Bon!

Suivant la classe sociale du défunt, plusieurs buffles seront sacrifiés pour permettre à l'âme du mort de s'échapper, des prières, des festins et des danses, et les processions peuvent s’étaler souvent sur plus de 5 jours et impliquer des villages entiers.  Les défunts sont ensuite placés dans une niche creusée dans la roche et gardée par des effigies en bois, des Tau Tau prononcées Tao Tao, à moins que la sépulture ne soit suspendue à flanc de colline ou dans un arbre. Tout dépend de la richesse de la personne décédée.  Ici, on ne sait pas! Naturellement, les autres ethnies musulmanes, choisissent d’être soit enterrées ou d’avoir un mausolée.

Ce ne sont pas seulement des moments de deuil, mais des événements pour renouveler les liens familiaux et veiller à ce que l’unité continue entre les villages et les communautés.  Les familles s'endettent parfois pour des générations à construire les nombreux pavillons provisoires qui accueilleront les centaines d'invités venus de tout l'archipel. Nos photos vous aideront à comprendre ce que nous avons vécu avec émotion mélangée de curiosités un peu morbides.

À mesure que se déroule la cérémonie, le dépeçage, la procession des familles nommées à se présenter dans la maison funéraire, les enfants jouent et rient et demandent à être photographiés.  Ils sont mignons comme tout dans cette innocence de la vie et de la mort.

Richard commente souvent ce qui se passe.  Depuis la venue des Hollandais, beaucoup de changements furent apportés par les Toraja dans leurs croyances, mais le rituel funéraire demeure ancestral et est célébré comme dans le temps des Anciens mais avec moins de vaste.

Pour certaines raisons d’économie, il est possible que les morts ne soient pas enterrés immédiatement, mais soient conservés pendant des mois, parfois pendant des années, dans la maison ancestrale jusqu’à ce que temps et argent le permettent afin d’offrir des funérailles convenables.

La personne décédée était âgée début soixantaine et ce sont ses reins qui ont lâchés.  Un jeune homme originaire d’Atlanta, USA, habite ici à Lemo depuis un an.  Le décédé était son voisin.  Il est ici avec sa compagne et une fille est née, Abigail, à Jakarta.  Ils demeurent à Sulawesi pour une autre année.  Il semble servir de guide non officiel pour s’amasser des sous.

Les Bugi et les Makassar, étant de pratique musulmane, enterrent leur mort le jour même.  D’autres cérémonies ont lieu aussi lors des naissances, des mariages, des récoltes, pour célébrer la vie.  Là aussi, le sacrifice d’animaux est pratiqué.  Ce sont des sacrés fêtards ces Toraja!

Le rituel de la cérémonie funéraire semble vouloir prendre une autre tangente selon notre guide.  Les jeunes d’aujourd’hui ne veulent plus que cette cérémonie soit basée seulement sur le respect des aînés, du chef du village ou du plus noble.  Ils veulent avoir les mêmes égards pourvu qu’ils aient les moyens de payer même s’ils n’y a aucune noblesse dans la famille. De cette manière, le prestige devient accessible à tous dans ces moments de reconnaissance sociale.  Il y a toujours eu une certaine forme de compétions dans ces rituels funéraires, mais c’était le pouvoir de la noblesse qui l’emportait sur la majorité.  Aujourd’hui, c’est le pouvoir de l’argent.

Dans l’ordre des processions, les femmes habillées de costumes identiques sont celles qui préparent le thé, offrent les biscuits et s’occupent du service offert à la famille et aux invités.  Le chef du village, souvent l’homme le plus âgé, ouvre la marche avec son bâton de pèlerin.

Restant dans le même ordre d’idée, nous marchons pour nous rendre sur un site funéraire ou nous découvrons les Tau Tau, ces effigies grandeur nature, qui se tiennent debout dans une rangée, sur un balcon, avec le visage du mort gravé dans un masque afin de le reconnaître parmi les autres Tau Tau.  Ils regardent sans les voir les champs de riz à leurs pieds.  Ça prend quand même un bon 6 à 7 mois pour creuser, dans la pierre, une niche de 3 m x 4 m.  Les Torajas appellent cette niche « la  maison sans fumée » alors que la maison vivante, est celle avec de la fumée donc avec des activités quotidiennes.

Richard nous parle que l’âme monte dans l’astral lors du décès et que les sacrifices permettent ainsi à l’âme de s’élever au-dessus de l’astral.  Plus le nombre d’animaux sacrifiés est important, plus l’âme s’élève rapidement.  Pauvre pauvres, va! Lorsque les parents ne peuvent payer les funéraires, ce sont les enfants qui prennent la relève. Chaque village a ses propres grottes.

Nous traversons des rizières à pied sous un soleil de plomb d’au moins 30oC et plus et il est midi.  Il fait drôlement chaud.  Vite l’ombre pour quelques minutes.  La culture de la patate douce se mélange à celle du maïs dans les jardins familiaux.  La feuille nourrit les cochons.  Dans un arbre, nous pouvons voir le fruit panghi.  Son écorce séché sert à épicer des mets (pamarasan), son noyau séché donne une noix succulente et le fruit est énorme et délicieux!  Pratique cet immense fruit! Richard reconnaît s’il est prêt à être récolté, juste à l’odeur.

Nous allons maintenant visiter l’arbre-tombes de bébés décédés.  C’est un immense tara dans lequel furent creusés la tombe pour ces bébés décédés.  Le Toraja disait que l’enfant était nourri par le centre de l’arbre car sa sève ressemble à du lait et ainsi l’arbre se développera autour des corps morts, leur donnant ainsi une autre forme de vie.   Mais les Hollandais ont coupé court à ce rituel, qui selon eux, était inapproprié. Le trou sont bouchés par des feuilles de bambou qui une fois séché adhérent à l’arbre.  Pascal et moi saluons notre Kira d’amour. Il n’existe que trois arbres comme ça dans la région des Torajas.

C’est là que j’achète mes premiers souvenirs à Vicky et à Valérie.  Du bambou sculpté pour enfermer les gousses de vanille et un autre pour y entreposer 5 épices cueillies ici : cardamone, poivre, clous de girofle, anis étoilée et des noix de muscade.  Ils sont jolis comme tout.

Nous dînons au resto Panorama.  Nous n’avons pas d’appétit.  À chaque jour, nous diminuons beaucoup nos portions. La chaleur nous affecte beaucoup et à 16h00, nous désirons rentrer « à la maison », car nous sommes au Misiliana pour 5 nuits.

Nous avons jasé avec des Alsaciens déménagés, depuis 8 ans, dans la région de Marseille, en Ardèche, car la dame a des problèmes de respiration.  Ils voyagent désormais comme nous : guide et chauffeur privés.

Nous quittons pour aller voir d’autres maisons Toraja au village Ke’te Kesu où une rangée de tongkoman joliment décorées – maisons ancestrales – et les granges de riz (Toraja alang) se côtoient dans un site de verdure et de rizières.  C’est la maison typique dont le toit en forme de selle, rappelle les cornes de buffle.  Les murs des maisons sont joliment décorés avec des motifs abstraits et géométriques de couleurs noir, rouge et blanc.

Nous n’osons le dire à Richard, mais la fatigue a gagné sur l’intérêt.  Nous prenons quelques photos et c’est là qu’il s’aperçoit que nous ne posons plus de question.  Allez, hop, à la maison!  Oui, oui, oui…Il sourit et se retourne.  Discret notre Richard et attentif notre Rashni.  Il m’enseigne des mots indonésiens lorsque je décide de rester dans la voiture pendant que Pascal descend capter des images indonésiennes. Ah! Mon beau Rashni Guichard!

Aussitôt arrivés, on s’est couché.  Pascal dort encore à 20h00 alors que je me suis levé pour accueillir nos vêtements propres qui viennent d’être livrés à 17h00.  Super!

Bizzzz xxx

 

Pst : à 15h00 le ciel se couvre.  Je demande la traduction du mot pluie : hunan je crois… il me faudra vérifier.  16h00 pile : elle tombe pour nous ramener un peu de fraîcheur. Elle tambourine au rythme des mots tapés sur le clavier.